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HAUTE-VIENNE

Limoges. — Une exposition artistique fort intéressante a eu lieu cette année à Limoges, à l'occasion do concours régional. L'organisation en fut confiée par la municipalité à une commission présidée par M. A. Dubouché, naturellement désigné à cet honneur, et sous les auspices duquel l'entreprise ne pouvait manquer d'arriver à bonne fin. Une construction provisoire fut élevée sur la place Jourdan, construction en planches, fort simple, mais bien disposée pour y recevoir Qj)jets d'art et tableaux. Parmi ces derniers, on remarqua : Hercule sauvant Alceste,de Delacroix; une Chasse, de Fromentin ; deux paysages et une Baigneuse, de Corot; le Retour du marché et les Vendanges de Sèvres, de Troyon ; enfin Diaz, Millet, Lambinet, firion, etc. Les vivants n'étaient pas oubliés, et l'on eut: M. Duez, avec le Restaurant, un paysage de M. G. de Gock ; des natures mortes de M. Bergeret ; le Modèle, de M. Boldini ; la Fin de la leçon au Champ de Mars, de M. Dupray, un admirable portrait de femme, de M. Henner, un Paysan espagnol, de M. de Nittis; enfin MM. A. Lafond, Roybet, Stevens, Vol- Ion, etc.

Deux salles de l'exposition étaient consacrées à la céramique. Ce n'était pas trop pour l'antique et célèbre cité de Limoges, dont les émaux sont si beaux, et dont l'école céramique actuelle fournit de si habiles élèves. Tous les maîtres contemporains de la porcelaine et de la faïence étaient représentés par des pièces de choix : MM. Deck, Haviland, Optât Milet, M""* Moreau-Nélaton, MM. Lœboitz,

Ulysse et Tortat de Blois, Doulton de Londres, etc., la manufacture de Sèvres pour la porcelaine, avec MM. Dubreuil, . Gibus et 0% Peyrusson, etc. Quant à Part de Témaillerie qu'on cherche à ressusciter, il apparaissait sous une forme déjà excellente dans les œuvres de M. Lot,''qui fait les plus louables efforts pour retrouver les anciens procédés. M. Thesmar avait des émaux cloisonnés de tout premier ordre, ce qui ne peut étonner de la part d'un tel artiste.

On a compté 36,000 visiteurs à l'exposition de Limoges, et la recette s'est élevée à 130,000 francs, dont la moitié au oioins a été employée en achats d'œuvres d'art.

Le 7 août eut lieu, sous la présidence de M. Adrien Dubouché, directeur de l'école municipale des beaux-arts, la distribution des prix des écoles communales de garçons de la Monnaie, des Feuillants, de l'Ancienne Comédie et de Montmailler.

Le 12 août, à la cérémonie de distribution des récompenses à l'école municipale des beaux-arts de Limoges, le préfet prononça un discours dont nous citerons le passage suivant qui est intéressant à divers points de vue :

L'école, a dit le préfet, fut fondée, il y a douze aos, sous TinspiratioQ d'uD homme dont je ne saurais trop louer les exquises qualités d'esprit et de cœur, et quo cette ville honorera à jamais comme le bienfaiteur de son art et de son industrie céramiques, j'ai nommé mon cher et généreux ami, M. Adrien Dubouché.

L'école se propose pour but de répandre l'enseignement du dessin et de perfectionner le décor; elle entre immédiatement en relation avec l'Union centrale des t>eaux-arts appliqués à l'industrie; elle adopte lei procédés de cette grande institution.

Ses premiers patrons sont des fabricants de porcelaine qui sèment le bon grain dans l'intérêt de l'avenir, et la municipalité toujours empressée de s'associer à des œuvres fécondes.

ff Les commencements ne sont pas exempts de peine. Mais, dès

le début» les directeurs et les maîtres ont une sûre méthode, et des élèves qui travaillent. Le succès ne tarde pas à s'affirmer. En 1868, Vécole obtint deux médailles d'or nnt expositions organisées par rUnion centrale. Deux .ans* plus tard, elle devient exclusivement municipale, son budget n'est encore que de 42,000 francs par an; il sera porté à 46,000 francs non compris la subvention de l'État.

En 4879, deux élèves de cette école, ayant concouru pour le prix de Sèvres, ont eu les n"" 7 et 8, sur soixante-deux concurrents. Aujourd'hui, dit le préfet, c'est justice de le dire, la renommée de votre école est établie, et les céramistes du monde entier, vos rivaux du Japon et d'Autriche s'ont venus jusque dans vos salles d'études reconnaître le savoir des maîtres et l'excellence des pratiques qui vous façonnent à l'art industriel. »

L'école a compté, pendant l'année 1878-1879, 630 élèves. Au début de l'exercice 1879-1880, le nombre des élèves s'élevait à 800.

Quanta la ville de Limoges, elle a depuis longtemps attaché son patrimoine de fortune industrielle et commerciale aux progrès de l'instruction et de l'art. Ses ateliers de décors auront presque doublé dans une période décennale. 11 y en avait en 1870 trente-cinq occupant &7ô ouvriers. Il y en a en 1879 cinquante-Kjuatre occupant 829 ouvriers.

Cette année, la ville a acheté pour son musée un paysage de G. de Gock, une marine de Gogerfœdt et une petite toile de Washington. L'État a envoyé le tableau de V Autopsie a rHôtel'Dieu de Gervex, la Bataille de J. Lewis Brown, un buste terre cuite de Bernard Palissy, et enfin une magnifique pièce de Sèvres ; des fleurs en relief peintes sous couverte au grand feu par M"» Escallier.

N'oublions pas de mentionner les très importants achats de céramique faits par les soins de M. Adrien Dubouché à l'Exposition universelle de 1878. Ils se décomposent ainsi: 90 pièces céramiques achetées pour le compte de la ville :

11,000 francs; — 306 pièces données au musée par les fabricants et les amateurs : 5^,945 francs; — 207 pièces achetées par M. Adrien Dubouché et données par lui au musée : 22,157 francs.

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