JAPON
L'administration des beàux-arts au vu* siècle. — Organisation noaTelle de l'administration des beaux-arts. — Influence du gouvernement sur les fabricants. — École des beaux-arts européens. — Enseignement obligatoire du dessin.
Le Japon est le. pays qui a été doté le premier d'une administration des beaux-arts. Dès le vu* siècle, le gouvernement japonais songea à organiser un service spécial qui s'occuperait exclusivement de la peinture. Ce service porta d'abord le nom de Guivakôshi, mais il fut changé pendant la troisième année de la période Daïdo, c'est-à-dire en 808, en celui de Edokoro. Parmi les célèbres directeurs de l'Edokoro, on cite Tsunetaka, le chef de l'école Tosae.
L'Edokoro a disparu depuis longtemps. A cette administration purement artistique s'est substituée une administration qui s'occupe plus spécialement de développer l'application des arts à l'industrie.
Le gouvernement japonais ne consacre pas un budget spécial à l'encouragement des beaux-arts ; mais il y a au ministère de l'intérieur une administration qui porte le titre de Direction de l'encouragement commercial, et dans chaque département, il y a une section, formant une des attributions les plus importantes du préfet, dite section de l'encouragement industriel.
Ces diverses administrations viennent en aide aux industries nationales ou locales, dont la plupart sont artistiques, soit en avançant des capitaux, soit en fournissant des renseignements, des modèles ou des dessins.
Voici un exemple de l'influence du gouvernement sur la
direction de Fart industriel. Ayant constaté, en 1867, la faveur que les laques du Japon avaient obtenue, la direction de rencouragement commercial et les sections de l'encouragement industriel firent recommander aux fabricants de soigner les produits destinés à figurer à Texposition de Vienne, en 1873. Ainsi encouragés, ces industriels se mirent à Tœuvre avec ardeur et eurent la satisfaction d'obtenir de nombreuses récompenses à cette exposition. Ce nouvel encouragement les détermina à fabriquer des objets de forme nouvelle, qui obtinrent un immense succès à l'exposition de Philadelphie en 1876. On a vu à l'Exposition de 1878 que les fabricants de laques du Japon s'étaient encore surpassés.
L'État a fondé, en 1875, une école des beaux-arts ; mais cette école est uniquement destinée à introduire au Japon les beaux-arts européens. On y fait des cours théoriques et pratiques de peinture, de sculpture et de modelage et l'on a institué une classe préparatoire.
Il n'existe pas d'école spéciale pour les beaux-arts japonais. L'enseignement était et est reâté complètement libre en tous ses degrés, et ce sont des maîtres particuliers qui enseignent le dessin et la peinture. Le gouvernement n'est intervenu que sur un point. Il a rendu l'enseignement du dessin obligatoire dans les écoles primaires publiques.
Moste. — Musées de Tokio, de Kloto, d'Istlkawa, de Saitama, etc. ~ Expositions. — Société des expositions annuelles de Kioto. — Exposition nationale de Tokio en 1877. — Création d'expositions nationales quinquennales.
A la suite de l'exposition de Vienne, un musée a été fondé à Tokio. Il comprend des objets, tant anciens que
modernes, d'art, d'industrie et de commerce. Ce n'est du reste qu'un établissement provisoire, où l'on place toutes sortes de choses en attendant que le nombre de pièces réunies permette d'établir des sections séparées pour les arts et pour les industries. En vue de la classification future de ces collections et de leur installation définitive, le gouvernement fait construire en ce moment un nouvel et splendide édifice où seront transférés les éléments qui constituent le musée provisoire.
Outre ce musée, qui est entretenu par le gouvernement central et qui forme une des attributions du ministère de l'intérieur, il existe dans plusieurs départements des musées purement industriels, tels que le musée de la ville de Tokio, le musée de Kioto, celui du département de Istikawa, le musée de Saïtama, etc.
Depuis quelques années, des expositions locales d'objets d'art et d'industrie ont eu lieu dans plusieurs départements.
A Kioto notamment, il s'est formé une société dite des expositions annuelles qui a organisé de brillantes réu^ nions de produits industriels et d'oeuvres d'art. Mais la véritable exposition nationale a eu lieu, à Tokio, pour la première fois en 1877. Elle a été saluée par un succès complet. On peut du reste se faire une idée du caractère intéressant qu'elle a présenté. La plupart des objets qui ont figuré dans la section japonaise à l'Exposition universelle de Paris en 1878 provenaient de l'exposition nationale de Tokio. La réussite de cette première tentative a décidé le gouvernement à la renouveler. Désormais, tous les cinq ans, une grande exposition nationale sera faite par ses soins. Un bureau permanent des expositions a été créé en conséquence au ministère de l'intérieur.
Ce qui manque encore au Japon, c'est un journal ou une revue périodique traitant les questions d'art. On comprend que jusqu'ici ce pays n'en ait pas senti la nécessité. Les arts comme les industries se transmettaient en effet de père en ûls, du maître aux élèves, par des explications verbales ou par un enseignement pratique. Aujourd'hui les conditions se modifient. La création d'une école des beauxarts européens, la vulgarisation de l'enseignement du dessin rendu obligatoire dans les écoles primaires, sont des faits nouveaux qui vont rendre absolument nécessaire, même pour l'action gouvernementale, la publication d'un journal d'art, ou tout au moins d'art industriel. Ce serait le meilleur moyen de diriger le goût japonais, qui a à lutter aujourd'hui contre la tendance funeste qui le pousse à imiter aveuglément les produits européens.
Ce serait aussi le moyen le plus pratique de faire perfectionner les procédés de fabrication, qui sont en général très primitifs.