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LEUR CLASSEMENT

PB^AMBULB.

Les études faites depuis un demi-siècle sur les monuments historiques, qui coufrent encore le sol de la France, permettent aujourd'hui de classer ces monuments en raison :

1' Des écoles qui les ont élevés et sous la direction desquelles ils Mit étendu plus ou moins leur influence, comme types admis dans une province ; 2» de leur importance ou valeur relative, au point de vue de Tart.

En effet, il faut tenir compte, dans un classement de cette nature, de rétat où se trouvait le territoire compris aujourd'hui dans le périmètre des limites de la France actuelle.

Sur ce vaste territoire, dès Tépoque carlovingienne, il s'est formé plusieurs Écoles d'art qui ont eu leur existence propre Jusqu'au moment où elles se sont à peu près confondues sous l'influence prépondérante du pouvoir suzerain, vers le commencement du xiii* siècle.

Il convient d'abord de signaler les points de la France actuelle où l'influence romaine s'était fait sentir avec plus de puissance, et où elle a laissé, par suite, des traces assez appréciables pour se manifester pendant plusieurs siècles. (Voir la carte n" 1.)

Si la Gaule s'était romaniséè au point de vue des institutions civiles et

militaires, si môme elle avait adopté, en grande majorité, la langue latine, elle avait conservé beaucoup des anciens usages nationaux, et ses provinces étaient loin de présenter l'unité qui n'a pu être établie que beaucoup plus tard, sous les efforts de la royauté et par le développement successif de l'esprit national.

Pour ne parler que de la partie des Gaules, qui forme, à très peu prés, la France actuelle, elle était divisée, sous l'empire, en cinq provinces dont quatre étaient subdivisées.

IX y avait la Narbonaise, l'Aquitaine, la Lyonnaise, la Belgique et la province des Séquanes.

La Narbonaise comprenait : 1<* la Narbonaise f*; 2<* la Narbonaise 2«; 3" les Alpes-Maritimes; 4" la Viennoise. L'Aquitaine comprenait la i'% la 2* Aquitaine et la Novempopulanie. La Lyonnaise' était subdivisée en quatre parties : l'*, 2*, 3' et 4*. La Belgique, en Belgique 1'* et 2*; puis, la grande province des Séquanes.

Bien entendu, l'empire romain n*avait pas établi cette délimitation arbitrairement. Les Narbonaises comprenaient les provinces qui, déjà sous la République, étaient annexées à Rome. L'Aquitaine, les territoires occupés par les Celtes.

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Les divisions lyonnaises et la Séquanie composaient la Gaule proprement dite, y compris les Armoricains. La Belgique avait emprunté soo nom aux Bclgoi» Kimris qui Toccupaient en grande partie dès Tëpoque de César.

A travers les siècles, et malgré la domination romaine, ces contrées conservèrent longtemps, pendant le moyen &ge, une sorte d^autonomie^ qui résista aux fluctuations de la politique, à Tanarchie féodale et aux tentatives d'unification de la royauté.

' L*art, en ce qui touche au moins rarchitecture, même sous la domination romaine, ne revêtait pas une forme identique dans toutes ces contrées. L'architecture gallo-romaine de la Narbonaise (ancienne province romaine sous la République) et celle de la Lyonnaise présentent des différences sensibles, ce qui permet d'admettre l'influence d'un goût local préexistant.

Quant aux édifices gallo-romains dont on trouve des vestiges dans les autres provinces, ils sont malheureusement trop rares et ruinés pour qu*on puisse rien affirmer touchant leur style et le caractère que ces styles affectaient.

Mais il est probable que les populations de ces provinces romaines ne cessèrent pas de posséder un génie particulier, puisque nous les voyons accuser des caractères distincts dès la première renaissance des arts sous les Carlovingiens.

Alors l'architecture sur la rive gauche du Rhin, comme le long du Rhène, introduit un élément byzantin dans ses productions, tandis qu'elle ne fait que reproduire, sur le reste du territoire des Gaules, les derniers types gallo-romains de la décadence, mêlés à quelques éléments locaux qui font supposer que ces provinces, même sous l'empire, avaient conservé une certalnQj>riginalité dans l'expression de leurs arts.

Toutefois, les exemples sont rares, les restes qui datent de cette époque sont généralement enclavés dans des constructions plus récentes et on ne saurait préciser des écoles tranchées en dehors de celles des bords du Rhin et des rives du Rhène qui ont^ entre elles deux, des rapports intimes.

Il faut atteindre le it* siècle pour sortir du chaos et distinguer l'origine de certaines écoles d'art.

La première qui mérite ce nom est certainement celle de Quny. L'abbaye de Quny, fondée vers 909, devint en moins d'un siècle, un centre actif d'études dans les lettres et les arts, et la puissanee de cette école, en ce qui concerne l'architecture et la seulpture^^se fit sentir jusque vers la moitié du xn* siècle, ftlais alors on était en pleines croisades et les relations de l'Occident avec l'Orient développèrent, dans la plupart de nos provinces, un mouvement d'art qui ne produisit pas partout les mêmes

résultats, ce qui prouve que chacune de ces provinces possédait des traditions locales vivacesy datant d*une époque très ancienne.

La carte n*^ 2, publiée par les soins de la Société des monuments historiques, donne la délimitation de ces écoles de la fin du xi* siècle à la seconde moitié du xii*. On voit, sur cette carte, Timportance qu*a prise alors récole de Cluny qui comprend toute la Bourgogne et B*étend au Nord Jusqu'à Aujcerre, Bar-sur-Seine, Ch&tillon-sur-Seine, Langres, Épinal, qui longe le Doubs, atteint la rive nord du Léman, englobe une partie de la Savoie pour descendre Jusqu'à Lyon et suivre le cours de la Loire jusqu'au delà de Nevers.

Cette école est la plus ancienne et aussi la plus étendue, celle dont les produits ont le plus de puissance.

A côté de cette école, on peut considérer, comme la plus ancienne celle de la Provence qui suit les bords du Rhône, de Lyon à la mer, qui s'étend à l'Est jusqu'à Grenoble, Gap, Digne, Fréjus, et à l'ouest de Lyon, le long du Rhône, jusqu'à Nîmes et Agde.

Une circonstance locale avait constitué un centre d'école à Pérlgueux, dès le XI* siècle. Par suite des relations commerciales de cette contrée avec les Vénitiens (Lombards), qui avaient établi des comptoirs à Limons et sur les bords de la rivière d'Isle, les abbés de Saint-Front firent construire une église abbatiale à l'instar de l'église de Saint-Marc de Venise, au moment même où cet édjfice s'achevait. Cette église de Saint-Front servit de type et de point de départ à quantité d'édifices religieux de la contrée et exerça même une influence marquée sur certaines constructiohs du Poitou, de la Saintonge et de l'Auvergne méridionale.

Mais le Languedoc ne demeurait pas en arrière. Dès le milieu du XI' siècle, il posait les premiers jalons d'une belle école d'architecture et de sculpture qui, suivant les bords du Gers, renionte jusqu'au-dessus de Moissac pour descendre à Toulouse, englober Alby, Monde, joindre la mer à Béziers et s'étendre au delà des Pyrénées dans l' Aragon.

L'école auvergnate se développait en même temps. Elle suit le cours de l'Allier, comprend la Haute-Loire, descend le fleuve jusqu'à Nevers ; puis, vers le nord-est, longe le massif montagneux sur les deux rives de la Dordogne, se mélange à Souillac et Cahors avec l'école périgourdine, pousse une pointe jusqu'à Toulouse pour remonter l'Aveyron et le Lot.

Vers la fin du xi* siècle, une école singulièrement fertile se formait dans le Poitou, et c'est une de celles qui présente le plus d'analogie ayec les édifices que les premiers croisés trouvèrent dans la Syrie centrale, lesquels datent du v" au vu* siècle, édifices d'une haute valeur comme art. Cette charmante école poitevine, des Sables-d'Olonne, va Joindre la Loire à FontevrauU, pour remonter le Cher, côtoyer les écoles auvergnate et périgourdine, en laissant ise développer, sur les bords de la Charente, une petite

école O'école <le lA Saintonge), qui est comme one aoeur cadette attachée à ses flancs.

L*école de l*Ile-d6-France que nous voyons naître également vers la se? conde moitié du xi* siècle, est une des plus remarquables par son originalité, ety pendant le xii* siècle, elle prend un essor merveilleux. Elle touche la côte à Eu, descend près de Rouen, remonte la Seine, se fait sentir à Chartres, à Orléans, à Bourges, se dirige vers Sens pour remonter au nord à Soiesons, descendre TAisne et TOise et longer Técole picarde.

Parallèlement à Técole de Tile-de-France et même un peu avant eUe, se développe, en rivalisant de splendeur avec sa voisine, Técole champenoise. Elle se fait sentir à Meti, à Mouzon,à Rethel, Joint TUe-de-France à Soissons, pour descendre presqu'en ligne droite à Sens, puis, laissant une enclave de TIle-de-France à Troyes, elle 8*accuse à Bar-sur-Aube, à Chaumont, se fond à Langres avec Técole bourguignonne qu'elle borde jusqu'à Moyen, Moutiers, pour loflger Técole rhénane.

C'est aussi au milieu du xi* siècle que Técole normande se développe ; elle comprend toute la Normandie, le Gotentin et se fond avec Tècole de la Mayenne qui longe la Loire jusqu'à la mer.

Reste récole picarde dont malheureusement il ne subsiste que peu de fragments, tant à cause de la friabilité des matériaux employés que par suite des guerres qui n'ont cessé de désoler cette contrée pendant les xi' et xn* siècles. Cependant cette école est bien distincte de ses voisines, et est, avec Técole poitevine, une de celles qui dénotent une influence marquée des monuments de la Syrie centrale.

Jusque vers 1160, ces écoles sont parfaitement distinctes et conservent leur autonomie. Elles dérivent de quatre éléments, dont trois ont évidemment une origine commune :

1** Des traditions gallo-romaines locales, très puissantes dans les Narbonalses et dans les Lyonnaises; 8** de la renaissance carlovingienne, qui, elle-même, n'était qu'une dérivation romano-byiantine ; 3* de Tinstitut dunisien qui alla chercher ses éléments (surtout en ce qui concerne la sculpture) en Orient ; 4" du mouvement des croisades qui mit en communication directe et suivie les Occidentaux avec les arts si remarquables de la Syrie centrale, et réciproquement. Les Cisterciens bâtirent à leur tour, en S>Tie, des édifices absolument semblables à ceux qu'ils élevaient dans le nord-est de la France.

Si l'influence des monuments gréco-romains de la Syrie centrale est plus ou moins accusée dans nos écoles françaises dites : romanes et romano-byzantines, elle l'est à un haut degré dans notre architecture militaire à dater du xii* siècle. On né saurait douter que les forUfications des villes de la Syrie, comme celles de Bysance même, n'aient été pour les croisés un grand enseignement. On sait Jusqu'où les Grecs-Byzantin»

avaient poussé Tart d*attaquer et de défendra les places ; ceux-ci furent les instructeurs des Francs qui, bientôt, bAtirent en Syrie et en Palestine des forteresses formidables pour assurer leur domination et rapportèrent ces méthodes en Occident.

Mais au commencement du xu* siècle encore, il n*y avait d'écoles d*art que dans les monastères, et il paraîtrait que les anciennes corporations laïques de métiers, qui n'avaient cessé d'exister depuis* Tépoque galloromaine, n'eussent plus une existence propre à côté des abbayes. Il semblerait que les abbayes avaient réuni près d'elles, pour les protéger autant que pour en tirer profit, les débris de ces corporations.

Quoi qu'il en soit, vers le milieu du xii' siècle, il se manifeste dans l'Ile-de-France, en Champagne, en Picardie, en Normandie et même en Bourgogne, à côté des puissantes abbayes de Cluny et de Vézelay, dans les écoles d'architecture et de sculpture de ces contrées, un mouvement tout nouveau. — Les monuments sont là pour nous en montrer l'importance. — Non 'Seulement les grands édificol qu'on élève alors sont confiés à des artistes laïques, mais l'art d& l'architecture subit une transformation Complète, part de principes absolument nouveaux qui ne se rattachent' en aucune façon aux traditions existantes. Le style roman, ou romano-byzantin, dans les provinces que nous venons de nommer, est brusquement abandonné pour faire place à un autre ai t qui, dans sa forme apparente, ne ressemble en quoi que ce soit à ce qui l'a précédé et dont le système de construction s'appuie sur des données toutes nouvelles.

De même, dans la sculpture, l'hiératisme byzantin est laissé de cètè, les artistes ont recours à la nature aussi bien pour là reproduction dé la figuré que dans la composition de l'ornementation. . •

Cet art stupidement appelé gothique est français, puisqu'il naît et se développe tout d'abord dans les contrées indiquées ci-dessus^ pour se f épandre bientôt sur* presque toute la surface de l'Europe.

Toutefois, bien que les principes dont émane cet art français soient également observés dans ces cinq provinces, ses expressions 'sont quelque peu* différentes.

L'art de l'architecture et de la sculpture françaises peut se distinguer, de 1160 à 1300, par écoles : de l'Ile-de-France, de la Champagne, de la Picardie, de la Normandie et de la Bourgogne.

Si, sur une carte de France on tire une ligne de Lj(pn à la baieMu mont Saint-Michel, toute la partie située au nord-est de cette ligne comprend le territoire où ces cinq écoles travaillent avec une singulière activité pen- ' dant plus d'un siècle à perfectionneibl*art qu'elles ont inauguré, à pousser les principes admis aux dernières limites et à construire une quantité prodigieuse d'édifices religieux, civils et militaires.

Le succès de ces écoles fut tel que, dès le milieu du xiii* siècle, sur 1879. 39

Tautre partie du territoire français, comme en Angleterre, en Allema^ney en Danemark, en Espagne et Jusqu*en Bohème,, en Hongrie et en Pologne. chaque cité voulut rebâtir ses édifices sur cep nonvelles données. Des écoles dérivées se formèrent promptement en Angleterre et eii Allemagne. Les maîtres de ces écoles furent appelés partout, mais ils ne trouyèrant pas toujours les exécutants capables de traduire leurs conceptions; c*est pourquoi, en France,' notamment dans les provinces situées au sud-ouest de la ligne que nous venons de tracer, sauf de rares exceptions, les édifices datant de cette époque présentent des imperfections nombreuses et aocnsent souvent une complète ignorance des principes qui dievaient tout d'abofd présider à leur construction.

A dater de la fin du xiii* siècle cependant, telle fut rinfluenoe des écoles françaises du nord-est qu*on ne songea pins à bâtir autrement. Les derniers produits de Tarchitecture romaine avaient cessé de se montrer dès 1250, même dans les provinces du Midi, comme dans la Provence et le Languedoc, qui n'acceptèrent que très tardivement rarchitectorenouvirile.

D'ailleurs, le Languedoc était ruiné par les croisades contre les. Albigeois, et les seuls monuments de nouveau style qu'on y rencontre datent des XV* et xvi* siècles, et sont dus à des maîtres • dir Nord, comme la cathédrale de Narbonne et le chœur de Tancienne cathédrale de la cité de Carcassonne.

Au XIV* siècle, ces écoles tendent à se fondre; cependant celles de IHe* de-France, de la Normandie et de la Champagne conservent leur originalité, tandis que celles de la Bourgogne et de la Picardie perdent la leur en cherchant à se rapprocher soit de l'école de l'Ile-de-France, soit de cdlede la Champagne.

Après cette extinction absolue des écoles des xi* 6t xn* siècles et cette -survivance, depuis l'inauguration d'un *art nouveau, des seules écoles de fllc-de-France, de la Champagne et de la Normandie, il nous serait difficile •de dire ccftnment et pourquoi au xvi* siècle nous retrouvons une division de l'architecture française en écoles : de llie-de-France , de la Oiampagne, de la Normandie, de la Bourgogne, du Languedoc et de la basse Loire à partir d'Orléans ?

Le fait est constant, nous ne pouvons que le signaler s ans nous bien rendre compte des causas qui ont amené la formation de ces six écoles très distinctes dès léÔQ.

Le mouvement de la Renaissance ne se fait pas sentir d'ailleurs A la même date dans Ces provinces. S'il est. hâtif sur les bords de la Loire et en Normandie, il est en retard en Bourgogne, dans le Languedoc et même en Champagne et dans l'Ile-de-France. D'autre part, l'Ile-de-Franoe a bien* tôt repris la tète du mouvement et la renaissance de cette province, -vers 1550, est en avance sur ses voisines.

Dans cet exposé, nous ne pouvions indiquer. que d*une manière très sommaire les bases sur lesquelles un classement de nos monuments historiques devra être établi.

En effet' dans ce classement^ il faut tenir compte, ainsi que nonsTavons dit en commençant/ de ces deux éléments :

1* Des écoles auxquelles les édifices- appartiennent; 2^ de Timportance ou valeur de ces édifiées au point .de vue de Tart, comme types et ayant sefvi de point de départ. *

De plus, il faut nécessairement que ce classement divise les édifices en édifices religieux^ civils- et militaires.

Il nous a semblé que des tableaux par écoles permettraient de présenter, d'une manière claire et facile à saisir, un classement méthodique, après ce qui vient d'être dit et c'est sous icette forme que nous résumons le titivail de la sous-commission.

Cet exposé rapide suflSt à démontrer combien il importe que nos monuments historiques soient entretenus et restaurés, quand cela est néce»;saire, avec une parfaite connaissance des conditions dans lesquelles ils ont été élevés et du rang qu'ils occupent dans Vhistoire de notre architec^ ture nationale.

Il ne dépend pas de la commission d'enseigner les éléments de cette histoire, elle ne. peut qu'apporter un esprit scrupuleux dans le choix des architectes chargés de ces travaux, tout en regrettant que l'enseignement ' donné par/1'État à l'École des beaux-arts éloigne systématiquement les jeuner/wchitectes d'une étude qui, outre le développement intellectuel qu'elle peut provoquer chez eux, aurait cet avantage de leur faire connaître les monuments dûs à nos écoles anciennes et de leur permettre de les réparer, quand besoin est, sans risques d'altérer leur caractère. *

• • • * VIOLLBT-LB-DCC.

MUSÉE DE Là SCULPTURE COMPARÉE

APPARTENANT AUX DIVERS CENTRES d'ar.T ET AUX DIVERSES ÉPOQUES

PRéAMBDLB

Il y a vingt-quatre ans que, par une lettre en date du 30 juin 1855, adressée à M. le ministre d'État, chargé du département des beaux-arts, nous prQposions à l'administration de fournir gratuitement des montages de statuaire et de sculpture d^omements, faits, sur les plus beaux monuments français du xn* au xvi* siècle.

Âlprsy TAngleterre avait obtenu de faire exécuter ces moulages pour ses écoles et ses collections, et les architectes attachés à la commission des monuments' historiques avaient stipulé que ces autorisations ne seraient acèordées qu*à la condition de laisser un do,ubIe de chaque estampage à nos agences.

Il ne fut fait aucune réponse officielle à cette offre de la commission; or, ces estampages en double, réservés par quelques chantiers, se perdirent ou furent détruits, faute d^emplacem'ènt pour les recevoir, c'est ainsi qu'on a laissé disparaître Tadmirable collection de moulages que nous possédions dans les ateliers de Notre-Dame de Paris.

L'administration s'était contentée de faire savoir à la commission que les- musées ne. disposaient pas de locaur propres à recevoir ces collections.

L'Angleterre avait consacré à.ce travail une somme d'environ 4,000 livres sterling ; or, la partie de cette somme qui devait profiter à notre enseignement fut perdue pour elle comme pour nous, grâce à l'indifférence' de l'administration des beaux-arts et, il faut le dire aussi, à l'opposition de la direction des musées et de. l'Académie des beaux-arts, opposition dont nous n'avons pas ici à rechercher les motifs, mais qui fut assez puissante poor réduire à néant les propositions de la commission des monuments historiques.

Cependant des collections de cette nature étaient établies au Sou^hkensington et au Cristal-Palace et les artistes français pouvaient passer la Manche pour aller étudier les exemples de notre sculpture française classés dans ces coUectionft.

Toutefois la classification des sculptures déposées au Cristal-Palace ou àu South-Kensington est' loin d'être complète et méthodique» et si nous parvenons enfin à réunir les documents de cet ordre propre à l'étude, il -faudra procéder suivant une critique plus sévère.

Le musée de sculpture comparée doit se composer d'éléments choisis avec grand soin et classés de telle sorte que la marche de l'art soit bcile à suivre dans chaque centre de développements, mais aussi que la comparaison entre ces centres puisse se faire par Texamep des objets classés d*après«un ordre méthodique.

Ce programme comporte trois divisions :

V Relations entre les sculptures appartenant à différentes époques et civilisations;

2** Pour la France, divisions par écoles aux différentes époques;

3** Application de la sculpture suivant le système d'architecture employé.

I. — Chéi les peuples qui ont atteint un haut degré de civilisation, l'art de la sculpture se divise en ti'ois périodes :

Imitation de la natiu*e suivant une interprétation plus ou-moins déli-

catc et JnteUigente.^ Époque archaïque pendant laquelle on prétend fixer les types. Époque d'émancipation et de recherche du vrai, dans le détail, et perfectionnement des moyens d'observation et d'exécution.

Tous les peuples ne remplissent pas la totalité de ce programme. L^s uns parcourent les trois phases de ce développement de l'art, d'autres n'accomplissent que les deux crémières et -ne dépassent pas la période hiératique. Tels ont été la plupart des peuples orientaux, les Égyptiens de l'antiquité et les Byzantins.

Mais, où que l'on prenne la civilisation » laquelle appartient l'art de la sculpture, il y a une analogie frappante entre les produits de chacune de ces périodes.

Ainsi, l'époque dite : éffinétique, art archaïque chez les Grecs, présente avec l'époque archaïque du xii* siècle en France, les rapports les plus intimes. De même, entre le développement de l'art sculptural chez les Grecs de l'antiquité à dater de Périclès et en France i^ dater du xui' siècle, trouve-t-on des analogies très intéressantes à constater.

Donc, dès moulages empruntés à des sculptures égyptiennes de l'époque sincèremeift archaïque, c'est-à-dire comprises entre les sixième et dixhuitième dynasties, ou à des sculptures 'grecques éginétiques et à des œuvres de la statuaire française du xii* siècle, mises en regard avec méthode, montreraient comment ces trois expressions de l'art, si éloignées qu'elles soient entre elles par le temps et les conditions sociales, pro-

cèdent d'un même principe et produisent des résultats à peu près identiques.

Il est telle statue du portail roynX de la cathédrale de Chartres (jui, pla<^ près de certaines figures hiératiques grecques, semblerait se rattacher à une même école, par la façon d'interpréter la nature, de concevoir les typds et par le faire. Il en serait de môme pour les sculptures datant de l'affranchissement de l'hién^tisme, entre l'art g^rec depuis Phidias et l'art français des xiu* et xiv^ siècles.

Ces grands principes, mis en lumière et rendus intelligibles pour^tous ' au 'moyen d'un choix assez restreint de moulages, il s'agirait de donner une idée complète de notre sculpture, française.

II. — Nous sommes à peu.près les seuls en Europe qui ne connaissions pas la sculpture française.

Nos Jeunes artistes vont en Italie admirer certaines œuvres* des maîtres primitifs de cette contrée, des Pisans par exemple, lesquelles datent du xrv* siècle, ne se doutant pas que nous possédons en France des exemples antérieurs de plus d'un siècle à ces œuvres et infiniment -meilleurs au point de vue du style et de l'exécution.

• Cette indifférence, cette ignorfince peut-on dire, ont été soigneusement entretenues dans l'enseignement officiel donné à l'École des beaux-arts par

TAcadémie, qui tient cet enseignement sous sa main; rAcadémIe n^entendant point que les études pour Tart sortent du champ qu*elle a délimité à une époque où les connaissances critiques sur les arts étaient très bornées.

Un musée de moulages de la sculpture française devrait être chronolo> giquement classé en raison des écoles diverses qui ont dominé sur le territoire réuni aujourd*hui en un seul faisceau*

Au point de vue de Tarchitecture, les écoles françaises se divisent, au XII* siècle, en écoles : clunidienne ou bourguignonne, provençale, péri> gourdine, languedocienne, auvergnate, poitevine et saintongeoise, de lUede-France, champenoise, normande et picarde. En tout onie écoles, parftûtement distinctes en ce qui touche le système de construjction adopté, la manière de remplir 4es programmes donnés, l*4onne apparente et Tomementâtion.

Il n'en est, pas tout k &it ainsi ^e la sculpture statuaire^ Certaines, parmi ces écoles, dominent sur plusieurs contrées. La statuaire du Ml* siècle, de TIle-de-France, de la Champagne, est supérieure comme style el faire à celle des autres provinces, et compose un groupe très puissant. Celle de Cluny ou Bourguignonne s'étend fort loin et fak sentir son influence Jusqu'en Auvergne, tlans la Haute-Marne et .sur les bords du Rhône, jusqu'à la hauteur de Vienne. '

L'école provençale se confond souvent avec celle du Languedoc, qui jette un vif éclat au xu* siècle, et s'étend aux bords de la Gironde et dans ' le Périgord.

Sous le rapport de la statuaire, Técole poitevine et saintongeoise est la moint remarquable comme style et comme exécution, bien qu'elle ait énormément produit.

Quand l'hiératisme est abandonné, vers la fin du xii* siècle, par suite du développement que prennent les écoles laïques en France; et quand l'architecture délaisse les traditions romanes monastiques pour inaugurer un art établi sur des principes nouveaux, de même les sculpteurs laissent de ^té l'archaïsme, qui dominait dans les œuvres antérieures, pour recou-' rir à l'étude de la nature et procéder, comme avant eux, avaient procédé les Grecs.

Ces écoles disséminées tendent à se fondre ou, pour parler plus exactementales provinces qui se mettent à la tète du mouvement architectoniqne' installent des écoles de statuaire qui étouffent les derniers restes des écoles romanes, et qui même pourraient être confondues en une seule. Toutefoia, on distingue en art trois noyaux qui sont : l'Ile-de-France, la Champagne et la Bourgogne.

A partir du xiv* siècle, il n'y a plus ^uère que deux écoles de statuaire en France, l'école bourguignonne, pénétrée d'éléments flamands, et l'école française proprement dite.

DOCUMENTS OFFICIELS (HUSÉES). ' 531

Mais au xvi« siècle se développent de nouveau trois écoles de statuaire : l*écple de TIle-de-France, Técole bourguignonne et Técole languedocienne,' lesquelles, chacune, ont produit des œuvres vraiment originales et d'une valeur incontestable. .

• n convient donc de classer,- comme* nous Uavons dit, les œuvres de la statuaire française par écoles, es suivant un ordre chronologique. De cette classification, on peut aflSrmer qu'il naîtra un enseignement des plus fructueux ; car il n'est nullement indifférent pour les artistes de savoir comment se^ sont développées les belles écoles, quelle voie elles ont suivie en abandonnant Thiératisme pour s'attacher k l'observation at,^ntive de la nature, et quelle inffuencé les traditions archaïques ont pu avoir sur^ce développement.

ni. — Il restera à composer le musée de la sculpture d'ornement ou décorative, appliquée aujc divers styles d'architecture, et ces collections ne seront ni les moins instructive^ ni les moins' intéressantes.

Savoir pourquoi çt comment tel procédé de sculpture d'ornement a été appliqué à telle architecture, est certainement une connaissance qui* nous fiât absolument défaut.

Uenseignement dédaignant de s'occuper de ces matières ou du moins de les expliquer, nos architectes appliquent un peu au hasard et suivant leur sentiment, la décoration sculptée aux édifices qu'ils composent.

Constater dans quels cas, par exemple, la sculpture fait pour ainsi dire corps avec l'architecture, dans quels cas elle semble une décoration d'emprunt appliquée, pour ne parler que des principes très généraux, c'est certainement posséder les éléments de l'art décoratif sculptural..

Mais, dans un musée de sculpture d'ornement comparée, nos artistes trouveraient bien d'autres enseignements*. Ils y verraient comment |a sculpture décorative passe de même par la période d'hiératisme à certaines époques, et comment elle s'en affranchit, comment la flore et la fauâe ont été interprétées d'une façon conventionnelle pends^t cette période d'hiératisme, et comment de leur étude attentive sur la nature datent les belles époques de l'art, aussi bien pendant l'antiquité que pendant le moyen &ge et la Renaissance. *

Mais pour qu'un semblable musée soit complet et réellement installé pour l'étude, il faudrait que des vues -ou relevés partiels des monuments d*où seraient tirées ces sculptures fussent exposés près d'elles ; ce qui serait facile, grâce aux archives des monuments historiques et à la possibilité de se procurer des photographies de ces édifices ou portions d'édifices.

Ces trois sections distinctes du musée de la sculpture comparée demanderaient, ]^ur être convenablement exposées, d'asses vastes locaux ; toutefois, en se limitant, par suite d'un choix très sérieux des types, aux seuls exemples qui peuvent être .considérés comme des documents nécessaires à

533 L'ANNÉE AnTISTIQDE.

rétude, nous ne pensons pas que cette exhibition dût occuper une place telle qu'on ne pût la trouver sans trop de peine, si on veut réelleipent obtenir cette installation.

E. Viollbt-le-Ddc:

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