NÉCROLOGIE (PRÉAULT
son Jacques Cœur, du Saloû de 1875, est une des statues les plus intelligemmeut composées, les plus adroitement exécutées de ces dernières années. Si Préault n'ayait pas amassé des haines implacables et sans nombre par ses mots contre les médiocrités qui, directement ou indirectement ont détenu jusqu'à ce jour toutes les avenues du pouvoir et des bureaux, il aurait eu cette année-là la médaille d'honneur. Je crois qu^il n'obtint pas même une mention. Il prenait en apparence ces grossièretés . en mépris. Au fond il en souffrait beaucoup, sentant que l'art était atteint en sa personne. Il s'en soulageait par une boutade. C'est lui qui a écrit : « Je défie un maçon de mettre deux pierres l'une sur l'autre au contentement unanime de deux personnes chargées d'examiner son travail. »
Ge n'est pas le lieu de donner la nomenclature des œuvres de Préault. Nous mentionnerons cependant les principales : la Tuerie, les Parias (1834), la Douleur (1847), qui est devenue populaire, au cimetière des juifs ; Clémence Isaure, dans le jardin du Luxembourg ; Saint Gervais et Saint Protais,k l'église Saint-Gervais ; Vabbé Liautard, buste funéraire dans l'église des Ternes ; Tombeau de Vabbé de VÈpée (1849), à Saint-Roch; le général Marceau (1850), à Chartres; Dante et Virgile, médaillons pour Napoléon III ; Sainte-Valère, à l'église Sainte-Clotilde (1853); la Mort cueillant une fleur {1855) ; André Chénier, la Paix, la Guerre, pour le Louvre (1858) ; Hécube, le Meurtre d'Ibycus, la Parque, le beau médaillon d'Adam Mickiewicz (1868), etc. La statue de Jacques Cosur, faite pour la ville de Bourges, a été inaugurée cette année après d'incroyables vicissitudes. Auguste Préault, qui avait eu une médaille au Salon de 1849, était chevalier de la Légion d'honneur depuis 1870. Trois discours ont été prononcés sur sa tombe : le premier par H. Mickiewicz, fils
du grand écriTain et patriote polonais Adam Mickiewicz, dont Préault a exécuté le médaiUon cité plus haut ; le second discours a été prononcé par M. Petroz, critique d'art; le dernier par M. Jules Troobat, ancien secrétaire de Sainte-Beuve, et Tun des amis du sculpteur.
REYNART (Édouàad), directeur des musées de Lille, mort en février 1879. Il était né en 1802 et s'était adonné avec succès à la peinture. Depuis de longues années, il
avait été appelé aux fonctions d'administrateur général des
musées de la ville de Lille, et, dans ce poste, il sut, arec un dévouement infatigable, un zèle éclairé et à toute épreuve, encourager les vocations artistiques, provoquer les plus fécondes initiatives, enrichir les musées de \? viUe et les rendre dignes de Fiinportance que Lille s'est acquise par sa fortune et par son industrie. Pour faire connaître rhomme éminent dont nous parlons, nous ne saurions mieux faire que de citer les passages suivants du discours prononcé sur sa tombe par M. Houdoy, secrétaire de la Commission du Musée de peinture, qui lui a succédé comme directeur général des musées :
« Artiste, homme du monde, il a employé l'influence que le charme de ses relations lui avait acquise dans la société lilloise, à faire aimer et rechercher les œuvres d'art ; président de la commission d&s écoles, il a mis tous ses soins à deviner et encourager lf3s vocations véritables, et les jeunes artistes ont trouvé en lui mieux que le protecteur officiel. 11 a toujours été pour eux un guide bienveillant et sympathique, et souvent un ami dévoué.
Quant aux musées de la ville, avons-nous besoin de dire ce qu'ils étaient lorsqu'ils furent placés sous sa direction, et de montrer ce qu'ils sont aujourd'hui ?
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Tous le savent. Pendant sa longue administration, il a dépensé toutes les forces de sa volonté, toute l'énergie de son caractère à l'accroissement intelligent des collections municipales, et, grâce à lui, leur réputation méritée les place désormais au premier rang des musées provinciaux.
Le désir de bien faire, le zèle de tous les jours n'auraient pas suffi à produire un pareil résultat ; il fallait plus encore; si M. Reynart a su se créer une réputation incontestée, non seulement à Lille, mais à Paris et dans tous les centres intellectuels où les questions artistiques jouent un grand rôle, si de hautes distinctions sont venues recon^ naître et consacrer les services du directeur des musées de Lille, c'est qu'il possédait véritablement des qualités exceptionnelles.
Il avait cette activité d'esprit toujours à la recherche du mieux, cette parole convaincue et entraînante qui fait des prosélytes, cette chaleur et ces élans du cœur qui le rendaient sympathique aux artistes, et enfin cette qualité maîtresse, l'enthousiasme, qu'il faisait rayonner autour de lui.
Ces dons exceptionnels, M. Reynart les possédait à un haut degré ; il les a conservés, et sans amoindrissement, jusqu'aux derniers jours de sa vie. Aussi, malgré ses soixante-dix-sept ans, pouvons-nous dire qu'il est mort plein de jeunesse. »
SANGIORGIO (Abbondio), sculpteur italien, né le 16 juillet 1798, mort en novembre 1879, à Milan. Fils d'un pauvre menuisier, il étudia avec passion la sculpture antique et moderne et mérita très jeune encore deux médailles d'or avec ses premiers ouvrages. A vingt-huit ans, il fut chargé de l'exécution des chevaux de bronze pour l'arc de Napo-
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léoD ; cette oeavre colossale, qui lai coûta six ans de travail, lui donna la renommée. Sangiorgio est aussi l'auteur des statues équestres de Castor et Pollux qui décorent l'entrée du palais royal de Turin.
SEMPER (Godefroy), architecte allemand, né à Altona, en 180/i, mort en mai 1879. Après avoir fait ses études à Paris, en Italie et en Grèce, il fut nommé, en 1835, professeur d'architecture à l'École dès arts de Dresde. Il bâtit le théâtre et fit les plans du musée de cette ville. En 18/i8, ii prit part au mouvement révolutionnaire et fut exilé. Il retourna à Paris, et, de là, il passa à Londres, où il contribua à fonder le musée Kensington. En 1853, il fut nommé directeur de la division d'architecture au Polytechnicum de Zurich et y resta attaché jusqu'en 1870. Il construisit à Zurich le nouveau Polytechnicum, l'Observatoire et l'Hôtel de Ville. Après 1870, il s'établit à Vienne, où il construisit le nouveau musée. Le théâtre élevé par lui à Dresde ayant été consumé par un incendie, il le réédiûa. Il laisse plusieurs ouvrages : Quatre éléments de V architecture, industrie, la Science et VArt, le Style dans les arts techniques,
SHAYER (M. -Guillaume), peintre anglais, né en 1787, décédé à Shirley, près Southampton, le 21 décembre 1879.
, SCHRAUDOLPH (Jean de), peintre d'histoire allemand, né en 1808, mort à Munich le 31 mai 1879. Élève dé Schlotshauer et de Cornélius, dont il a imité le style sévère, il prit part à l'exécution des fresques dans la glyptothèque de Munich. Puis il exécuta plusieurs fresques dans la chapelle des Tou»-Saints à Munich, d'après les cartons de Henri de Hess. En 18/i3, je roi de Bavière lui confia la décoration de la cathédrale restaurée de Spoyer, qui l'occupa pendant
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hait années. Il créa plus, de quarante compositions représentant des scènes de la rie du Christ et de la Vierge, dont il a peint lui-même une partie al fresco.
STARK (Charles-Bernard), ^écrivain d'art allemand, professeur d'archéologie à TUniversité de Heidelberg, né en 1829, mort le 12' octobre 1879. Il a publié un livre savant sur le groupe antique de Niobé avec ses enfants et sur tous les monuments antiques se rapportant au même mythe (Niobe unddie Niohiden). La composition d'un grand manuel de l'archéologie fut interrompue par sa mort. Le premier volume en a {fttru seulement.
SWERTS (Jean), peintre d'histoire belge, né à Anvers en 1814, mort à Prague, le 10 août 1879. Ce fut vers l'École germanique qu'il se tourna d'abord. Très jeune encore, il se lia avec les plus célèbres artistes contemporains de l'Allemagne, dont il emprunta les tendances. Avec son ami Guffens, il entreprit la décoration murale de l'église nouvelle de Notre-Dame, à Saint-Nicolas, et employa plus de vingt ans . à ce travail, qui tout d'abord ne fut nullement rémunéré. Ces peintures, exécutées d'après les procédés allemands, firent sensation, et, à partir de ce moment, l'art monumental reprit en Belgique la faveur dont il avait joui pendant quatre à cinq siècles. Swerts et Guffens furent successivement chargés de décorer à fresque la chambre de commerce d'Anvers, l'église Saint-Georges, la chambre échevinale d'Ypres, puis enfin la chambre des échevins de Courtrai. Le succès et l'admiration furent leur récompense, et les honneurs, à partir de cette époque, leur furent prodigués. En 1874, de pressantes propositions furent faites à Svtrerts pour venir diriger l'académie des beaux-arts de Prague; il céda. Il a fait dans cette ville de bons portraits,
mais son œuvre la plus importante est la décoration de la chapelle Notre-Dame de la cathédrale de Prague qu'il avait à peine terminée quand la mort vint le saisir. « C'est à Ypres et à Courtrai S dit M. Ad. Siret, qu'on peut le mieux apprécier en Belgique la valeur de l'artiste que nous venons de perdre. Un peu lent au travail, il condensait sa pensée et savait lui donner une expression très intense. De là le charme sans cesse grandissant qu'on trouve à examiner ses compositions... Il avait le dessin élégant et correct* son coloris était d'une rare distinction. »
TAYLOR (Isidore- Séverin-Justin, baron), fondateur de la Société des artistes. Il naquit à Bruxelles le 15 août 1789. Il appartenait par son père, frère du général Taylor, à une .famille d'origine anglaise naturalisée en France. II fit ses études à Paris et se prépara d'abord à l'École polytechnique-,
mais, ses goûts l'entraînant plutôt vers les arts et la litté-
rature, il étudia le dessin dans l'atelier du peintre Suvé. A dix-huit ans, il collaborait déjà à plusieurs journaux illustrés. En 1811, il entreprenait des voyages artistiques et visitait successivement les Flandres, l'Allemagne et l'Italie. De retour en France, au moment des derniers désastres de l'Empire, il s'enrôla dans les gardes mobiles. A la rentrée des Bourbons, le jeune Taylor, ayant embrassé leur cause, fut admis dans la garde royale et obtint au concours le grade de lieutenant dans la compagnie d'artillerie dite de Wagram.
Le métier des armes ne l'empêcha pas de cultiver les arts : c'est vers cette époque qu'il composa, en collaboration avec Nodier, une traduction de la pièce dramatique de Hathurin, Bertram, qui eut deux cents représentations, et
i. Dans le Journal des Beaux-Arts du 31 août 1879.