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DE LA FRANCE

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Monsieur le sous-secrétaire d'État,

Le budget des beaux-arts a inscrit à Tart. 3 du chapitre 44 « souscrip tiens aux ouvrages d'art », une somme de 16,000 francs, spécialement attribuée à la publication de l'inventaire des richesses d'art de la France.

Cette somme est-elle suffisante?

Nous estimons que non.

Voici en effet l'estimatif de là dépense la plus réduite qu'entraîne annuellement la publication en question :

Le volume de 30 feuilles grand in-8'*, à deux colonnes (composition, impression, papier, couverture, etc.), est fourni à l'administration par l'imprimeur adjudicataire, au prix exceptionnellement bas de 0 fr. 19 cent, la feuille, soit : pour trente feuilles, 5 fir. 70.

L'administration, désireuse de répandre la publication de Tinventaire au moyen de dons gratuits, a souscrit à mille exemplaires destinés aux dépôts publics de la France et de l'Europe, ci 5.700 fr.

Une indemnité de 7 fr. 50 par page d'impression à deux colonnes est allouée aux auteurs; une autre indemnité de 2 fr. 50 est partagée entre les trois personnes chargées de la revision ; c'est donc de ces deux chefs une dépense de 10 francs par page d'impression ; soit pour les 480 pages qui forment le volume, à raison de 10 pages pour chacune de ses 30 feuilles . 4.800

On peut' évaluer le remaniement des épreuves, la correc* tion et la refonte exigées par les reviseurs, approximativement à 1.000

Enfin, les frais de déplacement et de séjour hors de Paris des membres de la Commission de l'inventaire chargés de reviser sur place et avant le tirage définitif, les travaux imprimés, peuvent être estimés par volume, environ à . . . . 1 .500

Total 13.000

1,000 exemplaires d'un volume de 500 pages environ, livrés à l'administration ne peuvent donc revenir pour celle-ci à moins de treize mille francs.

Si l'on veut que la Commission de l'inventaire des richesses d'art de la France manifeste son activité par la publication annuelle de 2 volumes, il faut inscrire au budget une somme de 26.000

La publication de 3 volumes nécessiterait en chifires ronds, une dépense de 40.000

Nous venons de dire qu'en se réduisant à deux volumes par an, il ftiudrait pouvoir disposer d'une somme de 26,000 francs au moins. L'inventaire ne figurant au budget des beaux-arts que pour 16,000 francs, il faut, dans l'état actuel des choses, prendre 10,000 francs sur les fonda alloués à un autre service. On distrait ces 10,000 francs du budget de la souscription aux ouvrages d'art. Pendant les trois premières années du fonctionnement de la commission de l'inventaire, c'était la totalité des fonds nécessaires qu'on prélevait sur les souscriptions; aujourd'hui ç^ n'est plus que 10,000 francs; c'est moins, mais c'est encore trop! Nous demandons que le budget de la souscription aux ouvrages d'art soit dorénavant laissé intact.

Parmi tous les travaux de l'intelligence, les moins compris du public et les plus parcimonieusement encouragés par l'État, sont les ouvrages relatifs à l'histoire et à la philosophie des beaux-arts. Plus ces ouvrages sont

sérieusement faits, plus ils ont coûté de temps, de recherches et- de voyages lointains à leurs auteurs, moins ils sont à la portée du vulgaire; ils n'en méritent que davantage la sollicitude de TÉtat. Le législateur inscrit, chaque année, une somme déjà trop minime pour Tencouragement de ces sortes de travaux ; du moins, n*entend-il pas qu'on vienne en distraire la meilleure part au profit de l'inventaire. De leur c6té, les auteurs des susdits travaux ont le droit de se plaindre qu'on touche à un fonds qui leur appartient" par destination.

Nous insistons donc tout particulièrement pour qu'on isole le budget de l'inventaire de celui de la souscription aux ouvrages d'art, pour qu'on lui consacre un chapitre spécial qu'il soit impossible de confondre avec aucun autre, et pour qu'on porte à ce chapitre une somme suffisante à la bonne confection d'un travail qui intéresse le pays tout entier, au point d'être absolument d'utilité publique.

En estimant la dépense à 13,000 francs pour cha<^e volume, on affecte 1,500 francs à la revision sur place de son*texte. Si l'on n'insère que deux Musées, en moyenne, dans un volume, on arrive à 700 francs ou 800 Irancs de frais de revision par « musée ». C'est peu; mais c'est peut-être assez si Ton considère que les inventaires des musées ont seuls besoin d'être revisés sur place et que, certains volumes ne contenant pas de musées, on peut distraire de la dépense de ces volumes les 1,500 francs affectés aux firais de revision, afin d'augmenter d'autant les ressources des reviseurs chargés des autres volumes.

Nous résumons nos considérations relatives au budget de l'inventaire des richesses d'art de la France, en formulant le vœu qu'un chapitre spécial lui soit consacré avec inscription d'une somme de 30,000 francs au moins. Avec ce chiffre, on assurera la publication régulière de deux volumes par an, mais pas plus. L'excédent de la dépense évaluée à 26,000 francs servira à parfaire et à régulariser le service du bureau de l'inventaire, ce qui nous paraît très désirable.

n ne faut pas se dissimuler que le service de l'inventaire dont la Com mission ne fait guère que contrôler les actes, n'est rien moins, quant à ses attributions, qu'une sorte d'étude de notaire dans laquelle la richesse mobilière artistique du pays est enregistrée par la mention des titres de propriété de chaque dépositaire ou détenteur. De plus, le service de l'inventaire n'est pas chargé seulement d'obtenir ou de dresser des actes authentiques concernant les innombrables objets d'art isolés ou disséminés par groupes sur le territoire national ; il doit encore présider à la publication des documents recueillis et faire profiter la science historique du résultat des recherches entreprises.

Chacun se rendra compte aisément de la multiplicité et de la diversité des travaux administratifs imposés au service de l'inventaire : des circu-

laires et des questionnaires doivent être envoyés périodiquement dans toutes les directions ; il est nécessaire qu'une correspondance active soit entretenue avec les préfets, les maires, les comités régionaux de Tinveataire, les architectes revêtus de fonctions officielles, les consolateurs des musées et des bibliothèques, les présidents des sociétés savantes et des beaux-arts. D'autre part, le coUationnemcnt et le remaniement des manuscrits, la correction des épreuves, la revision par les trois sous-commissaires reviseurs choisis dans le sein Be la Commission, la concordance à établir entre ces corrections de provenances diverses, après avis décisif des auteurs, constituent autant d'opérations délicates et minutieuses qui réclament de l'érudition, du tact, du soin et de la méthode.

Or le mouvement d'impulsion semble être ralenti dans les travaux de l'inventaire et le contre-coup de ce ralentissement parait s'être lait sentir dans les départements. Nous pourrions citer telles régions, la Seine-Inférieure par exemple, où le travail de l'inventaire est en partie rédigé, mais où nos collaborateurs ne sentant plus l'aiguillon administratif se sont comme endormis. Plusieurs d'entre eux ont même perdu confiance et ont craint que nous eussions dèsei*té notre poste.

En 1878, on comptait une vingtaine de comités régionaux de Vinventaire ; en 1879, leur nombre ne semble pas être augmenté, ainsi qu*en fiait foi le compte rendu officiel de la session de la Sorbonne. Gela ne proviendrait-il pas des lenteurs apportées dans le travail administratif, iaute d*un personnel suffisant.

Il y a d'ailleurs, en ce moment, une importance capitale, au point de vue des intérêts de l'État, à ce que . l'inventaire soit repris et continué avec une nouvelle activité. Un projet de loi relatif à la conservation des œuvres d'art est actuellement à l'étude. QueUe que soit la date de promulgation de la loi, c'est l'inventaire dont nous nous occupons qui aura préparé l'effet immédiat de celle-ci. Publiés ou non, les documents qui seront en notre possession à l'heure où la loi deviendra exécutoire, conAitueront l'état authentique et sincère des trésors d'art sur lesquels le Gouvernement aura son droit de contrôle.

Bref, après avoir demandé l'ouverture d'un chapitre spécial au budget des beaux-arts, nous croyons devoir rappeler le vœu émis par la Commission de réorganisation des services administratifs de la direction des beaux-arts, qui avait conclu à la création d'un service spécial à Tinventaire des richesses d'art de la France.

Vicomte Henri Deiabordb, A. GRurEii, G. BsiiGai.

DOCUMENTS OFFICIELS (BUDGET). 5Si

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