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SUR

LES QCBSTIOZfS D'ART iTRANGÈKBS A L'BNSBIGIIB VIIVT DU DESSIN

PAR M. JOUIN Archiviste de la Commission de l'inventaire.

Messieurs,

Après les remarquables discours que tous venez d*entendre, quelques minutes me suffiront pour vous entretenir des questions d*art étrangères à l^enseignement du dessin.

Ces questions peuvent être rangées sous quatre chefs : Musées, Exposîtionsy Sociétés, Inventaire.

Nous possédons en France, à Theure actaelle, plus de deux cents musées. Il est donc naturel que chaque année MM. les délégués des Sociétés d*art nous révèlent quelque point curieux de Thistoire de ces nombreuses collections. La session qui s*achève, féconde à tous les points de voe, nous a permis d'ajouter plus d'une page inédite aux annales des musées de province.

Le département du Finistère ne comptait, il y a trois ans, qu*un seul musée : celui de Quimper. En 1875, Brest voulut avoir le sien, et, en trois années, ses fondateurs ont su réunir deux cent trente peintures, dessins ou estampes de choix. En ce moment, c'est M. de la Barre-Duparcq, président de la Société académique de Brest, qui nous l'apprend, Morlaix se prépare à ouvrir un musée. Or savez-vous à quelle initiative éclairée cette création sera due? A un homme éminent, M. de Guemissac, que la Bretagne vient de perdre, et qui a fait un legs important à la ville de Morlaix. M. de Guernissaca droit de cité parmi nous. N'est^e pas lui qui, en 1833, accom-

pagnait en Egypte det autre jeune homme enthousiaste, son ami. Napoléon Gobert, mort à vingt-six ans, pour s'dtre imprudemment baigné dans le NilT C'est de Guemissac qui fut l'exécuteur testamentaire de cet ami des lettres, dont la fortune, — ainsi que le souhaitait Alexandre pour son empire, — passe annuellement aux plus dignes, à ceux dont Tinteiligence et la plume se sont montrées plus françaises, les lauréats des grands prix Gobert. Exemple oblige, et nous croyons sans peine que le musée de Morlaix n*a pas moins d'un demi-siécle dans la pensée de son fondateur.

M. Combler, président de la Société académique de Laon, annonce la fondation d'un deuxième musée dans cette ville.

Le musée de Caen a eu ses historiens, mais ce qu'ils n'ont pas dit, c!e8t le legs récent de M. Mancel, libraire et amateur, — un Mariette contemporain, — qui a doté sa ville d'une collection de tableaux, d'objets d'art, de livres précieux et de gravures au nombre de trente miUe. Le donateur avait acheté k Rome une partie de ces trésors à la vente du cardinal Fesch.

Des galeries du môme cardinal sont sorties les neuf cents toiles qu composent le musée d'Ajaccio. Son conservateur, M. Péraldi, nous en fait espérer pour une date prochaine l'histoire et la description.

Langres doit son musée aux libéralités de ses artistes ou de leurs descendants, M'** Aubert-Petitot, M. le colonel baron Aubert, M. Barotte, et enfin le sculpteur Nicolas Lescomé, mort hier, professeur de dessin à Roanne, ont constitué le budget des beaux-arts de la ville de Langres. Lescomé a fait plus que de laisser à sa ville natale des titres de rente : huit tableaux de valeur, le marbre inachevé de sa statue d'Andromède, le portrait de son frère Joseph Lescomé, sculpteur comme lui, et celui de Diderot, leur célèbre compatriote, sont sortis de son atelier pour prendre place au musée de Langres.

Le vice-président de la Société des beaux-arts de la Mayenne, M. Tancrôde Abraham, va nous dire l'histoire d'un musée de cheMieu d'arrondissement. Nous sommes à Chàteau-Gontier. Un ami de Delacroix, d'Ingres, de Paul Delaroche et de Flandrin, M. Boullet-Lacroix, lègue, en 1848, à lai ville de ChÂteau-Gontier les toiles de sa galerie. On ne sait où trouver un local; on n'a pas d'homme. Vingt ans s'écoulent. « Au commencement de 1868, écrit M. Abraham, l'administration municipale me chargea d'aviser à la création du musée et me demanda d'en être le conservateur. J'acceptai ces fonctions avec d'autant plus d'empressement qu'elles sont absolument gratuites. » M. Abraham est aqua-forUste, et nous nous demandions en l'écoutant si c'était le graveur ou l'écrivain qui déroulait devant nous la silhouette pittoresque de Thôtel Fouquet dans lequel est installé son musée. Au surplus, il n'importe. L'auteur applaudi des Albums, deveftus populaires dans la région de l'Ouest, sur Angers et Chàteau-Gontier a^Siàt

preave de tant de zèle depuis dix ans pour eorichir son LouTre de « cheflieo d'arrondissement ■ que nous n'hésitons pas à le citer en eiemple. Seuls, les vrais artistes ont le secret de cette perséyérance quand il s'agit de l'art.

Pourquoi tous nos arrondissements ne possèdent-ils pas leur musée? Ce ne sont ni les municipalités, ni l'administration départementale, ni te pouvoir central qui y mettent obstacle. Loin de là. Vous les trouTeres empressés à seconder de semblables fondations. Vous en avez la prenre, en ce qui concerne l'État, dans les efforts incessants de la commission de l'inventaire tendant à faire dresser le catalogue de chaque collection publique. En 1875, sur SIO musées, 63 seulement possédaient un livret. Aujourd'hui, les catalogues imprimés sont au nombre de 85, et les inventaires manuscrits que nous avons obtenus s'élèvent au chiflîre de 70. Voilà donc 156 musées dans lesquels la pleine lumière est faite, et, sons quelques semaines peut-être, M. le sous-secrétaire d'État des beaox-arts voas l'a dit, des inspecteurs amis, députés par l'administration, iront s'assurer dea besoins réels de vos collections d'art. Ce qui manqne parfois, ce n'est paa l'encouragement du dehors, c'est un homme. Mais en France, d'ordinaire, les hommes ne manquent Jamais longtemps. Aussi gardons-nous Tespoir que les musées de province sont appelés à s'étendre et à se multiplier.

Auprès des musées de peinture, il y a place pour les musées d'art industriel. Ceux-ci sont d'une installation moins coûteuse que les premiers, •t nous les regardons comme non -moins utiles. Sans doute, ils intéresaent le métier, l'ouvrier d'art plutôt que l'artiste, mais n'oublions paa qae l'ouvrier d'art s'est appelé chez nous Pinaigrier, Beniard Palis^, Riéaener, CEben, Boule, Caffieri. N'oublions pas, messieurs, que Pierre Poget, le sculpteur du MUon, ne fut longtemps qu'un décorateur de vaisieanz.

Les expositions d'art dans nos provinces se sont ralenties à rapproche « de l'Exposition universelle. Gela devait être. Cette année encore, le monvement sera peu sensible. Tous nous avons présent le souvenir des trésors d'art accumulés dans la galerie médiane du Champ de Mars et an palais du Trocadéro. Nous ne sommes pas surpris qu'une certaine accalmie se manifeste en ce moment. Mais ne craignez pas qu'elle soit de longue durée. Ce que nous ont appris MM» les délégués des départements snr le résultat immédiat des expositions régionales les pins récentes laisse preasenlir qu'avant peu l'élan reprendra, l'activité sera doublée.

Um seule exposition d'art a eu lieu dans le Finistère, à Brest, an coun des mois de mai et de Juin 1875. A l'issue de cette ll&te artisUqne, U oéa- (ten du musée de Brest fat résolue.

Le Havre, dit M. Devaux, de la Société haTraise d*études diverses, a eu 868 expositions ea 1870 et en 1875. a Nous ne demandons pas, ajoute rhonorable délégué, que de pareilles expositions soient annuelles au Havre, ainsi que cela existe pour les villes de Rouen et de Caen, mais on se préoccupe de leur donner une périodicité régulière. » Vous le voyez, messieurs, la province normande n*est pas au second rang quand il y va des progrès de rart.

A CambnJ, huit expositions ont eu lieu pendant une période de trentedeux ans, de 1826 à 1858. A ces grands Jours de Tari, c*cst M. Durieux, de la Société d'émulation, qui Taffirme, le musée de la ville est redevable de ses plus belles œuvres.

M. Brocard, de la Société historique et archéologique de Langres, nous apprend que Texposition régionale de 1873 a été l'occasion d'acquisitions importantes pour le musée dont il est le conservateur.

n en faut dire autant du musée d'Angers que dirige avec tant de zèle depuis trente années M. Jules Dauban, correspondant de l'Institut, aujourd'hui inspecteur de l'enseignement du dessin. Ce musée s'est enrichi en 1877 à la suite d'une exposition remarquable dont le jury avait été choisi parmi les membres de llnstitut et les fonctionnaires de l'administration des beaux-arts.

Je ne puis oublier les ^groupes d'amateurs ou d'artistes qui ont ouvert en ces derniers temps, avec un égal succès, des expositions d'art dans les villes d'Autun, Blois, Lons-le-Saulnier, Meaux, Nancy, Montauban, Nevers, Orléans, Rouen, Pau, Reims, Bennes et Saint-Quentin. Une mention spéciale est due aux expositions d'un caractère intime dans lesquelles des mains pieuses se plaisent à rassembler l'œuvre d'un seul maître. Le type de ces collections éphémères, si précieuses pour la critique et l'histoire de l'art, nous le trouvons dans l'exposition récente des œuvres de Pierre Pmd'hon. Ne soyez pas étonnés, messieurs, de l'intérêt capital qui s'est attaché à cette fête de l'esprit. Une pensée de bienfaisance au-dessus de tout éloge avait présidé à son organisation : il s'agissait de secourir la flUe du maître lui-même^ et le promoteur de cet acte patriotique vous est connu, c'est le président de la Société des amis des arts d'Orléans, le collectionneur plein de goût chez qui le culte de l'art est une vertu héréditaire, M. Eudoxe Marcille.

Et J'aurais mauvaise grâce à ne pas rappeler ici que soixante villes de France ont voulu concourir à l'exposition des portraits nationaux au Trocadéro. L'administration les a remerciées. Quant au public, il sait désor- •mais où frapper le Jour où il voudra saluer de nouveau l'image authentique des plus illustres personnages de notre histoire.

Ainsi, quels qu'en soient le lieu, la date, le mode de fonctionnement, les expositions d'art profitent invariablement aux musées de peinture. II

n'est pas douteux que les musées d*art décoratif reoerront de ces aortes de solennités une impulsion plus rapide encore, un développement plus aasnré. Nous voulons espérer qu'à la fin de la session de 1880 il nous sera donné d'applaudir à la statistique imposante des expositions régionales organisées ou en cours de préparation sur chaque point de la France. L*art, roua nous l'avez démontré, messieurs, a tout à gagner à ces manifestations locales. Et nous sommes autorisés à le dire, Tadministration centrale se montrera fière de vous encourager aussi souvent que vousHnèmes prendrei à tlche d'attester la vitalité de l'art dans vos provinces.

Je passe aux Sociétés.

La source des résultats mentionnés dans ce rapport, le foyer de l'activité salutaire à laquelle nous rendons hommage, ce sont les sociétés des beaux-arts des départements. Vous vous rappelez, messieurs, que la résolution d'assimiler les sociétés d'art aux sociétés savantes compte moins de trois ans. Cest une circulaire de M. le ministre de Tinstruction publique et des beaux-arts, — aujourd'hui président du conseil, — datée du 14 août 1876, qui vous fit part de l'innovation. Quelques mois plus tard, vingt soeiétés entraient en relations avec l'administration des beaux-«rt8; à Tissue de la session de la Sorbonne, en 1877, leur nombre était de cinquante; en 1878, nous en comptions quatre-vingts. Hier, elles avaient atteint la centaine. Haïs, après ces trois Jours si bien remplis, après les échanges de pensées, les exposés lumineux, les promesses reçues, les plans ébauchés, il nous a semblé, messieurs, que nos correspondants de demain ne se comptent plus : ils s'appellent Légion. C'est l'art qui recueillera le bienfait de cette entente coounune et c'est l'Art qui nous a rapprochés. Une fois de plus, cette belle parole d'un ancien se vérifie : Concordia res parvœ crescunL

n me reste à parfer brièTement de rinventaire général des richesses d'art de la France. Quelques secondes encore, et Je termine. Ai-Je besoin de dire ie caractère élevé d'une semblable entreprise? Non, messieurs. On ne décompose pas la lumière. Qui dit trésors d'art éveille une pensée de clarté, d'éclat, de splendeur, de rayonnement. Faire émerger de l'ombre l'œuvre d'art, c'est ouvrir la porte au rayon. L'art ignoré, méconnu, mutilé,, perdu dans les ténèbres ou la poussière d'un édifice inexploré est en péril et ne porte pas son enseignement. La révélation précise des monuments de l'art que possède notre pays, le bilan de la fortune nationale, en un mot

riiiTentaire général des richesses d*art de la France est donc tout ensemble une œuTre de conservation et une œuvre d^éducation. Vous Tavez promptement compris, messieurs, car votre initiative laborieuse a rendu soixante départements français tributaires de la commission centrale de Finventaire général des richesses d'art. Vingt comités régionaux fonctionnent actuellement en France sous la présidence des préfets. Soixante-dix sociétés sont à l'œuvre, et, ces jours-ci, nous constations l'existence entre nos mains de sept cent quarante-deux monographies adressées par vous à l'administration des beaux-arts.

De son côté, la commission centrale n'est pas demeurée inactive. Un -volume renfermant l'inventaire de vingt-sept édifices religieux de Paris a été publié. Un second s'achève en ce moment, il renferme Thistoire et la description de llnstitut, des Archives, de l'Opéra, du Palais-Royal, du Thé&ire-Français, de l'Arc de Triomphe de l'Étoile et de quatre-vingt-dix fontaines de Paris.

Les musées d'Orléans, de Chalon-sur-Saône, de Montpellier ont trouvé place dans un premier volume consacré à la province. Les musées de Nantes, de Tours, d'Angers sont sous presse et formeront avec quelques monuments de moindre importance, choisis dans la région de l'Ouest, un deuxième volume.

Parallèlement à celui-ci, afin de donner une plus prompte satisfaction à ses collaborateurs des départements, la commission centrale compose un volume dans lequel prendront place cent cinquante monographies environ de monuments du Loiret, de l'Hérault, des Vosges et de la Seine-Inférieure. C'est ainsi que la commission de l'Inventaire marche du même pas que les hommes vaillants et désintéressés qui, de toutes parts, ont entendu son appel. A l'œuvre donc, et sans défaillance, et sans trêve. La mine est inépuisable. Sans doute, sept cents notices attestent votre labeur. Mais qu'est-ce que cela, messieurs, quand il s'agit de la France et de l'art français? Il y a matière dans l'inventaire général à trente mille monographies et peut-être davantage.

Aussi devons-nous remercie» à cette place ceux d'entre vous qui ont augmenté notre gerbe par leurs lectures ou leurs envois pendant cette session : M. Félix Voulot, correspondant de la Société des antiquaires de France, pour l'inventaire de l'église Saint-Maurice à Épinal; M. Dumay, de la Société éduenne, pour celui de l'évèché d'Autun ; M. de Saporta, de l'Académie d'Aix, pour son étude sur les sculptures de l'église métropolitaine de Saint-Sauveur, à Aix ; M. Jules Pellisson, des archives historiques de la Saintonge et de l'Aunis, pour sa notice sur l'église de Gonderille ; M. Geoiige, de la Société littéraire, historique et archéologique de Lyon, pour son exposé de l'inventaire dans la région lyonnaise; M. Régule, de la même Société, pour sa monographie de la cathédrale de Lyon ; enfin, les

commissions départementales de Maine-et-Loire et de la Vienne, ponr un ensemble de travaux.

Hais cette grande question de TinTentaire général 8*élargit d'heure en heore. Il serait peu logique, n'est-il pas yrai, de décrire patiemment Toewrie d'art sans remonter Jamais au maître d'œuvre. La richesse mobilière que nous tenons du génie est certes d'une hante valeur, mais le génie lui-même le compterons-nous pour rien? Dieu nous en garde! H y a deux ans, l'un de vous ' lisait à la Sorbonne l'histoire inédite du sculpteur Dominique Florentin ; l'an dernier, nous apprenions la vie du frère André et de l'archîtec((B Victor Louis ; puis, remontant les âges à la suite de BL Parrocri de l'Académie de Marseille, nous nous étions pénétrés de « l'importance dea artistes provençaux dans l'antiquité >.

Cette année, le même auteur nous a fait partager le Cruit de ses recherches sur les artistes provençaux du rv* au xiv* siècle de notre ère. M. Castan, de la Société d'émulation du Doubs, a établi les origines montbéliardaires du ciseleur François Briot et du monnayenr Nicolas Briot, et la dissertation savante de M. Castan confirme les travaux antérieurs publiés par un membre éminent de la commission centrale de l'inventAire, M. Ghabonillet. M.Durieux, delà Société d'émulation lie Cambrai, a raconté l'histoire de Jean Baêrt et de ses descendants « manufacturiers de tapisserie à la façon des Gobelins ■, disent les actes officiels du dernier siècle.

Les peintres, les sculpteurs, les orfèvres, les tapissiers et les damasquineurs se comptent par centaines sous la plume de M. l'abbé Debaîsnea, archiviste du Nord, auteur d'une histoire de l'art dans les Flandres avant le XVI* siècle. Nous assistons avec H. Abel Patoux, de la Société académique de Saint-Quentin, au spectacle douloureux des dernières années de Maurice Quentin de Latour. Puis, ce sont les directeurs de l'école de d^ sin de Marseille, de 1793 à ce jour, que fait passer sous nos yeux M. Bouillon-Landais ; c'est Jean Davet, le McUtre à la licorne, damasquineor et nielleur de Henri II, que rappelle son compatriote M. Brocard, de Langres; c*est Simon Heudebert, le fondeur de cloches du xvi" siècle, l'auteur du carillon de Béthune, que M. Emile Trav^^ exhume des archives de cette ville ; c'est le peintre Aved, dont nous entretient brièvement son petit-fils, M. Cournault, de la Société d'archéologie lorraine. M. Coumault fera plus: il voudra préparer, nous l'espérons, pour une session prochaine, la biographie de son aïeul. Ce sont Ferdinand Perrot, mort à Saint-Pétersboorg, Auguste Aubois, Eugène Moreau, Louis Renier et vingt autres artistes provinciaux, dont l'existence, les œuvres, les succès, l'infortune, la mort sont révélés par des bouches éloquentes. Il étidt juste qu'auprès de l'inventaire de l'œuvre d'art, il y eût place dans nos travaux pour ce que j'ose appeler l'inventaire de l'artiste.

Car, ne l'oubliez pas, messieurs, l'art, sous aucun de ses aspects, ne

saurfût échapper à Tétude de la commission centrale qui tous demande de Taider. Elle sait gré à M. Jolibois, de la Société des sciences, arts et belleslettres du Tarn, d*avoir esquissé l'histoire des beaux-arts à Toulouse ; à H. Noël d*0r]éansy de s'être attaché à traiter de l'art décoratif dans notre pays, dût notre correspondant Jeter le cri d'alarme en désignant l'ouvrier d'art de Belgique, d'Autriche, d'Italie, comme un rival redoutable pour notre industrie; à M. Le Breton, conservateur du musée céramique de Rouen, de s'être inspiré de l'ornementation du palais royal de Madrid pour étudier le rôle de la porcelaine dans l'art décoratif; à M. Mélicourt- Lefebvre, président de la Société des amis des arts de Dieppe, de ses notes sur l'utilité d'un secrétaire inamovible dans les sociétés de beaux-^rts; à M. Tessier, secrétaire de la Société des beaux-arts de Caen, de son mémoire sur l'influence de cette société dans la ville normande qui attend la statue d'Ânber; à M. de Berluc-Pérussis, président de l'Académie d'Aix,' de sa causerie sur les anciens curieux et collectionneurs provençauxl Reprenant une étude récente de M. BonnafTé, M. de Pérussis l'enrichit à l'aide de documents inédits, et nous pénétrons à sa suite chez le roi René, Raymond de Soliers, François du Perier, « dont le nom,- dit M. de Pérussis, est familier à quiconque connaît son marherbe », chez Peyresc, de Gaillard, d'Espaginet, Gaspard de Venel, Claude Viany et maint autre !

. N'oublions pas l'étude de M. l'abbé Déhaisnes sur la tapisserie de haute-lisse à Arras aVImt le xv« siècle, et celle de M. Braquehaye sur les portraits historiques des salles de la Bourse à Bordeaux. La commission centrale de l'inventaire vous sait gré de tous ces travaux. Elle recevra toujours avec gratitude les manuscrits de toute nature, les imprimés de tout format se rattachant à l'art. Donnez à pleines mains, messieurs. Jetez sans relâche dans notre creuset l'artiste, l'œuvre d'art, le document écrit sur le maître ou sur son chef-d'œuvre, et la commission vous rendra toutes ces choses, coordonnées, annotées^ et vous-mêmes aurez rempli un grand devoir r vous aurez fait connaître notre école, c'est dire qu'elle sera la première. « Étranger! > dit un jour en hochant la tête une marchande athénienne qui venait d'entendre* parler Théophraste. La pauvre femme n'avait rien saisi des paroles du philosophe^ et elle l'appelait étranger. Or il n'y avait pas moins de trois quarts de siècle que le successeur d'Aristote habitait Athènes. Messieurs, pareille déception ne vous attend pas. Vous que l'on rencontre sur tous les chemins en quête de l'artiste ou de l'œuvre d'art, vous ne sauriez être des étrangers pour personne. Chacun, en vous voyant passer dans l'Athènes moderne, a le pressentiment de votre mission pacifique et féconde.

Désertant pour un jour vos provinces, vous apportez à la métropole le tribut spontané de vos études, de vos fouilles, de votre initiative généreuse, de vos conquêtes. Non certes, vous^n'entendrez jamais prononcer le

mot que je rappelais tout à l*heure et que moi-même je n*OBe plus redire car, dans I*ordre de la pensée, nul n*aura plus aimé la patrie, nul ne se sera montré meilleur citoyen que les intendants volontaires du patrimoine national, des trésors d*art dispersés dans notre pays, c'est-À-dire de la richesse inaliénable et supérieure de la France.

La réunion des sociétés savantes a été terminée le 49 avril, après un discours du ministre, M. Jules Ferry, dont nous extrayons ce qui est plus spécial aux sociétés des beaux-arts :

Il y a des gens qui disent : A quoi servent, dans une démocratie, les sociétés savantes? — car il y en a qui le disent, et j*ai honte de répéter devant vous, messieurs, une telle impertinence. — Que ceux qui tiennent ce langage veuillent bien écouter la leçon qu*on vient leur donner ici même.

Nous avions, en 1877, dix-sept délégués des sociétés des beaux-urta des départements. En 1878, nous en avons eu quarante; nous en avons aujourd'hui quatre-vingts ! Eh bien, messieurs, voici ce que nous allons faire de ces délégués et de ces sociétés, d*accord avec mon cher ami et précieux collaborateur le sous-secrétaire d*État des beaux-arts.

J*ai pris un arrêté qui doit constituer les sociétés des beaux^arts des départements sur le même plan que les sociétés savantes, en les rattachant à la commission chargée de dresser Tinventaire des richesses artistiques de la France. Nous les y rattacherons de la même façon et dans le même but que les trois cents sociétés savantes que vous voyez réunies dans cette enceinte pour une action commune. Nous appliquerons ainsi une méthode que l'expérience a justifiée. Ces sociétés resteront libres comme vous Têtes vous-mêmes; nous serons là seulement poor les subventionner, pour les encourager et pour leur indiquer les deux directions principales où nous souhaitons de les voir s'engager.

L'office qu'elles rempliront sera double, en effet; d'une part, elles poursuivront l'inventaire des richesses artistiques de la France, elles activeront l'organisation des musées de province. Elles pénétreront dans ces musées locaux, souvent si difficiles à aborder par suite de l'inertie ou de l'obstination de quelque vieux conservateur, qui considère le musée comme étant sa chose plutôt que celle du 'public. (Sourires d'assentiment.)

Les sociétés des beaux-arts de province feront le jour dans ces colkctions, elles ouvriront ces portes closes, elles apprendront à ceux qui eo sont chargés comment on classe un musée, comment on en fait une école pour le public, qui peut y trouver cet enseignement par les yeux, incomparable soit au point de vue de l'art, soit au point de vue de l'histoire.

Ces sociétés ainsi coaçues, reliées à un centre comman, nous aideront puissamment dans une autre œuTre plus haute encore : l'organisation de renseignement populaire du dessin, une grande chose, messieurs, à laquelle mon éminent prédécesseur, M. Bardouz, aura l'honneur d'ayoir attaché son nom. C'est lui qui a décrété que l'enseignement du dessin serait désormais obligatoire, et, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, celui qui vous parle a l'ambition de continuer son prédécesseur, sans se flatter de le remplacer.

n faut d'abord sayoir ce qu'est, dans l'état actuel, cet enseignement du dessin. Il existe, en effet, parmi nous un enseignement du dessin, mais sans direction, sans méthode commune, sans Tue d'ensemble, et qui cependant, sous les formes diverses qu'il a revêtues, est digne de toute notre Attention.

Des expériences spontanées ont été tentées un peu partout, expériences sur lesquelles on a recueilli une quantité de documents dont nous aurons sans doute à tirer parti.

Il y aura ensuite à organiser la surveillance sur cet enseignement développé et réorganisé; il y aura dans ce but des comités locaux à constituer ; les sociétés des beâux-arts formeront tout naturellement ces comités de surveillance.

Vous voyez comment il peut se faire que ces sociétés des beaux-arts et ces sociétés savantes, qui semblent si éloignées des intérêts de ce monde, deviennent les instruments de grands progrès économiques et sociaux ; car Je n'imagine pas un plus grand progrès économique et social que d'avoir augmenté la puissance professionnelle des ouvriers français dans -ce grand domaine qui confine à l'art et à l'industrie. (Très bien! très bieni)

Aussitôt après le discours du ministre, la liste des sociétés récompeneées et les noms des lauréats ont été proclamés. Voici ce qui coqcerne la section des beaux-arts :

SOCIÉTÉS DBS BEAGX-ARTS'*-

OfficUrs d^acculémU, — MM. Abraham (Tancrède), conservateur du musée de Chàteau-Gontier, vice-président de la Société des beaux-arts de la BCayenne ; Dauban, inspecteur de l'enseignement du dessin pour l'Académie de Poitiers; Delerot, bibliothécaire de la ville de Versailles; Desavary, secrétaire de la Société artésienne des amis des Arts à Arras; Des tailleur, conservateur du musée de Chalon-sur-Saône; Cheyssac (l'abbé) membre de la Société historique et archéologique du Périgord; Noël architecte, professeur à l'école de dessin d'Orléans; Parrocel, membre de l'Académie des sciences, arts et lettres de Marseille; Jolibois (Emile) secrétaire de la, Société des sciences, arU et bellefr-lettres du Tarn, con

serrateur du^ masée d*Albi ; Midonx, membre de la Société académiqne de Laon.

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