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RÉUNION DES SOCIÉTÉS DE BEAUX-ARTS DES DÉPARTEMENTS

SiAUCB DU IBUDI 17 k^filh 1879

La séance est ouverte à ane heure moins le quart, sous la présidence de M. le yicomte Delaborde, secrétaire perpétuel de l'Académie des beauxarts.

M. Chanret, inspecteur de l'enseignement du dessin, vice -président de la Société académique d'architecture de Lyon, est nommé vice-président.

Siègent au bureau comme secrétaires, MM. Henry Jouin, Pillet^ Louis Sevio.

M. le vicomte Délaborde ouvre la séance par le discours suivant :

Messieurs,

Pai été appelé à faire partie de la commission chargée de diriger les travaux de YlnvetUaire des riehsises tTart de la France, à Tépoqne même où cette commission a été instituée. J'y figure par conséquent aujourd'hui parmi les anciens, si tant est que le mot puisse s'appliquer aux membres d'une compagnie vieille à peine de cinq années, et c'est sans doute à cette vétérance relative que je dois l'honneur d'avoir été choisi pour occuper la place où me voilà. Qu'il me soit permis tontefois de rechercher aussi et de trouver dans des considérations plus hautes les motifs de ce choix bienveillant. En faisant de moi votre président, l'administration des beaux-arts aura entendu, et je l'en remercie, associer à vos- travaux l'Académie ellemême dans la personne d'un de ses représentants. Elle sait bien, et elle aura voulu rappeler que l'Académie a ses droits supérieurs et sa place partout où il s'agit des aflTaires de l'art dans notre pays, et que tout ce qui intéresse l'histoire, les progrès passés ou présents, l'honneur, en un mot, de cet art national, ne saurait ni la laisser indifTérente, ni se passer sans inconvénient de son concours.

Or, messieurs, quoi de plus digne de la sollicitude des amis de l'art à tous les degrés ou, si l'on veut, à tous les Ages, — y compris les académiciens, — quoi de plus propre à instruire ou à fortifier notre juste fierté patriotique que ce relevé qu*on a entrepris de faire des richesses appartenant à la France? 11 n*y a pas là en effet une simple opération de recensement, réniimératlon toute sèche d'objets une fois reconnus et étiquetés; il y a, en raison même des informations prises et des indications fournies, un enseignement historique à vrai dire, et un enseignement des plus précieux, puisqu'il équivaut presque à ce qu'on pourrait appeler la biographie authentique de l'art français, depuis sa robuste enfance, au xii* et au xin* siècle, jusqu'à sa virilité tantôt élégante, Untèt mijestueuse, souvent changeante dans sa physionomie, mais au fond toujours puissante et saine.

au temps des Clouet et de Jean Goujon comme au temps de Poasain et de Puget, Boas riofluence du régime assex peu substantiel pourtant anipiel Watteau et les siens la soumettent comme sons l'austère discipline hygiénique que David et ses élèTes lui imposent, au commencement du siècle suivant.

Vous avez, messieurs, dès les premiers Jours trop bien compris Topportunité d'une entreprise aussi utile, et, dans le sens le plus exact du mot, aussi essentiellement nationale pour qu'il soit nécessaire dUnsister deirant vous sur la signification qu'elle cdmporte et sur les conséquences fécondes qu'elle peut avoir. Vous vous êtes associés à nos efforts avec trop d'empre^ sèment et de bon vouloir pour que je songe à stimuler votre zèle plutôt qu'à vous remercier — et c'est ce que je fais de tout cœur — des témoignages que vous en avez donnés.

Ne l'oublions pas pourtant, nous n'en sommes encore qu'aux premiers pas dans la longue carrière que nous avons à parcourir. Un temps d'arrêt ou seulement une apparence de lassitude, un semblant d'hésitation ou de découragement pourrait tout compromettre, et, à ce sujet, oserai-je vous dire toute ma pen^e? Pourquoi non?

Nous sommes ici entre nous, nous pouvons bien à huis clos nous laisser aller aux confidences sans détour et aux aveux sans réticence. Sommesnous tout à fait sûrs de persévérer Jusqu'au beat dans la t&che si résolument commencée? Sommes-nous bien décidés à ne Tint^rrompre à aucun moment, ni sous aucun prétexte? Ce qui nous manque parfois, à nous autres Français, dans le champ de l'art ou de l'érudition, comme ailleurs, ce n'est certes ni le désir ni le sentiment du bien ; c'est l'esprit de suite pour le faire. Je vous en conjure donc, messieurs. J'en conjure aussi ceux qui ont pris l'initiative ou qui ont aujourd'hui la responsabilité de cette bonne et belle œuvre, pas de ralentissement, pas d'ajournement, pas de ces distractions ou de ces froideurs auxquelles on est si facilement tenté de donner raison, en face d'idées nouvelles ou de prétendus besoins nouveaux» Nous avons un devoir nettement défini, un but fixe, dos services à rendre aux autres et des engagements envers nous-mêmes à tenir : n'abandonnons rien, ne négligeons rien de tout cela. Qu'il n'en soit pas, par notre faute, de Vlnventaire des richesses dart de la France comme d'autres projeta plus ou moins vastes, plus ou mbins généreux, que nous avons vus de notre temps tromper les espérances qu'ils avaient d'abord fait naître et ne recevoir un commencement d'exécution que pour entrer bientôt dans une période de langueur, sinon pour retourner au néant.

Les résultats déjà obtenus ne sont-ils pas d'ailleurs de nature à encourager tout le monde : l'administration, nos collaborateurs et nous-mêmes? Il me sufilra, pour le démontrer, de rappeler brièvement ce qui a été lait Jusqu'ici.

Le premier fiiscicale du premier Tolume consacré aux monuments ciTtlé de Paris vient d'être publié. Il renferme les monographies de l*InstStut de France, par MM. Guiffrey et de Lajolais; du Palais des archives, par M. Guiffrey; de TOpéra, par M. Nuitter; du Palais-Royal et du Théâtre- Français, par M. Chabrol.

Antérieurement à la publiqition de ce fascicule,* deux volâmes complets avaient paru. L*un contient les monographies de vingt-sept édifices religieux de Paris, dues à la plume de MM. Clément de Ris, Michaux, Guiffrey, Paul de Saint-Victor, Goddé, Gruyer, de Ronchaud, Paul Mantz et Queyron; Tautre, relatif aux monuments de province, nous donne, entre autres inventaires importants, celui du musée d'Orléans, par M. Eudoxe Marcille; celui du musée de Chalon-sur-Saône, par MM. Destailleur et Lucien Pâté; enfin, celui du musée de Montpellier, par MM. Lafenestre et Ernest Bfichel.

Aujourd'hui l'impression se poursuit simultanément de quatre volumes, dont deux sont consacrés à l'inventaire des objets d'art conservés dans quelques monuments civils de Paris, deux autres à l'inventaire de nos richesses en province. Le premier fascicule du premier de ces quatre volumes a déjà paru, comme je viens de le dire. Des deux livraisons qu'il reste à publier, l'une contiendra la description par M. Michaux de quatre vingts fontaines de Paris, et celle de VArc de Triomphe de V Étoile, par rérudit et très zélé archiviste de notre commission, M. Henry Jouin; l'autre comprendra les inventaires de la Bibliothèqw Mazarine, par feu M. de Sacy, du Val-de-Gràce, par M. Ruprich Robert, de la Tour Saint- Jacques et du Campanile de Saint-Germain-VAuxerrois, par M. Michaux, plus une Table analytique, dressée, comme l*ont été celles des tomes précédents, par les soins de M. Chéron.

Le second volume nous donnera les Archives de Vancien musée des monuments français, publiées par M. Albert Lenoir, d'après les manuscrits inédits d'Alexandre Lenoir, son père.

Dans le troisième volume prendront place les inventaires du Musée de Nantes, par M. Merson, du Musée de Tours, par M. de Montaiglon^ du Musée d^ Angers, par M. Jouin.

Quant au quatrième volume, on y trouvera les monographies d'un certain nombre de monuments en province, celles par exemple des Archives départementales de VHéraultf par M. de La Pijardièrc, et de Notre-Damede-Granville, par M. Guiffrey. A la suite de ces monographies seront insérées cent cinquante notices écrites par M. Edmond Michel, et intéressant les départements du Loiret, de l'Yonne et de Seine-et-Marne. Quelques inventaires encore, relatifs à des monuments des départements du Rhône, des Vosges et de la Seine-Inférieure, s'ajouteront aux inventaires mentionnés ci-dessus, si l'espace disponible le permet.

Enfin, TOUS Tduf rappelez que la eammiuûm de Cinventair$ aTaît erganisé dans les bâtiments du Trocadéro, k Tépoque de TExposition noiverselle, une eiposition de portraits nationaux. Une Notice héitorique et tnalytique, rédigée par M. Jouin, des peintures, seulpturee, miniattares, elc, dont se composait cette collection éphémèrOi mais à tous égards ai intéressante, a été offerte à chacun des exposants par Tadministration des beaux-arts.

Vous le voyez, messieurs, dans le domaine que nous avons entrepris d'exploiter ensemble, ni la terre ni les ouTriers n*ont chômé, et nos ooUaborateurs de province, aussi bien que nos collaborateurs à Paris, peuvent se rendre cette justice qu'ils ont, comme aurait dit Montaigne, « bien attaqué de primo-face et gaillardement entamé la besogne ». Reste à la continuer maintenant, et moitié dans une certaine mesure à en élaiigir. Je crois, les conditions.

Ne conviendrait-il pas en effet, ne serait-il pas avantsgeox pour tout le monde que vos travaux ne se bornassent pas à la recherche et à la prodaction de renseignements sur les choses, et que les hommes, parfois oubliés ou peu connus, qui les ont faites^ devinssent, eux aussi, rob]et de vos préoccupations érudites? Les biographies d'artistes provinciaux rentrent naturellement dans le cadre de notre entreprise où, tout au moins, elles pourraient s'y rattacher, à titre d'annexés. Sans doute des écrit} de ce genre ont été envoyés déjà, et quelques-uns ont été publiés dans les comptes rendus des séances annuelles tenues à la Sorbonne ; mais il noua semblerait souhaitable que ces envois à peu près exceptionnels jusqu'à présent prissent dorénavant le caractère d'une habitude, et que les documents retrouvés par vous sur un architecte, un sculpteur ou un peintre provincial vinssent plus souvent compléter ce que nous savons de ses ouvrages. Les notices ainsi communiquées pourraient fournir la matière d'une publication spéciale, parallèle pour ainsi dire à la publication de VInventaire, et qui, comme celle-ci, serait offerte aux auteurs et aux bibliothèques des départements.

Dira-t-on que notre ambition va un peu loin, et que ce nouvel appel à votre libéralité court grand risque de ressembler à une sollicitation indiacrête? J'en conviens, nous ne craignons pas de demander beaucoup, noua visons à beaucoup recevoir; mais, après tout, à recevoir pour donner, puisque vos travaux ne sortent de nos mains que pour revenir, une fois imprimés dans les vôtres, ou pour entrer dans les bibliothèques publiques. Permettez-moi, en finissant, d'invoquer cette excuse, et j'ajouterai, d*en trouver une autre dans le concours même que vous avez bien voulu nous prêter jusqu'à ce jour. Si vous n'aviez pas été, si vous n'étiez pas aussi dévoués à la cause de l'art dans notre pays, si vous n'aviez pas autant à cœur d'honorer tous les souvenirs qu'il nous a légués, de relever tons ses

titres de noblesse, je n'aurais eu garde assurément de vous parler comme Je viens de le faire. Au lieu de me préoccuper avec vous de l'avenir, je m*en serais tenu à Tétat présent de notre œuvre, et je me serais contenté de constater ce qu'elle vous doit sans prétendre ni rechercher ni pressentir ce qu'elle pourra vous devoir encore.

Le discours de M. le vicomte Delaborde fut suivi de la lecture des mémoires, faite par divers délégués des sociétés des beaux-arts.

La réunion dura trois jours, et chacune des deux séances suivantes fut précédée d'un discours des présidents successifs: MM. About et Castagnary.

Voici la listé des Mémoires les plus intéressants lus pendant ce congrès :

M. Bouillon-Landais, conservateur du musée de Marseille, lit un mémoire sur les directeurs de TÉcole des beaux-arts depuis 1793 jusqu'à présent.

M. Brocard, conservateur du musée de Langres, lit un mémoire sur le musée de cette ville.

M. Carré, membre de TUnion artistique du Pas-de-Calais, fait une conununîcation sur l'enseignement du dessin dans les écoles d'Arras.

M. Charvet, inspecteur de renseignement du dessin, lit une étude sur Torganisation de l'enseignement de l'école publique de Lyon au xvm" siècle.

M. Durieux, représentant la Société d^émulation de Cambrai, lit un mémoire sur les écoles de dessin et un mémoire sur le musée de cette ville.

M. Jollbois, conservateur du musée d'Albi, Ut un mémoire sur l'histoire des beaux-arts à Toulouse et sur les annales de l'hôtel de ville,

M. Parrocel, membre de l'Académie des sciences, lettres et arts de Marseille^ lit une étude sur l'importance des artistes provençaux dans l'antiquité.

M. Teissier, professeur à la Faculté de Caen, expose le rôle et les travaux de la Société des beaux-^u'tB de Caen.

M. Henry Jouin, secrétaire de la réunion, donne lecture d'une notice de M. Dangé d'Orsay, membre de la commission départementale de l'inven* taire du Lot, sur le musée de Cahors ;

D'un mémoire sur renseignement du dessin à Tours, par M. Laurent, directeur de l'école municipale de cotte ville;

D'une note sur l'organisation de l'école municipale de dessin et de peinture et sur le musée de Rouen, par M. Morin, directeur de Técole de dessin et de peinture de Rouen ; ^

D'une noie sur renseigne&nent du dessin et sur le musée d'Ajaccio, par SI. Péraldiy conservateur dn musée de cette Tille;

D*une note sur TCnion artistique du Pas-de-Calais, par M. Boutry, président de cette Société.

Parmi les rapports officiels lus durant le congrès des Sociétés des beaux-arts nous citerons celui de M. Pillet, sur YEnseignement du dessin^ et surtout celui de M. Henry Joain, que nous reproduisons textuellement en raison de son importance et des renseignements précis qu'il fournit :

RAPPORT

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