CHAPITRE V
La misère à Tulle. — Le grenier public. — Formation du département de la Corrèze. — Les élections. — M. Brival, procureur général syndic du département. — La confédération des gardeg nationales. — La prestation du serment civique. -^ Llncident du Royal-Navarre.
Pendant que Tadministration municipale était occupée à se défendre contre les attaques des ennemis de b cour prévôtale, le grenier public se vidait, la misère se faisait plus fortement sentir à Tulle et aux environs. Le comité qui distribuait du pain aux miséreux avait annoncé que ce -secours allait être supprimé. La ville entière fut émue et de nombreuses réclamations furent apportées aux officiers municipaux.
Dans une séauce du Conseil général un de ces messieurs disait (1) :
Que la suspension de la distribution du pain, qu'on avait annoncée, avoit jeté l'alarme et l'inquiétude dans l'ospritdu peuple \ que cette suspension, faite dans un temps où le grain augmentait» pourrait entraîner avec elle quelque fermentation dangereuse^ qu'il serait peut^ôtre prudent, pour satisfaire le public et répon^ dre à l'intention des prêteurs, de continuer la distribution du
(1) Ârch. de la Mairie deTulle^ D. i, V. 1, p. 48 v., séance du 24 mars 1790.
pain, mais qu^il étoit indispensable de corriger les abas innombrablés qui s'y étaient glissés ; quMl était public et notoire que beaucoup de personnes faisaient une espèce de commerce du pain quUls recevaient, que d'autres se présentaient pour en recevoir, quoiqu'ils ne fussent pas dans cette classe diseteuse, que Tintention de la commune et des prêteurs est de soulager. Ënâu il a été observé que cette distribution étoit si pénible que le nombre de six commissaires ne pouvoit pas y suffire.
Le Conseil décida que les distribuiioQS de pain ne fieraient pa^ interrompues, qu'elles se continueraient de la même manière que par le passé, priant Mùf . les Commissaires de piendre les mesures nécessaires pour éviter les abus. M. Meynard, officier municipal, et M. Brival, procureur de la commune, furent adjoints aux commissaires pour ces distributions.
Les marchés de la ville étaient peu approvisionnés en grains, les besoins de la population devenaient chaque jour plus pressants ; le grenier public était presque vide, force était donc à la municipalité d*y pourvoir. Un des notables, M. Brossard, qui avait été jusqu'à ce moment diargé de Tapprovisionnement du grenier public, fut prié de correspondre avec les marchands de Bordeaux, Montauban et autres, et de s'entendre avec eux « pour y faire acheter autant de grain que faire se pourroit et de prendre les mesures les plus sûres pour que le grain arrive promptemenl >•
Le grenier public de Tulle vendait à chaque marché 115 à 116 setieis de seigle, quantité considérable qui cependant augmentait de plus en plus ; mais l'apport des seigles de la montagne à Tulle diminuait. Les municipalités du haut pays craignaient, disait- on, de se départir de leurs récoltes, ce qui incita le procureur de ia commune à demander que toute espèce de droit d'entrée et de
mesurage sur les blés fassent supprimés jusqu'à la pro« chaioe récolte.
Le 11 avril, nouvelh délibération du Coûsoil au sujet de rapprovisionnement du seigle. Il est décidé que 31. Floucaud de la Pénardille, juge de la bourse de Tulle, et M. Brival, se rendraient auprès de là municipalité do Clermoiit-Ferrand et de c toutes autres personnes s'il le fallait » pour se procurer le seigle nécessaire à Talimentation de la ville.
Le grenier public fonclionna jusqu'en octobre 1790. Le 28 novembre de cette même année. M. Lacombe Roussel, officier municipal^ en qualité de trésorier du comité de subsistances, présenta le compte de l'emprunt patriotique montant à la somme de 67,188 livres 3 solsS deniers^qu'il avait reçue, et de la dépense de 67,177 livres 11 sols 6 de-^ niers; de aorte que la recette excédait la dépense de 10 livres 11 sols 9 deniers.
11 fut décidé que le compte général do l'achat et vente des grains, avec les noms des généreuses personnes qui avaient participé au prêt patriotique par les différentes sommes qu'elles avaient remises aux commissaires, seraient imprimés, publiés et affichés.
Quelques mois avant ces événements, l'Assemblé 3 constituante, par les lois des 22 décembre 1789 et 8 janvier 1790, avait décidé que le territoire des anciennes provinces de la France serait divisé en déparlements dont la circonscription devait être substituée à celle des généralités.
En vertu d'un brevet en date du 6 mars 1790, M. l'abbé Fénis de Lacombe, grand prévôt de la cathédrale de Tulle, abbé commandataire de Boscheaul ; de Ghiniac, lieutenant général de la sénéchaussée d'Uzerche, et Malden de la Bastillo, lioutenaut général au siège sénéchal
et présidial de Brive, furent nommés commissaires pour U formation du département de la Corrèze. Ils prêtèrent le serment civique dans la séance du Conseil de la cornmune de Tulle, tenue le 7 avril 1790.
Ces opérations durèrent jusqu'en juillet.
Le Bas-Limousin devint le département de la Corrèze* Les conditions géographiques ft;rent peu modifiées, sauf pour la partie comprise entre Tulle et Limoges : Lubersac et Chamberet,qui appartenaient an Haut-Limousin, furent compris dans le département de la Corrèze; quelques autres paroisses de cette région farent partagées entre la Haute- Vienne et la Corrèze.
Tous les rouages administratifs étant nouveaux et les autorités nommées par élection, ces quelques mois, d'avril à juillet, se passèrent en préf^aratifs électoraux et en tournées de vote. Ënfiu, le 17 juio, les commissaires du roi fixèrent au 6 juillet la réunion des électeurs des villes et des cantons.
Le district de Tulle avait 121 électeurs, celui de Brive 108. Uzercbe 102 et Ussel 57, soit un total de 388 membres réunis dans l'église des Feuillants, à Tulle, chef-lieu départemental, pour procéder à la nomioation de? admi* nistrateurs du département. Ces élections commencèrent le 10 juillet et ne furent terminées que le 24 du même mois.
Furent élus :