‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 10 sur 299 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

|< 1. — INTRODUCriON.

Le culte extérieur de Dieu, s'il ne veut demeurer informe, s'accomplit d'une part, au moyen de certains éléments sensibles,, tels que les signes et la parole et, d'autre part, se lie à des lieux et à des temps. Déjà la succession des jours et des nuits, des saisons et des années est un avertissement donné à l'homme par les choses créées, de se souvenir de Dieu à des époques déterminées et d'entrer en rapport avec lui. Le jour avec sa clarté est propice au travail, la nuit avec son repos invite à rentrer en soi-même ; mais leur succession nous engage à commencer la journée avec Dieu, et à nous recommander à sa protection dans l'obscurité de la nuit. Puis, la succession des saisons fait mûrir les fruits de la terre dont nous avons besoin pour nous soutenir, et les années qui s'écoulent nous rappellent la caducité de tout ce qui est terrestre ; notre vie, en effet, se compose d'années successives. Voilà pourquoi, dès la

plus haule antiquité, les peuples civilisés ont trouvé, clans la succession des temps, une invitation au culte de Dieu, et ils ont établi des temps sacrés. Aussi, les temps sacrés et les lieux saints sont-ils essentiellement des institutions communes à toutes les religions. La succession des saisons et les phénomènes de la nature qui les amènent font naître dans Thomme des sentiments religieux ; de son côté l'homme sanctifie des temps déterminés et les consacre à Dieu. Les jours consacrés à Dieu deviennent yowrs de fête.

En effet, les actes du culte divin s'élevant au-dessus des actions quotidiennes de la vie ordinaire, sont propres à éliminer celles-ci, dans la mesure du moins, où elles ne sont pas nécessaires à la conservation delà vie physique ou de l'ordre social. Il arriva ainsi que les actions de la vie ordinaire le cédèrent aux actes du culte divin et que le repos, ou la cessation du travail, devint un élément constitutif de ce culte. On s'abstenait des travaux ordinaires en certains jours, et ceux-ci reçurent par là même une consécration supérieure. Déjà chez les anciens Romains, l'idée de jour de repos était liée à celle de jour de fête et s'exprimait par le mot /ma. Mais, chez les Hébreux, le repos était le caractère saillant des jours consacrés au culte de Dieu^.

Si l'Église chrétienne, elle aussi, désire que les jours consacrés au culte de Dieu soient, autant que possible, regardés et traités comme des jours de repos, elle suit en cela une conception et un usage universellement

1. Le mot greclopTT^ renferme en quelque sorte l'idée de divertissement, de plaisir. Les chrétiens appelaient feria secunda etc. les jours de la semaine qui suivaient le dimanche. Dénomination qui était déjà en usage du temp de Terlullien.

INTRODUCTION i>

reclus, basés sur la nalure, et justifiés par le droit naturel. De bonne heure on commença dans la théologie chrétienne à appliquer à ce repos Texpression de sabbatlsmus (repos sabbatique) ; peu à peu, les jours de fêtes chrétiennes, et par-dessus tout le dimanche, reçurent dans la vie publique et même de la part des législations civiles, la reconnaissance officielle de jours de repos, en nombre tantôt plus, tantôt moins considérable.

L'ensemble des fêtes de TÉglise et des temps sacrés se trouve réuni à présent dans les ditîérents calendriers ecclésiastiques. Tout ce que nous y voyons réuni se compose de deux parties principales, essentiellement distinctes l'une de l'autre quant à leur origine et quant à leur histoire. La première comprend les fêtes de Notre Seigneur distribuées dans toute Tannée; elles sont dispersées et liées d'après certaines lois. La seconde comprend les jours commémoratifs des Saints : ils n'ont entre eux aucune relation et ne sont dans aucun rapport avec les fêtes de Notre Seigneur. Viennent ensuite, comme une catégorie moyenne, les fêtes de la Mère de Dieu. Elles ont de commun avec les fêtes des Saints, d'être fixées à des jours déterminés du calendrier ; d'autre part elles ont été mises dans un certain rapport aussi bien entre elles-mêmes qu'avec certaines fêtes de Notre Seigneur, de manière cependant qu'elles se répartissent sur toute l'année et tombent dans les divers temps sacrés de l'année ecclésiastique.

De ces éléments, celui des fêtes de Notre Seigneur est le plus important et, quant aux fêtes principales, le plus ancien. Les fêtes de Notre Seigneur, ayant à leur tête la Pûque et la Pentecôte, forment ce que, dans le sens restreint, on appelle le cycle de l'année ecclésiastique.

6 LES FÊTES DE l'ÉGLISE EN GÉNÉRAL

En occurrence avec les fêtes des saints, elles l'emportent absolument sur ces dernières. L'année est basée sur l'unité et formée d'après une idée fondamentale ; celle-ci n'est pas le fruit de la pensée d'un homme ; elle est le résultat de circonstances historiques, à savoir, de la connexion du christianisme avec le judaïsme; ainsi elle a son fondement dans l'histoire.

Dans le cours d'une année, l'Église fait passer devant nous les circonstances les plus importantes de la vie de Notre Seigneur et les points les plus saillants de l'œuvre delà Rédemption. Le centre vers lequel convergent tous les autres événements et autour duquel ils se groupent harmonieusement en périodes, c'est la commémoration de la mort et de la résurrection du Seigneur, c'est-à-dire la fête de Pâques. Le temps qui la précède commence à Noël ; celui qui la suit s'étend jusqu'à la Pentecôte, fête qui termine l'œuvre rédemptrice. Il reste, d'une part, l'Avent, comme temps de préparation à la venue du Sauveur ; il doit rappeler les 4000 ou 5000 années depuis la création de l'homme ; il reste, d'autre part, les dimanches après la Pentecôte : ils représentent les temps postérieurs à la fondation de l'Église et ont pour but de faire méditer sérieusement sur la Rédemption, ses leçons et ses bienfaits. Les semaines de Tannée forment les différents anneaux de la chaîne ; chaque dimanche fixe le caractère propre de la semaine dont il est le premier jour.

Les temps sacrés, tels qu'ils se présentent dans l'ordonnance des fêtes actuellement en vigueur, aident à manifester au dehors l'esprit de l'Église ; ils constituent en général un élément important du culte, car ils servent à préparer l'humanité au christianisme. Grâce à elle, on se familiarise aisément avec lui. Quel vrai chrétien res-

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