Pontarlier ne fut ni attaqué ni défendu
2. Cette résistance acharnée fut une victoire pour l'armée française. Le mot n'y est pas, mais la chose est avouée par tous les détails qui suivent.
3. La réserve générale qui formait l'arrière-garde de l'armée est oubliée dans ce récit et confondue avec le 18' corps.
vigueur désespérée, surtout vers l'aile droite, derrière laquelle s'étendait la route des Verrières.
Une attaque de front contre cette position était d'autant plus difficile que le feu des forts rendait impraticables les routes de ]a vallée, et que nos troupes avaient à gravir une pente trèsescarpée et couverte déneige. Elles soutinrent une lutte acharnée autant dans les montagnes que sous bois, et firent porter tout le temps leurs efforts contre l'aile droite de l'ennemi. Dans de telles circonstances, notre artillerie pouvait à peine intervenir; quant au combat d'infanterie, on le continuait avec vivacité presque sans interruption. Jusqu'à ce que l'obscurité se fût répandue, les vallées s'emplirent du bruit incessant des feux de peloton et des salves d'artillerie, auquel se mêlait le sourd grondement des canons de la forteresse ennemie. Le général Fransceki reconnut bientôt l'impossibilité qu'il y avait à tourner, par une attaque de front, des forces supérieures. Il fit donc reculer la 5^ brigade d'infanterie, qui se trouvait à son flanc droit sur les Granges-Sainte-Marie, en passant par les Granges- Narboz, pour s'élancer de là vers Jougne sur la route de retraite de l'ennemi. En outre, le 39' régiment du T corps, demeuré à Pontarlier sans emploi, fut envo^'é parle commandant supérieur pour occuper un des chemins de montagne qui conduit aussi \ ers le sud et dont nous n'étions pas complètement maîtres. On prenait ces mesures dans le cas, toujours possible, où une partie des forces ennemies essaieraient encore de se frayer un passage vers le sud. Mais l'heure avancée de la journée empêcha que ces différents ordres ne fussent exécutés, et l'obscurité qui gagnait ne permit pas aux troupes d'avancer plus loin dans les chemins profondément accidentés de la montagne. D'autre part, le général du Trossel s'empara, fort avant dans la soirée, de l'embranchement des routes de la Cluse. Les pertes de sa brigade dans cette journée dépassaient 400 hommes, dont 330 du régiment Colberg. Celles de l'ennemi ne furent pas constatées ; il eut, tant à Pontarlier qu'à la Cluse, plus de 400 hommes pris.
Dès le milieu de la journée, avant que le combat ne fut terminé, il n'y avait pas à douter du résultat final. L'ennemi était complètement refoulé sur les dernières montagnes de France et ne pouvait, dans cette situation, ayant déjà ses derrières en pays neutre, que capituler ou franchir la frontière. Les derniers événements donnaient à supposer que déjà l'armée ennemie commençaità passer en Suisse; l'énergique résistance qu'elle opposait
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à l'aile droite faisait penser que c'était près des Verrières que le gros des forces effectuait cette retraite.
(Journal des sciences militaires^ livraison de mai 1872.)
DISCOURS DU GENERAL FALLU DE LA BARRIERE AU CIMETIERE D'hÉHICOURT, le 10 JUILLET 1872.
Messieurs,
Lorsque j'ai quitté Belfort, il y a quelques heures, et que j'ai revu le champ de bataille où sont tombés nos morts infortunés, j'ai douté de l'utilité de leur sacrifice, et je n'ai pu me défendre d'un sentiment d'amertume et de tristesse. Je suis marin, et j'ai vu flotter dans cent points du monde le drapeau d'une France forte et honorée : c'est avec les images et les comparaisons qui tiennent à ma profession que je sentais le malheur d'une patrie vaincue et humiliée. La piété que les habitants d'Héricourt témoignent envers les morts, le langage de l'oraison funèbre, qui convient si bien à la gloire des armes, ont une puissance douce et forte qui atténue même la douleur patriotique, la plus poignante des douleurs, et qui relève les cœurs. Je quitterai Héricourt avec des dispositions meilleures : c'est à vous que je le dois, et je vous en remercie.