CHAPITRE II
l'affairk de fayars
Les plaintes des paysans. — Tentative ponr ouvrir Tétang. ~ La maréchaussée charge la foule. — La garde citoyenne se rend à Favars. — Les blessés. — Demande de cent hommes de eayalerie pour rétablir et maintenir Tordre public. — Les prisonniers. — Une députation de la ville de Brive envoyée à Tulle. — Une seconde envoyée à Paris. — L'alliance des villes de Tulle, Brive, Uzerche et UsseL — Les prisons insuffisantes pour contenir les prisonniers. — Les interrogatoires des accusés. — Le jugement. — L'opinion publique. — La potence à Tulle, •— La cour prévôtale dénoncée à l'Assemblée nationale.
Le grenier public se remplissait» les arrivages et la v^Qte des grains se faisait d'une façon régulière, mais les 09mpagnos environnant la ville^ encoro sous la domination de tyranneaux irréconciliables, souffraient de leur dure autorité. La peur régnait toujours dans les enviroQS, cependant le paysan sentait qu'il pouvait secouer le joQg féodal qui rélreignait encore et espérait que les juges
lui accorderait la jastice qu'il méritait. Il osa élever la voix pour se plaindre.
Voici un document d'archives à ce sujet :
A Monsieur le LieoteDant général criminel de Talle,
Supplient humblement Léonard RafTj, cadet, du boarg de Cornil, Pierre Puydebois, du village de Lavialle et parroinse, Bertbon Murât, du village de Gessénat, môme parroisse, François Varille, du village de La Ramade, même parroisse, Theve Germain, veuve de Bernard Espinat, du bourg de Gornil, Antoine Cousterie^ dudit bourg, Jean Barrj, aussi dudit bourg, Eymard Bouysson, du village de Rouanne, parroisse de Daignac, Pierre Jouanie, du bourg de Cornil, François Roux, du village du Mons et parroisse.
Disants en ce plaignants que le despotisme féodal, dont ils éprouvent la tirannie, depuis bien des années, parles exactions les plus cruelles que le sieur L. D... (1) cadet a exercé contre eux les a rendus les victimes souffrants de son caprice et de sa brutallité. La crainte de Timpérieux régime féodal les a contraint a gémir en sillence jusqu'aujourd'huy, sans oser lever leur voix tremblante vers la justice pour implorer son secours, maisaujourd*huj qun heureux changement s^opère dans PBtat, et que les malheureux deviennent libres, le premier usage qu'ils font de cette môme liberté c'est de demander justice des meaux qu'ils ont éprouvé soit vis avis de leurs personnes, soit vis avis de leurs biens ; en conse* queiice ils vont séparément déduire leurs causes et mojens de plaintes contre ledit sieur L. D... cadet.
Léonard RAFFY se plaint qu^ayant resté plusieurs années domestique de M« L. D... et dans le temps qu^il étoit encore à son service le dit sieur D... le sollicita vivement a achetter une vieille masure située dans le bourg de Gomil. Et pour l'engager a faire cette aquisition il luy promit de le gratiffier du montant des
(l) Nous tairons ici le nom qui appartient à une fiuaoiUe très honorablement connue à TuUe.
lots et ventesi sar cette promesse le plaignanl achetta ladite maison et la fit pour ainsi dire réediffier, attendu qu'elle tomboit en ruine. Quant les réparations furent faittes et que le plaignant y eut fixé son domicilie, le sieur D... fit éclater les vues quil avoit toujours cachés, en conséquence il fit apporter audit Raffj par le ministère de M® Laporte notaire du village de La Greneste, qui avoit passé le contrat devante, Pàrgent du montant de Taquisition avec offre de le recevoir en par lùj passant revante en vertu du retrait féodal que ledit sieur D. .. pretendoit exercer.
Le plaignant ayant refusé de recevoir cette somme, attendu que les réparations qu'il avoit fait faire depuis son aquisition montoient plus de quatre cents livres en sus de ce qu'il en avoit donné qui n'étoit que soixante ecus. Sur le refus duditRaflj le sieur D... consigna l'argent du prix de Taquisitioni le fit saisir par le sieur PecWdour, créancier dudit Raffj et luj, comme créancier dudit Pechadour le retira. Cella fait dans le ternp^ que ledit Raffj etoit absent pour gagner sa vie et cello de ses enfants, étant devenu veuf. Le sieur D... s'empara de la maison et en y entrant il fit enlever un lit complet qu'il fit emporter ches luy, il luy fit enfoncer une garderobe qui y étoit, fit emporter les hardes de sa femme qu'elle renfermoit et les vendit a une fille de Brive qui restoit chez luy en qualité de cuisinière. 11 luy prit aussy de dans ladite garderobe, du linge et ses papiers qui consistoint au contrat de vente de la maison et en des lettres d'échange et billets de différantes personnes qui luy devoint, et plaça un métayer dans la maison du suppliant. Tout cella s'est passé depuis trois ans ou environ.
Depuis cette époque ledit sieur D... voulut absolument que ledit Rafiy fut rester encore ches luy et il fut forcé malgré luy d'y aller ou il a resté deux ans, dont il n'a reçu aucun salaire. De plus il a employé 45 livres de sa poche pour le frère D..,, scavoir qu'ayant été chargé de la part du sieur D... de venir à Tulle à la foire de St- Antoine pour y achetter deux cochons, ou pour nourir et l'autre pour le tuer en petit salle et il ne luy donna que dixhuit ecus et les cochons montèrent l'un 35 livres et l'autre 27 livres 12 sols, et le plaignant fournit le surplus de sa poche, en
second lieu il luy apporta en deux différantes reprises et par ses ordres pour six livres de papier de ches le sieur Daubech du pont delapierre^ lesquels six livres le plaignant a aussi déboursé.
En troisième lieu quelques jours après son mariage le sieur D... vint à Tulle avec sa dame et plusieurs autres personnes des nopcesy ils mirent pied à terre au Chapeau Rouge et furent dinés chez M. L... Falné, avant de s^en aller le sieur D... demandât au plaignant s'il avoit d*argent ce quoy celluj-cy repondit qn*il en avoit quelque peu. Eh bien, luy dit-il^ tu pajeras la dépense des chevaux. CequMlfit.
4«. Etant au château de Poissac avec le sieur D... son mattre, il j vint un marchand de poivre. Le sieur D... ou quoique soit sa dame on prirent deux livres et dirent au plaignant de le payer, ce qui monta six livres.
Quant le plaignant est sorty de ches le sieur D..., il a esté dans sa chambre et loy a présenté son compte tant du montant de ses loyers que de celluy des fournitures et avances qn'il avoit fait. A son aspect ledit sieur D... entra dans une fureur des plus terribles en luy disant de sortir vite de son appartement, ce que le plaignant fit pour éviter son courroux. Et dans le temps qu'il ouvnât la porte, il luy lança une bille de tabach qu^il avoit sur sa table, duquel coup il fallit être assommé, et c'est la toute la récompense qu^il a eu.
Pierre PUYDEBOIS se plaint quMl y a environ onze ans, une veille des Rois, quêtant a Tafue de la bécasse a l'entrée de la nuit, le sieur D... vintàrendroit ou il etoit et comme le plaignant voulloit f'en aller il luy cria d^arreter, ce qu'il fit. Et aussitôt il luy tira un coup de fuHl qui luy remplit V échine et les jambes de plomba duquel coup il a failli a périr.
François ROUX, du village du Mons, se plaint qu'il y a environ douze ans qua une ou deux heures de la nuit le sieur D... vint chez luy pour le désarmer, tant luy que son frère. Le plaignant sortit et luy remit son fusil et luy dit qu'il n'avoit pas celluy de son frère, alors le sieur D... tomba sur luy à coup de fouet de
cheval. La mère do plaignant voyant que son fils étoît si mal traité sortit de sa maison et se mit a la traversse en disant aa siearD... : Monsieur, épargnez mon fils qui me donne & vivre, iués moy plutôt moy ; alors il la repoussa brutalement en luy disant : Bougresse, ote toi de la ou je te casse les os. Et s^otetina a demander le fusil du frère du plaignant ; on luy répéta encore qu'on ne l'avoit pas, «il s'obstina encore a le vouUoir, de sorte qu'on fut contraint d'enfoncer une caisse ou il etoit enfermé. A force de prières qu'on lui a fait ou fait faire, il en a rendu un et il retient encore l'autre.
Jban BORIB, du bourg, se plaint qu'il y a six ans ou environ que le sieur D... luy flt arracher daus un bois a luy appartenant, appelle de Piny, situé dans les appartenances du bourg de Comil, huit chataigners, arbres faits et de très bon rapport dont il flt faire du bois qu'il fit entasser sur les lieux et transporter chei luy quand il fut sec.
A peu près dans le môme temps le plaignant avoit fait fsdre des brasses de bois châtaigner, lequel bois le sieur D... fit emporter d'authorité ches luy et le pliûgnant n'a jamais reçu que douze livres qùoyque ledit bois valloit quatre livres la brasse.
Bbrthou MURAT, de Gessenat, se plaint qu'il y a environ douse ans que le sieur D... vint ches luy pour le désarmer et le plaignant ayant refusé de luy rendre son fusil, ledit sieur D...luy donna un coup de pointe de batton sur l'estomac, duquel coup il fut renversé et étant par terre il Taccabla de coup de son batton, jusqu'à ce qu'il Tout cassé sur son corps. Le plaignant fut si cruellement maltraité que du depuis il luy a esté imposable de travailler pour gagner sa vie.
François VAREILLE, de la Ramade, se plaint qu'il y a environ douxe ans qu'étant dans un pré appartenant à Jean Lascaux, du village de Poumeyrol, le sieur D... vint à passer et ayant apperçu le plaignant a luy déchargea son fusil double sur luy », dont l'un l'atteint au chapeau et Tautre à une cuisse en fleurant et après
quil eut tiré ses deux coaps, il dit à M, de Bar quietoit ayeo loy : Tire, bougre, tire 1 cequMl ne fit pas.
THERESE GERMAIN, veuve de Bkrnard ESPIN4T, se plaint quil y a environ treize ans que le sieur D... maltraita ledit Espinat son mary de la manière la plus cruelle à coup de pieux de cbarrete, et étant réduit sur son grabat, il^^intle chercher le lendemain pouvant à peine se soutenir et le força de venir ecorcber un bœuf qui luy etoit crevé du charbon. Et cette maladie pestilantielle empoisonna si fort ledit Espinat quil en mourut presque sur le champ. La plaignante sa veuve, lors de la mort de son mary. etoit enceinte de trois mois et étant sans bien et sans ressource elle a été obligée du depuis à mandier son pain.
ANTOINE GOURTARIE, du bourg, se plaint que Tannée dernière le sieur D. • . luy fit arracher deux obataigners de dans un bois à loy appartenant appelé au Mescoux, lesquels arbres etoint d'un produit considérable.
ETBfARD B0UY3S0U, du village de Rouanne, se plaint qu'il y a dix-huit ou dix-neuf ans qu'en passant au village de La Voisine, paroisse de Sainte -Fortunade, il entra dans la cabane de La Feuillande accompagné du nommé Pierre Roche, du village du Yiallard, paroisse d'Aubignac, pour y boire une bouteille devin, qu*on fit apporter. Dans lequel cabaret et môme chambre etoit M. D... avec plusieurs messieurs qui y buvoint, à peine la bouteille futelle apportée devant le plaignant, et avant qu'on eut commancé de boire, que Thotesse vint, prit la bouteille pour la versser dans un pot qui parroissoit très malpropre, quoy voyant le plaignant s'y opposa, mais il fut verssé malgré luy, disant s La bouteille fait besoin & M. D... ; il est vray qu'il repondit a cella : Mon argent est aussy bon que celluy des autres, pourquoi me privés-vous d'une bouteille que vous m'avës apporté.
Le sieur D.. ayant entendu colla se leva de la table ou il etoit sfidsit le plaignant par les cheveux, le renversa et luy donna plusieurs coups de poings et coups de pieds. Le plaignant échappé de
868 mains sortit et lorsqu'il fut ao devant de la porte il se plaignit quoiqae modestement de ce qu'on Favoit maltraité si cruellement et si mat a propos, alors M. D... sortit, se jetta de nouveau sur InjetTaocablade coupsJQsques la que du depuis il a toujour^ ressenti et ressent encore beaucoup de doulleurs, tant ces coups ont altéré sa santé. Et lesieur D..«, non cantent d'avoir mis le plaignant dans le plus mauvais état Tobligea de se mettre a genoux ei de \fêj demander pardon.
Outr^celU Marie ROCHE, veuve de Yingbnt JUGIE, bellemère du plaignant, avoit un procès avec )e nommé Rbumelt, de Courbiat, paroisse de Pandrigne, ledit sieur D... dit a cette femme de luy remettre sa procédure et trois louis et qu'il prendroit cette affaire en main et la feroit finir. Ladite Roche luy donna la procédure et les trois louis, il y a de ce huit ans ou environ et du depuis elle n'a jamais pu parvenir a avoir ni l'un ni l'autre, le sieur D... a tout gardé.
P1BRR8 JOUANNIE, du bourg, se plaint qu'il 7 a huit ans que le sieur D... luj donna un certain terrain a deifricher appelle & Las Plantadas, il fut convenu que pour droit de terre ledit Jooannie luy donnéroit ou la paille qui se recueilleroit ou l'égale quantité de grain que celle qui tomberoit sur le lerrain, au souhait de M. D... En conséquence le terrain fut défriché et le plaignant y sema un sestier et deux coupes de seigle, mesure de Brive, quand la moisson fut prette a être recueillie M D... fut ches le plaignant, le trouva occupé a faire des sabots, luy deffandit expressément de venir couper lo bled. Le plaignant ayant voulu luy remontrer que sa deffense etoit injuste, que cette récolte luy appartenolt étant le fruit de son travail et le produit du grain qu'il y avoit jette, pour lors M. D... entra dans une colère affreuse, se saisit du plaignant et l'obséda si cruellement quUl fut obligé de se faire raccomodei* deux cottes qu'il luy avoit enfoncé • En conséquence le plaignant fut contraint de rester ches luy, d'abandonner sa récolte, et le sieur D... s'en empara, luy garda sa peine, le grain qu'il avoit employé et l'exposa a mourir de faim
attendu que le plaignant a fort peu de bien et quUl ne vit que du produit de son travail.
Il 7 a plus, le plaignant avoit semé des poids avec la permission de M. D... dans un champ appartenant acelluy cy qui devoint être partagés entreux^ Qaant ils furent murs» le plaignant les cueillit et les plaça dans une grange du sieur D..., quand il vouUa aller pour les battre, il trouva madame qui luy dit : Je suis oocqpée a degaucher les derniers qui restent, nous ânisaons de les manger. Et elle luy promit qu'on lui donneroit du froment en remplacement, ce qui n'a pas été fait, et le sieur D... luy a retenu injustement cette récolte comme l'autre. .
Quoique la plainte des plaignants eoit tardive, ils ont neantmoins lieu d'attendre que la justice voudra l'accueillir favorablement et s'appercevra sans peine que les moyens de leur retard a été forcé, attendu qu'ils étoint sous la puissance de leur accusé qui leur tenoit pour ainsy dire le pied sur la gorge, ce qui les mettoint dans le cas de ne pouvoir se plaindre sans s'exposer a son couroux toujours dangereux et funeste pour ceux qui avoint le malheur d'encourir sa disgrâce, môme sans raison. Ce n'est qu'aujourd'huy, qune nouvelle constitution qui change la surface de l^tatou plutôt de ses loix antiques quils se voyent un peu plus libres étant moins exposes a la rigueur du tirrannique Empire des seigneurs, qu'ils commancent a essayer leur liberté pour se plaindre des injustes vexations qu'ils ont éprouvées.
Dans cet état les suppliants ont recours à votro justice aux fins que ce considéré, Monsieur, il vous plaise leur donner acta icy en personne de la présente requette en plainte y faisant droit, leur permettre d'informer par devant vous des faits y contenus, circonstances et dépendances et pour l'information faitte et communiquée à M. le Procureur du roy estre sur ses conclusions pourvu de tel décret que vous jugerés bon ôtre, pour ensuite ôtre par les plaignants pris telles conclusions qu'ils aviseront avec dépens, domages et interest, et feres justice.
J. PUTDEBOiS, BORIE.
Tous les sappliants, saaf de Pujdebois et Borie, ont déclaré ne savoir signer.
Vachot, président; Bonkelyb; Crozt, adjoint.
(t Noas avons donné acte aux suppliants ici en personne de la présente roquette en plainte assisté de sieur Jacques Bonnelie et de sieur Jean-Baptiste Croysjr, adjoints, leur permettons dUnformer des faits y contenus, leurs circonstances et dépendances pour rinformation faitte et communiquée être statué ce que de droit.
a Fait à Tulle le 10 février 1790.
a AuDUBERT, lieutenant général criminel ^
BONNBLYB ; GnOZT.
a Scellé, vu i Tulle, le 13 février 1790.
ce Reçu vingt-deux sous deux deniers.
« Chastâino* (1). 9
Voilà^ pris eûtra mille» les faits reprochés par nos paysans aux nobles et bourgeois» soi-disant ennoblis, de l'époque.
Ces ezactionsi ces brutalités, ces abus des aiiciens privilèges, auxquels le régime monarchique et féodal avait eu recours, pour exploiter et opprimer le peuple, avaient aigri même nos paysans, encore si faciles à courber sous le joug seigneurial.
Certes, nous savons que tous les c privilégiés » n'agissaient pas comme le sieur L. D... do ÔorniL II y en avait qui étaient humains» qui parfois môme compatissaient à la misère du travailleur de la (erre, mais, il faut l'avouer, dans notre pays la plupart étaient indifférente et s'endormaient dans le doîce farniente et la jouissance que leur
(1) Ârch. de la Gorrèze, C. 2082.
procurait alors la fortune et la situation morale^ supé^ rieure, que s'était faite le « seigneur » propriétaire du eoL
I^a tyrannie des uas« aidée par l'insouciance des autres, avaient presque toujours raison de l'humanité de ceux qui s'apitoyaient sur le sort des campagnards. Mais le paysan, prévoyant qu'allait bientôt sa briser la chaîne qui le rivait aux pieds du maître, voulut essayer sa liberté.
L'année 1789 venait de toucher à sa fin. Les Droits et Devoirs de T Somme avaient été placés en tête de la Constitution établie par l'Assemblée constituante et cette nouvelle constitution avait été publiée dans nos campa* gués.
Oès les premiers jours de janvier 1790, on s'occupait des élections à faire pour la nomination des Maires et Officiers municipaux. Ce fut avec grandes difficultés que la ville de Tulle et les environs parvinrent à former les corps municipaux.
Le 20 janvier 1790, dit le procès- verbal de la séance de vole, t d'après le dép(»uillement des différents scrutins, personne n'a réuni la pluralité absolue des suffrages. » (1).
Le lendemain, 21 janvier, après nouveau vote, le recencement général ayant été fait, c il a été veriffié et reconnu qu'aucun citoyen n'avoit obtenu la pluralité absolue des suffrages pour l'élection du maire et que M. de Lavaur de Vernejoux et M. Melon de Pradoux étaient les deux citoyens quKavoicnt obtenu la pluralité relative, en conséquence il a été déclaré qu'il n'y avait pas d^election et les commissaires ont été chargés d'aller le déclarer aux citoyens actifs des différents quartiers rassemblés, et de les avertir qu*il fallait procéder à un troisième scruttin«
(1) Arch. de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 31.
lora daquel ils voteroQt en favear de riin ou de l'autre des deux coucurrents cj-dessas dénommés. » (1).
Enfio^ p&r 248 voix, M. Melon de Prddoux fut élu maire contre 189 voix obtenues par M. de Lavaur de Vernéjoux.
lA. Melon de Pradoux fui sur leciiamp pioclamé maire de Tulle t en présence d'une fouUe d'habitants présents qui altendoint cette proclamation... et afin de rendre sa proclamation ptfbliqae et solennelle sa nomination a été annoncée au son de la grand*cloche et au bruit du canon delà ville, ses fonctions demeurant suspendues jusques à la nomination des autres ofâciers et à la prestation de serment qu'ils doivent faire tous ensemble en présence de la commune ».
Le 22 janvier, nouvelle journée dévote, mais < MM. les commissaires des différents quartiers ayant remis sur le bureau les listes et résultats des différents quartiers et le recensement ayant été fait en leur présence il a été ve* riffié et reconnu qu'aucun citoyen n'avoit obtenu la pluralité absolue pour la place de procureur de la commune ».
Encore une fois il fallut voter et le résultat fut de nouveau négatif, t aucun cHoyen n'avait r^^uni la pluralité absolue des suffrages », mais )IM. Bnval, procureur du roi au siège présidial de Tulle, et Villeneuve, avocat à Tulle^ avaient obtenu le plus de voix. -*- Un nouveau tour de scrutin devait décider entre ces deux concurrents : M. Brival obtint 235 voix contre 127 accordées à M. de Villeneuve.
M. Brival fut donc élu procureur de la commune.
Le 27 janvier se faisait le recensement général des trois
(1) Arch. ée la Mairie de Tulle, D. 1, V. 4, p . 30, verso.
buieaux de vote> il fut c reconnu que M. Villeneuve» avocat, avait été nommé officier municipal à la majorité absolue, au second scrutin, et qu'au troisième scrutia MM. Laborderie, médecin. Sclafer de Chabrignac, avocat, Mesnager, prêtre, i.aco6te« avocat, et Sudour, procureur, avaient recueilli la pluralité relative des suffrages.
Enfin le 30 janvier 1790 on pouvait compléter les élec* tiens par la nomipation dds 18 notables. Il fut € vérifié et reconnu que les citoyens qui avoint recueilli la pluralité relative des suffrages, par ordre de pluralité, étaient : MM. de Vernéjoux ; Rabanide, avocat; le père Lanneau de Marey, préfet des théatins; Vialle père, avocat; Floucaud vieux, procureur ; l'abbé de Lacombe ; Leyx, fils §îné, lieutenant général do Télection ; Saint-Priech de Saint-Aigne, avocat; Bôrie, marchand ; d'Arche d'Am* brugeat; Dufraysse-Devianne, conseiller au presidial; Brossard, conseiller élu; Darluc, ancien lieutenant gênérai; Ghadebech aîné, bourgeois ; Tabbé de La Salvanie, chanoine ; Béril, bourgeois, aocien échevin ; Moussours, procureur au presidial, et Chaumont, feodiste, qui l'a emporté comme plus âgé, à égalité de vois sur le sieur Bonnelie aîué ».
Ainsi donc la nomination des membres de la municipalité et de la commune avait nécessité diw tours de scrutin et occupé une période de dia loumées.
Entre temps, le 25 janvier, eut lieu une assemblée ( xtraordinaire des officiers municipaux, des membres du Comité pen. anent et dtis officiers de TEtat- major de la garde citoyenne, dans laquelle fut donné lecture d'une lettre de M. de Combret de Marcillac, lieutenant de maléchaussée, adressée au Comité de cette ville en d'ite du même jour. Cette lettre était relative à une autre lettre portant la même date, adressée à M. de Combret de Mar-
nMié.
cillac par Mme Dubois de Saint Hilaire^ baronne de Favars^ desquelles il résultait t une réclamation pressante de la part de M. de Combrot pour obtenir de la commune de Tulle des forces à opposer à une insurrection mena* çaatequi^ depuis plusieurs jjurs, s'étoit faite ressentir au préjudice de plusieurs seigneurs jst bourgeois des environs, et notamment dirigée contre les propriétés de madame de Saint-Hilairo, de la part des habitants de plusieurs paroisses du voisinage de celle de Favars (l). »
11 n'est pas hors de propos, avant de raconter les faits qui se passèrent à Favars* en 1790, de faire connaître cette seigneurie et les seigneurs qui la possédaient.
Le bourg de Favars est situé à environ 10 kilomètres de Tullei. sur la gauche du chemin vicinal de grande communication de Treignac à Brive, par Tulle.
Cette seigneurie est très ancienne^ puisque le cartulaire de Beaulieu la mentionne déjà en Tan 897 (2). Elle fut aux Favars ; et à Tabbaye de Beaulieu qui en avait la suzeraineté^ succédèrent les Malemort, au xi® siècle; puis elle revint au monastère. Elle était aux Turenne au xui^ siècle. — En 1287^ dame Raymonde de Favars était prieure de Tancien couvent de Derses, près de Saint- Hilaire-Peyiou (3). Au xiv® et xv*' siècles, les seigneurs directs rendaient hommage soit à Tabbaye de Beaulieu (1402, par exemple), soit à Turenne (1334, 16T2, etc.) (4).
Dès le X® siècle ces seigneurs portèrent le nom du lieu. On trouve Gerald et Hugues de Favars en 993 et encore
(1) Archive^ de la Mairie de Tulle, D. 1, V. 1, p. 33.
(2) Deloche Cartularium monasterii sancti Pétri de BellolocL lemovi-^ censis diœcesia. Xlll, XIV, XV, CL, CLXX, CLXXXl et CXCIV.
(3) G. Clément- Simon. Notice sur le Couvent de Derses, Bull, archéol. de laCorrèze^ 1889, p. 547 et s.
(4) Poulbrière, Dictionnaire des Paroisses du Diocèse de Tulle,\» 1, p. 499.
en 1422 ub descondant : Jean de Favars, sieur de TEschamel, signant chez le notaire Pierre de Bonrreiou (de Borrelonis) (1).
La famille des de Favars s*éteigQit, dans celle de Saint EsupéryMiremont en 1483, rine de Favars, avec par le mariage de sa dernière héritière limousine. Galbe- Guillaume III de SainUExupéry-Miremont (2). Celte dernière famille passa la seigneurie de Favars aux Bourbon- M alausse qui en 1729 la vendirent à la famille bourgeoise des Mérigonde, ainsi que TénoncQ l'acte suivant :
« Entre messire Armand de Bourbon, comte de Malausse, faisant pour messire Louis-Auguste de Bourbon, marquis de Malausse et de Miremont, comte de la Gazevabre, Viane, Gijonnet et Romairols, seigneur et baron (le Favars, mestre de carap du régiment d'Agenois, son frère, auquel il promet faire approuver et ratifier les présentes conventions d^une part, et monsieur Jean-Baptiste Mérigonde, seigneur de Murât, des Bordes et de La Geneste, a esté convenu que le seigneur comte de Malausse tait vente pure et simple audit sieur Mérigonde dQ la terre et seigneurie de Favars avec toute justice et directité, moulins» étangs, prés et jardins, rentes que ledit seigneur a droit de prendre dans les paroisses de Favars, Saintft^exens. Bar et Saint-Germain avec les dixmes inféodées appartenant audit seigneur dans la paroisse de Saint- Germain, moyennant le prix de quatre-vingt mille livres. » (3),
En septembre 1729, Jean-Baptiste Mérigonde, seigneur
(1) Arch. de la Corrèze. E. 1208.
(2) Poulbrière. Dict. loc. c.
(3) Arch. de la Corrèze. E. 1155, pièce n^ 100«
— aide Murat^ entrepreneur général des fortifications du roi au département du Roussillon, demeurant en la ville de Terpignan, fit faire par Léonard Bussièrec» notaire royal de Tulle, c l'aveu et dénombrement du fief, terre et seigneurie de Favars, relevant du roy à cause de sa cou« ronne de France, en exécution de Tbommage par luy rendu à Sa Majesté le roy Louis quinze régnant en date du 14 septembre 1729 ».
Il déclare « tenir et posséder le fief de Favars relevant immédiatement du roy nostre sire, consistant en un chasteau avec une grande tour ronde, une cour, un jar. din, un prê, trois moulins et trois estangs, le tout situé dan^i le boui^ de Favars ».
Les rentes foncières et directes et justice étaient aussi dues sur les tènements de Verouillo^ de Madur, de Pier* rat, du Cour ot prés sur TËstang de la Poumerollie, do la Faurie, de la Bellye, de Salvies, des Bernards, de la Praderie, le Boysset, de Fonfessou, de Cbaminade, du Mas, dont détail est donné pour cbacun des dits tènements et qui forment ensemble ce qui suit : •
Recapitulation de la rente dbiie sur le bourg et parroisse de de Favars, y compris les moulins :
Froment, mesure de Tulle, 12 cestiers 3 coupes. Seigle, id. 180 cestiers.
Avoine. id. 94 cestiers 2 coupes.
Total : 286 cestienf 5 coupes.
Châtaignes, 9 ras 3 coupes.
Gelines, 35 et 1/4.
Argent, 18 livres 17 sols 3 deniers.
Journaux d'hommes, 6 et 1/2.
Jourcaux & bœufs, 1.
Œufs, 129.
Onetable à 3 sols par feu.
Plus luy est dhûe dans la porroisse de Saint^Mejxans en tootte justice, fondante et directité sur les tènements de Penj, le Perier et la Gorse, de Laval et Janissou, de Laval-Ferier, le Tournier, le Champ, de Ghastaigne, le Borrj^ le Monteil, la Gbassaignç, les Bros, de C!outinaux et Montinauz^ de Lamartinje, de Frejssinges, du moulin de Frejssinges, de la Borie qui donnait ce qui suit en total.
Recapitulation de la rente dhiie sur le bourg et parroisse de Saint^Meyxans a mesure de Tulle :
Froment, 10 cestiers.
Seigle, 208 cestiers eymine.
ÀToine, 103 cestiers 3 ras.
Total, 322 cestiers.
Ghastaignes, 12 cestiers.
Gellines, 23.
Argent, 26 livres i9 sols 1 dénier.
Journaux, 13. Yinade, 3 livres.
Œufs, 80.
Et le guet à 3 sols par feu.
Plus il lui est dheii de rente sur le bourg et parroisse de Saint- , Germain-les-Vergnes et les tènements de la Rebejrie, le Reboul, le Champ, le Bos Lavallade, le Prat et Maison del Trieux» de Vaur, de la Massonye, des Vergnes de Lascaus, de Yerliac, de la Bachelerye, de las Borderîas, le Rulier, la Salesse, Terradoo, la Vallade, la Jarrlge, lous Auyers, de Gbabanel, dont void le total :
Recapitulation de la rente dhue sur le bourg el parroisse de Saint-Germain-les-Yergnes :
Froment, 20 cestiers 1 ejmine 4 coupes 1/2.
Seigle, 131 cestiers 2 coupes.
Avoine, 92 cestiers 1 eymine et 1 ras et 1/2.
Gellines, 40.
Argent, 34 livres 1 sol 6 deniers.
Journaux d'homme, 6 1/2.
Joornaax A bœafs, 3.
Fouage, 10 sols.
Gaet» 3 sols par fea.
Plas est daû pour les dixmes inféodées dudit bourg et parroisse de Saint-GermaiD 160 cestiera à ladite ms% plus ou moins, une année suportiiknt lautre, et nota le cestier d'avoine est composé de trois rat et on paye la dixme un tiers en avoine.
Plus il est deii de rente à raison des âef et terre et seigneurie de Favars aur le village de Gouzaing^ parroisse de Bar, en toutte justice tonifiHtA. et directité à ladite m^^ de Tulle :
Seigle^ 24 oestiers 1 quarte
Avoine, 13 ras.
OelUnefi, 19.