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Victor Huât
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Le volcan de h Montagne Pelée n’avait pas donné signe d’activité depuis l'année 1851.
L'éruption de la fameuse Soufrière de Saint-Vincent, quoique moins destructive, fut aussi une terrible calamité pour celle île, où elle lit près de 2000 victimes. Un tiers de la partie septentrionale a été révolutionné par le phénomène et, tandis que la soufrière présentait l'aspect d’une fournaise ardente, des abîmes gigantesques et des nouvelles vallées Couvraient. La dernière éruption de la soufrière de Saint-Vincent datait de 1812,
Iles signes d f agitation se sont également manifestés dans plusieurs autres îles de la chaîne antilienne, notamment à Saint-Kilts*
Les Américains, situés à proximité, ont été les premiers à secourir les malheureuses populations des An tilles. Six jours après le désastre, une première expédition scientifique était organisée par la Société de Géographie de Washington*
D'après l’élude sur le terrain poursuivie par le professeur HiLlduCco/o* tjîcai Survcij des Etats-Unis, la destruction de Saint-Pierre aurait été causée, non point par la Montagne Pelée, mais par un des nouveaux cratères ouverts entre la montagne et la mer* Ce nouveau cratère était entouré d'une centaine de petites bouches en activité émettant de la boue et des cendres.
L'Académie des Sciences de Paris a aussi envoyé h la Martinique une mission composée de M. Lacroix* professeur de minéralogie au Muséum d'histoire naturelle de Paris, de M* Rollet de l'Isle, ingénieur-hydrographe de la marine, et de M. Giraud, docteur ès sciences.
Plusieurs autres missions américaines ont encore visité les Antilles, notamment celles organisées par l'Université Harvard et Y American Muséum of nalural hhlortj*
La mission géologique dirigée par M. Lacroix a parcouru la zone dévastée par les éniplinns du mont Pelée; ses recherches scientifiques se son! étendues sur 8 kilomètres au sud et 5 kilomètres au nord. Elle a suivi la crête du cratère qui présente une cavité irrégulière de 150 mètres de profondeur, au centre de laquelle s'est formé un cône de roches dépassant l'ancien sommet de la montagne*
D’après M. Lacroix, l'éruption à la Martinique, jusqu'à îa lin de juillet 1002, a consisté exclusivement dans une phase explosive; pas de coulées de lave, pas de changement de niveau du rivage, aucun affaissement nt soulèvement dans l’intérieur des terres, pas de modifications appréciables des fonds au voisinage de la cèle, pas de tremblements de terre.
Deux phénomènes spéciaux caractérisent Uéruplion actuelle* C’est d’abord la formation par accumulation d’un dôme de lave solidifiée sur l’orifice de sortie de la bouche souterraine du volcan. L’autre phénomène, non encore observé scientifiquement, es! la production de nuées ardentes, l'un des traits essentiels de l'éruplion de 1902. Ce sont ces nuées ardentes ou nuages denses à haute température, produites par une projection de gaz et de vapeurs, qui, rasant le sol, brûlent et asphyxient les êtres vivanls, détruisant tout sur leur passage. C'est elles qui ont caractérisé les grandes éruptions du 8 et du 20 mai, du 0 juillet et du 50 août 1902* Elles seules expliquent la catastrophe de Saint- Pierre*
En résumé, à la Martinique, l’éruption continue; son régime se maintient constant; l'élément destructeur principal, les nuées ardentes, persiste; les flancs de la Montagne Pelée et la zone avoisinante restent évacués pour un temps indéterminé* Mais la région dévastée ou dangereuse n’esl qu'une faible partie de la Martinique : un vingtième environ, d'après le ï apport de M. HiU, du Geologkal Survey ; le reste de Pile demeure aussi vert que par le passé. Le sort de notre colonie n’est donc nullement désespéré*