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Revu» def lhua> Mondes, 15 mai

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Si la Société des indépendaDts ne parait pas avoir des chances de durée, il n'en va pas de même pour la Société des aquarellistes, qui s'est fondée cette année, et a ouvert le 10 avril sa première exposition dans le local loué par elle rue Lafâtte, n"" 16. On sait quelle extension brillante a prise parmi nous l'aquarelle, ce genre de peinture léger et familier, transparent et gai, si propre aux jeux du caprice et aux pétillements du pinceau. Il y a vingt-cinq ans encore, les Anglais étaient les maîtres sans rivaux de l'aquarelle. Nos artistes les surpassent aujourd'hui par Tesprit de la composition et de l'expression, et ils les égalent par l'habileté de la main et Ja magie du métier. Gomme eux, ils ont trouvé les moyens de donner au lavis une franchise et une solidité qui en font un nouveau mode de peinture, de le faire limpide et robuste, de lui donner à la fois beaucoup de relief et beaucoup d'air. Gréée par l'initiative de MM. Detaille et Yibert, la Société s'est constituée au capital de /|0,000 francs, chaque membre prenant une action de 2,000 francs, et s'engageant à ne point envoyer d'aquarelles au Salon. Voici les noms des dix-sept artistes qui ont pris les premières actions et dont les œuvres ont été exposées rue Lafûtte : MM. H. Baron, Ed.de Beaumont, Ed. Détaille» Gustave Doré, L. Français, F. Heilbuth, Eug. Isabey, J. Jacquemart, R. Jourdain, Eug. Lambert, Eug. Lami, H. Leloir, Louis Leloir, M*"** Madeleine. Lemaire, la baronne Nathaniel de Rothschild, MM. G. Yibert, J. Worms. Ges noms suffisent pour faire comprendre l'attrait et la haute saveur de l'exposition. Il y avait 130 aquarelles. Ghaque artiste avait réuni ses œuvres sur un panneau spécial et donnait la fleur de son talent et de son originalité. Les deux salons, parfaitement aménagés, furent éclairés le soir & la lumière du gaz. Le catalogue, enrichi d'une vingtaine d'eaux-fortes.

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avait été rédigé par M. Emmanuel. Bocher, le savant amateur qui fait partie, avec MM. le prince de Joinviile, Alex. Dumas, le vicomte de Ganay, etc., du comité de patronage de la Société. Outre cette très remarquable exhibition d'aquarelles, qui a été, on peut le dire, un des événements artistiques de l'année, les membres de l'association ont ouvert, le 8 décembre, une exposition de quarante-huit tableaux à l'huile, dus à MM. H. Baron, Ed. de Beaumont, Ed. Détaille, G. Doré, Français, F. Heilbuth, E. Isabey, G. Jacquet, R. Jourdain, Eug. Lambert, L. Leloir, Maurice Leloir, M"' Magdeleine Lemaire, MM. A. de Neuville, G. Vibert et J. Worms. On y remarqua plusieurs œuvres charmantes, mais on conseilla à la Société de s'en tenir au genre spécial pour le progrès duquel elle s'est constituée.

Avant de quitter les sociétés artistiques, nous devons signaler les excellentes tentatives faites par deux revues illustrées, VAn et la Vie moderne. UArt est ce magnifique journal hebdomadaire, créé depuis cinq ans, et qui a pris une autorité si grande, .en Europe, dans le monde des amateurs. Le rédacteur en chef, M. Charles Tardieu,dont les spirituels articlessur leSalon ont été cette année très remarqués, a quitté la revue pour prendre la rédaction politique de J^Indépendance belge en qualité de sous-directeur. La direction de VArt est dans les mains de M. Eugène Véron, qui a eu l'idée d'ouvrir dans les spacieux bureaux de l'avenue de rOpéra, 33, des expositions de tableaux, d'aquarelles, de pastels, de sculpture, afin de pousser les artistes à la constitution d'une société internationale indépendante de tout contrôle officiel. La première de ces expositions, ouverte du 27 mai au 27 juillet, a été accueillie avec beaucoup de ftveur. Le catalogue ne comprenait pas moins de cent soixante-dix-huit numéros.

- Avec des allures plus vives, plus jeunes et plus aimables, la Vie moderne avait mis à exécution, quelques jours auparavant, la même idée, dans des conditions modestes, il est vrai, mais avec infiniment de succès. Gréée au commencement de Tannée par M. Emile Bergerat, gendre de Théophile Gautier, cette revue, qui a pris aussitôt dans le monde littéraire un rang distingué analogue à celui que V Artiste eut autrefois, a organisé en moins d'un an, dans son local du boulevard des Italiens, une série d'expositions extrêmement intéressantes et dont plusieurs, en présentant successivement l'œuvre entier de quelque artiste en vogue, ont été de délicieuses surprises pour les amateurs. Nous citerons l'exposition des œuvres de M. Ulysse Butin, celle de M. de Nittis, celle de M. Vollon, celle de M"« Louise Abbema, celle de M. Benoir, enfin l'exposition des dessins exécutés pour le journal même par les plus illustres artistes actuels, dessins qui y sont reproduits directement au moyen du procédé Gillot, sans passer par l'interprétation (qui est souvent une trahison) de la gravure.

Nous arrivons maintenant aux expositions d'un ordre particulier, à celles qui ne sont point dues aux sociétés d'art, mais que l'initiative privée organisé, qu'un concours ou une autre cause. amène accidentellement de province ou de l'étranger. Telle est VEocposition des dessins de maîtres anciens, qui a été ouverte à l'École des beauxarts pendant les mois de mai et de juin. Gette exposition a été l'un des grands événements artistiques de l'année. Préparée entièrement, et avec le goût le plus subtil, avec l'activité la plus dévouée, pardeux jeunes amateurs,MM. Charles Ephrussi et Gustave Dreyfus, dont l'un est un écrivain érudit et délicat, et l'autre un collectionneur émérite et gêné-

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reux, elle obtint le plus grand et le plus légitime succès. Non seulement elle avait le mérite d'offrir à la curiosité des gens de goût des œuvres magistrales et presque toutes plus ou moins inconnues, mais encore elle a inauguré en France un genre d'exhibition qui n'avait encore été tenté qu'en Angleterre, dans la Grosvenor Gallery. Chez nous on a toujours dirigé de préférence l'attention du public sur les œuvres de peinture ou de sculpture. Et cependant quelles leçons doivent être plus profitables à la foule pour l'éducation de l'œil et Faffinement du goût que la vue des dessins dans lesquels se traduit avec tant de liberté et de clarté la pensée de l'artiste, dans la fleur de son inspiration et dans les tâtonnements de son rêve? Avec les grands maîtres, la leçon est décisive, et il n'est pas douteux que tel qui saisirait difficilement la philosophie profonde d'une œavre achevée, qui resterait froid devant les savantes ordonnances de lignes et de couleurs, ne pourrait pas rester insensible à la grâce pénétrante du crayon d'un Raphaël, d'un Léonard ou d'un Prud'hon, au charme délicat de ces dessins qui vous mettent, pour ainsi dire, en contact immédiat avec l'idée à peine éclose dans le cerveau de ces hommes de génie, et nous captivent en donnant un instant l'illusion de l'intimité avec eux.

C'est donc un réel et très grand service qu'ont rendu au public les initiateurs de l'exposition ouverte à l'École des beaux-arts. Avec un dévouement et une activité infatigables, MM. Dreyfus et Ephrussi réunirent de toutes parts Jes œuvres les plus précieuses des mattres de toutes les écoles; ils. frappèrent à la porte des collectionneurs les plus en renom ; ils obtinrent du directeur de l'École des beaux-arts la magnifique salle du premier étage, dont l'éclairage est un. des meilleurs qu'on/puisse rêver;. et pour que.taat.de

soins, de peines et de fatigues servent à une œuvre de bienfaisance, les organisateurs décidèrent que le produit des entrées à leur exposition serait versé dans la caisse du volontariat de l'École des beaux-arts, destinée à abréger la durée du service militaire pour les élèves pauvres. Par une innovation heureuse, les salles de l'École furent, le soir, éclairées à la lumière Jablochkoff et restèrent ouvertes jusqu'à onze heures.

Il serait impossible de passer ici en revue les dessins exposés à PÉcole des beaux-arts, car chacun serait digne d'une mention et d'une étude spéciale. Le catalogue, composé par MM. Ephrussi et Dreyfus — une véritable œuvre de science que ce catalogue, modèle d'érudition et de clarté! — mentionnait 67& œuvres appartenant à toutes les écoles, depuis le xiii* siècle jusqu'au commencement du XIX*, depuis les primitifs italiens, avec leur grâce naïve et leur sentiment hiératique, jusqu'aux mélancoliques et suaves compositions de Prudhonl Parmi les amateurs qui avaient consenti à puiser dans leurs cartons pour cette exposition, il faut citer M. le duc d'Aumale, qui pouvait revendiquer les plus beaux dessins des écoles d'Italie; M. Edmond de Concourt, qui avait fourni sa mer* veilleuse série de dessins du xvm' siècle. Les éoUections de MM. le marquis de Chennevières^ Armand Dutuit, Dumesnil, Gatteaux, Louis Galichon, Gigoux, ont été également mises à contribution dans une large mesure. Pour l'étranger, MM. Malcolm et Mitchel, de Londres, M. de Beckerath, de Berlin, ont donné, malgré les périls du voyage,^.de très belles œuvres. Malheureusement on peut regretter que l'école anglaise n'ait été représentée que par trois dessins, quelle que soit leur beauté. En revanche, l'école hollandaise, l'école italienne et l'école française du xvm* siècle

formaient un ensemble aussi complet qu'il était possible de le souhaiter et tout à fait admirable. Pour cette dernière, M. Philippe Burty, à l'instigation de la Société des promenades artistiques, fit une conférence dans laquelle il retraça l'histoire de notre école, en détaillant, au moyen des dessins qu'il avait devant lui et qui lui servaient d'exemples, les mérites spéciaux de chaque maître. Ce cours familier eut un tel succès dans la soirée du 15 mai que M. Burty dut le renouveler quelques jours après. D'un autre côté, M. Georges Berger, dans tArt, M. le marquis de Ghennevières dans la Gazette des Beaux-Arts publièrent des articles très développés sur cette exposition. Les études de M. de Ghennevières, écrites avec une science pleine de charme et la finesse exquise d'un collectionneur raffiné, furent très remarquées. Elles ont été réunies en un volume^ superbement illustré et accompagné d'un appendice par M. Gh. Ephrussi. L'auteur conclut en ces termes : « A mes yeux, le grand, le vrai, le signalé service qu'auront rendu les organisateurs de cette exposition, c'est, en un temps où l'esprit des amateurs est sollicité vers la curiosité des petites choses et se délaye dans le bibelot des arts inférieurs, de l'avoir remonté sans hésitation, bravement et fièrement, vers le goût des œuvres vraiment nobles, vers l'étude un peu.abstraite, mais nourrissante et fortifiante, des souverains maîtres, du génie créateur desquels tout découle et tout dépend . »

Nous devons parler ici d'une exposition qui a été faite également à l'École des beaux-arts au mois de septembre 1879, et qui a excité pendant quelques jours une certaine curiosité, on peut ajouter une assez vive émotion,

1. Les dessins de maîtres anciens exposés à TÉcole des beaiu-arts, par le marquis de Ghennevières, directeur honoraire des beaux-arts. — 1 vol. in-8*, à la Gasette det Bmux-Arts, imprimé par A. Quantin.

en raisoD des discussions et des critiques auxquelles elle a donné lieu. Nous voulons parier de l'exposition du concours des vitraux de Jeanne d'Arc, destinés à la cathédrale de la ville d'Orléans. Quelque temps avant sa mort, M^ Dupanloup avait, en effet, organisé une souscription vdans le but ^e décorer cette cathédrale de dix verrières devant reproduire les principaux épisodes de la vie de Jeanne d'Arc. La souscription produisit assez rapidement la somme de 125,000 francs. Un comité se constitua; un programme fut rédigé, et tous les peintres verriers de France furent admis à concourir. Une somme de 7^,000 fr. était destinée au lauréat chargé de l'exécution; des primes de /i,000, de 3,000 et de 500 francs étaient affectées aux auteurs des premiers projets classés.

C'est le résultat de ce concours qui, exposé à Paris, provoqua une sorte de petit scandale et souleva les réclamations de plusieurs des treize concurrents qui y avaient pris part. Voici pourquoi. D'après le programme, le jury chargé de décerner le prix ne devait se prononcer qu'après l'exposition de Paris (c'est du moins l'interprétation qui avait été généralement donnée). Mais, à la suite de diverses intrigues, qu'il serait trop long de relater, et dont le résultat fut l'élimination arbitraire de deux ou trois membres de ce jury, les maquettes arrivèrent d'Orléans après que le jugement eut été secrètement prononcé, et sans que personne en eût été averti. Or, ce jugement accordait le prix (74,000 francs) à un projet qui avait obtenu, à la vérité, la faveur de l'évéché d'Orléans, mais qui, de l'aveu de toute la presse parisienne, était manifestement inférieur. L'auteur de ce projet était M. Lorin, verrier à Chartres, chargé par conséquent de l'exécution des vitraux. Il n'y eut, pour ainsi dire, qu'une voix dans la critique d'art pour protester

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contre ce qui parut une flagrante injustice. M. Pti. Burty, dans la République française (n'^du 6 septembre), M. Charles Blanc, dans It Temps (n» du 18 septembre), M. Bacot, dans la Gazette de France, M. Armand Sylvestre, dans la Vie mo^ deme, M. Edouard Didron, dans le Monde (n^ du 15 septembre), sans parler du Gaulois, du Figaro, etc., réclamèrent contre ce jugement et signalèrent le projet de M. Lèche- ▼allier-Chevignard, présenté par la maison Lefèvre et Bardon, comme étant de beaucoup supérieur, sans comparaison possible avec celui de M. Lorin. Nous-méme, dans le Moniteur universel, nous avions, le premier, élevé une protestation dont notre Impartialité nous faisait un devoir, car nous avions pu nous convaincre, après un voyage à Orléans, des intrigues qui s'étaient tramées à cette occasion. Un seul critique de valeur, M. Ernest Ghesneau, trouva le jugement équitable, et, dans un article du Paris- Journal (n«du 19 septembre), approuva le choix qu'on avait fait de M. Lorin, sans contester toutefois le mérite du projet de M. Lechevallier-Ghevignard.maisen relevant en celui-ci certaines défectuosités au point de vue des exigences spéciales de l'exécution. Le jugement resta donc acquis, et M. Lorin fut chargé des verrières de la cathédrale d'Orléans. Il est bon néanmoins d'ajouter que la Commission des monuments historiques est maîtresse de décider en pareille matière, et qu'elle peut, par son veto, empêcher qu'une merveille d'architecture ne soit déshonorée par une œuvre qui lui semblerait mauvaise.

En terminant ce chapitre, nous signalerons deux expositions faites à Paris par des artistes étrangers : l'une organisée par M. Bossi et composée de sculptures italiennes, l'autre due à quelques artistes russes.

La première eut lieu aux Champs-Elysées, n* 91, durant

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les mois de septembre et. de novembre ; elle compreDait les œuvres des sculpteurs Argeoti, Vêla, Beroasconi, Bottinelll, Alessandro Rossi, Butti, etc., des peintres Ashton, Dovera, Monticelli, Mala testa, Cortese, etc. Parlant de cette exposition, M. Charles Blanc, pour encourager la tentative de M. Alessandro Rossi, écrivait à celui-ci :

Vous avez eu Tidée d'établir à Paris une exposition permanente des ouvrages d'art faits en Italie. Je trouve cette idée toute naturelle, et vous ne pouviez la concevoir plus à propos qu*à la suite de cette exposition universelle qui a ébauché la fraternité des arts en mettant en rapport les artistes de tous les pays, en dépit des Alpes, des Pyrénées et des mers.

Nous parlions souvent en France de l'art étranger, nous en parlions beaucoup, mais nous le connaissions peu. Aujourd'hui, nous apprécions chez les autres les qualités qui nous manquent. J*ai le ferme espoir que votre entreprise réussira et le pressentiment que votre pensée aura une portée que vous-même vous ne soupçonnez pas. Depuis longtemps, nous cherchions à fonder parmi nous un établissement du genre de celui que vous projetez, pour rendre les artistes indépendants de l'État et TÉtat indépendant des artistes, ceux-ci devant avoir une exposition permanente dans Tiotérét de leurs affaires, et l'État devant ouvrir, de temps à autre seulement, une exhibition soigneusement choisie, sévèrement triée, dans Tinté* rôt de Tart. Mais ces sortes de projets ont toujours avorté par l'effet

des divisions, des jalousies, des coteries , que sais-je? et aussi

parce que nul n'est prophète dans son pays. Peut^^tre serez-vous prophète dans le nôtre. Je dis petU-élre par prudence, car, en vérité, j'ai confiance et je regarde comme plus que probable que votre fondation réalisera un jour, sur une grande échelle, cette exposition libre, mouvante, constamment renouvelée que tout le monde rêve ici et qui, en délivrant l'État d'une besogne qui n'est pas la sienne, profitera presque autant aux artistes français qu'aux peintres et aux sculpteurs italiens.

Quant à l'exposition des artistes russes, elle eut lieu à la môme époque, rue Tilsitt, n« 18, dans l'atelier d'un jeune

peintre, Marc Guiï!sburg, mort à vingt ans. Nous citerons parmi les œuvres peu nombreuses qui la composaient : Une Vue de Moscou, de M. Bogolioubow ; plusieurs études, une bonne nature morte, et surtout une brillante aquarelle, Jeune Vénitien, par M. Harlamow; les Chiens, de M. Pokhitonow; Une Jeune Femme du temps du Directoire, par M. Lehman ; enfin deux tableaux de genre, de M. Dmi- * triew.

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