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MONTS APPALACHES ET GRANDS LACS CANADIENS

Jusqu'à ces dernières mmécs, l'orographie de la partie orientale des États-Unis était très imparfaitement connue. Malgré les essais méritoires irne Ton doit à Arnold Guyot et K, Sandoz (Physikalische Karte des Alicahany Systems, 1860} et surtout à J. I\ Les le y (Map intended ta itlu&trate 'tire Type»àfEarthSurface helween Cincinnati and the Sra, 1860 ; Topographie Map of Pennsylvania, 1871), les grands traits du relief demeuraient si mal déterminés que la plupart des Atlas se bornaient à des indications values, quand elles n'étaient pas inexactes. Même les meilleures cartes générale?» comme celle de Uelèrmann (États-Unis en 6 feuilles au \ : 5 700.000 ; carte publiée dans l'Atlas de Slieler» 1872 et armées suiv. ; et Peiermanm MUteit., 1877)» n’échappaient pas à ce reproche. La raison mi est simple : jusqu'en 1879, les États-Unis ne possédaient point de service officiel, chargé de l'étude topographique du territoire; et les opéralions de V United States Ceological Su rm/, organ ïsées à cette époque, ne furent étendues aux régions situées en deçà du Mississipi qu’un peu plus lard. Sans doute, les côtes de l’Océan et des grands Lacs avaient déjà été levées avec une extrême précision par le Coast and Geodetic Sttrvey, dont la création remonte aux premières aimées du xix ' 1 siècle (1807); mais» dans l'intérieur, sauf un certain nombre de feuilles publiées, à la suite de la guerre de Sécession, par le Génie fédéral, et relatives aux Etals du Sud, ou peut dire que tout était à faire.

Aujourd’hui, après vingt-cinq ans d’efforts méthodiquement poursuivis, la situation est bien changée ; pour établir la belle carte des Etats-Unis, destinée à l’Atlas Universel» dont VAnnée cartographique reproduit un des fragments les plus remarquables, M» ïluot a utilisé un grand nombre de documents précis, dont la réduction lui a permis de donner une image du relief que l’on peut considérer comme à peu près définitive. Toute la chaîne des Appalaeties, notamment, entre la vallée du Jleuve Hudson et Je 57* parallèle, a pu être figurée avec exactitude grâce aux feuilles topographiques (1 : 62500 et 1 : 125000) publiées par le grand service de Washington, feuilles dont le nombre dépasse actuellement (1005) .725 pour la partie du domaine de l’Union correspondant à la carte ei-conlre 1 .

Sept des États de la grande République Américaine sont compris en entier dans ses limites : New York» Pennsylvania, New Jersey, Delawarc, Maryland, Virginia, West Virginia, Au nord-est, la carte empiète très légèrement sur le Verni ont, le Massachusetts et le Connecticut ; au sudouest, elle mord davantage sur le Kentucky et l’Ohio; au nord-ouest, elle atteint le Michigan. Quand au Canada, il est représenté, à l’extrême nord, par la partie méridionale de la province d'Ontario.

Plusieurs régions naturelles s’en partagent la surface. Eu dehors de f « ancienne terre » canadienne, que la carie effleure à peine, cî des plaines en partie submergées (lacs Duron, Eric, Ontario) qui lui servent de bordure, il faut mettre à part, au nord-est, le massif urchéen des Adîrondacks, au relief très irrégulier, parsemé de lacs innombrables, comme on eu observe toujours dans les territoires de roches cristallines autrefois envahis par les glaciers. Le reste appartient surtout à la région des Appalachcs. On sait que, dans l'Amérique du Nord, les géographes donnent ce nom à l’ensemble des hauteurs bordant, plus ou moins parallèlement au rivage, l'Océan Atlantique, et plus particuliérement à la partie de cet ensemble située entre New York et l’Alabama. Noire carte représente plus des deux tiers, en longueur, de la chaîne ainsi comprise et fait nettement ressortir les trois zones principales qu’on y peut distinguer du nord-ouest au sud-est : 1 * la zone occidentale des hauts plateaux carbonifères (Catskili, Ailegheny, Cumberland) ; 2° la zone médiane des chaînons de terrains primaires plissés, qui constitué le trait le plus caractéristique du système ; 5 ° la pénéplaine orientale de roches schiste-cristallines, à laquelle sa position et sa faible altitude ont fait donner le nom de Piedmont. Plus à l’est vient une quatrième zone, formée de dépôts meubles et sans relief, où les Meuves débouchent dans de larges estuaires : c’est la zone des plaines littorales.

H est peu do contrées sur le globe où les conditions soient plus favorables aux études tectoniques et morphologiques que dans les Appalachcs. lies coupes publiées, dès 1842, par les frères H. D. et AV. If. Rogers excitent encore l’admiration des géologues; et c’est en Pennsylvanie qu'a été formulée, il y a juste un demi-siècle, la première interprétation rationnelle des formes du terrain (J. P. Lesley, A Marnai of Coal and ils Topograpky, 1856). Depuis cette époque, les conceptions relatives au phénomène orogénique se sont notablement élargies; d’autre part, le rôle prépondérant des eaux courantes dans la sculpture du sol émergé a élé mis en lumière; enfin, ou a reconnu que les agents du transport des matériaux erratiques, si développés dans le nord-est des Etats-Unis, n’étaient autres que de gigantesques glaciers. Ces trois ordres de faits, et leurs conséquences géographiques immédiates, ont donné lieu, dans ces dernières aimées, à une multitude de publications, dont le simple catalogue remplirait tout un volume (voir les bibliographies de N, El» Darton et E- IL Wceks, Huit. U . S. GeoL Survey, rT 127, 188, 189, Washington, 1896- 1902; et leurs suites annuelles, n** 205, 221, 240). Avant de signaler les principales, revenons à la carte de M. Ïluot, pour noter quelques-uns des traits qu’elle fût heureusement ressortir.

L'allure lie xu eu se des chaînons appalachiens est très apparente, de même que leur parallélisme dans chacune des sections transversales du système, A une première concavité regardant le nord-ouest, dans le bassin de la Delaware, succède, en Pennsylvanie, une convexité encore plus marquée, que mettent en évidence les nombreuses crêtes surgissant a l’ouest de la Susquehanna. Après une longue section rectiligne comprise entre les 40* et 58* parallèles, dans le Maryland et les deux Virginies, où fous les éléments de la topographie s’orientent N. E. ou N. N. E., vient une nouvelle concavité, dans le bassin de la New River (Kanawha). L’est avec la direction E. N. E. que montagnes et vallées, vers 36° o(Y, atteignent Je bord inférieur de la carte, pour reprendre bientôt, il est vrai, dans le Tennessee, la direction N. N. E.

Si l’on examine leur tracé plus en détail, on ne peut manquer d être frappé de la disposition en zigzag qu’ils affectent quelquefois. Nulle part ce

„ t* Ce liûdibro atteignait 1325 en 1‘.KH pour Pense ni Lite des États-Unis. (Voir The United

, : e!t Geoiogicai Sure ri/, j t v Origin. BevetonmenL Organisation , and Opérât io h s* Jb'lL U. S. g. s., ir 227,1904» p. l4>

fait n’est mieux marqué que dans la région de l'Anthracite, à l’est de la Susquehanna, entre Wilkesbarre, Pottsville et Marrisburg. Les formes bizarres résultent de l'intersection, par la surface topographique, d’une série de couches houillères alternativement tendres (schistes) et résistantes (grès), disposées en plis synclinaux d'une extrême régularité. On retrouve quelque chose d’analogue à l’ouest du même Meuve,pour les pli< anticlinaux de couches siluriennes de la Pennsylvanie centrale. De même encore, dans la partie de la zone du Piedmont qui répond au nord du New Jersey, pour les nappes de basalte disposées eu anneaux concentriques formant lesWalcImng Monntains. Dans tous ces exemples, l’aspect de la carte iappelle celui d’une pièce de bois rabotée, où les cercles d'accroissement annuel dessinent des contours plus ou moins capricieux.

Très variable apparaît, en outre, le développement de ces accidents dans le sens transversal : à l'extrême nord-est» au droit de Tlludson, la bande des « Lin le Mountains )>, entre Newburg et les CatskiMs, n’occupe que quelques kilomètres; peu à peu, le faisceau s'élargît, atteint 11(1 kilomètres en Pennsylvanie el décroît lentement jusqu'à la New River, où de grandes failles rectilignes» ramenant les terrains plus anciens sur les couches carbonifères, introduisent dans la topographie un régime différent.

An point de vue hypsométrique, l’importance des Appalachcs est Râble, et leur continuité, si accusée en plan, disparait presque dans le sens vertical, surtout dans l’aile du nord-est, où les plus fortes altitudes sont reportées jusqu’aux plateaux de la zone extérieure (Catskills, 1281 mètres; Ailegheny Front 1225 mètres» etc.). Aussi s'explique-t-on pourquoi les grands cours d’eau ; DelavVare, Susquehanna, Potomac, James River, plutôt que de suivre au nord-ouest la pente générale des couches, descendent directement, en sens contraire, vers l’Atlantique. M. Davis a montré que le relief actuel est dû à la mise en saillie, par l'érosion, des parties dures, après arasement complet de la chaîne primaire, transformée pendant hère secondaire en pénéplaine. L'analogie avec le Jura, plissé à une époque tardive, el où les crêtes du sol répondent à des voûtes des couches, est donc toute superficie Me.

Bornons-nous à indiquer, à l’ouest, les vallées sinueuses et profondes que lesafïlneiMs de l'Ohio onl découpé dans l'épaisseur des plateaux — c'esi là quVsl situe le plus vaste des bassins houillers des États-Unis; et, à l’est, les estuaires ramifiés qui témoignent d’une submersion récente. Quant à la limite des dépôts glaciaires, elle prend notre carte en écharpe d’un bord à l'autre ; de Cincinnati, où elle vient loucher l'Olno, elle remonte d’abord en décrivant une série de festons jusqu'au 42“ parallèle, à l'est du lac Èrié, pour redescendre ensuite jusqu’à New York : le bourrelet sableux de Long Island appartient aux grandes moraines terminales de Üepoque quaternaire.

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