COMMENCEMENTS ET FONDEMENT DU CUL TE DES SAINTS
Les jours fixés pour la commémoration des Saints ont-ils une valeur historique ?
Ouvrages à consulter : Lebrun, De martyrum natalitiis^ c//sse/7., MiGNE, Lxi, 519. — Sollerius, Préface au martyrologe d'Usuard, MiGNE, cxxiii, 459. — Ruinart, Préface aux Acta mart. sincera et genuina, — Le Blant, Les Actes des Martyi^s, dans Mémoires de l'Institut, 1888, 57-336.
L'année ecclésiastique rappelle aux fidèles les iiislitutions faites par Dieu pour le salut des hommes, spécialement les faits du Nouveau Testament ou la vie et la Passion deNotre-Seigneur. Dans le cours d'une année, toutes ces choses passent comme une vision en miniature sous les yeux et se reproduisent en quelque sorte. Les dimanches et les fêtes de l'année, spécialement ceux de l'Avent à la Pentecôte, sont disposés dans ce but. Ils forment un organisme complet, arrangé d'après une idée déterminée. Cet ensemble est composé des trois fêtes, ou plutôt des trois cycles des fêles de Noël, de Pâques et de la Pentecôte. Les bases et le noyau de l'ordonnance des fêtesétaient donnés par une inspiration d'En-Haut ; le développement seul et partant la mineure partie du tout doit être attribué à la pensée et à Tactivité de l'homme.
Il s'agit maintenant d'étudier le second élément de
MiGNE, cxxxi, 846-866. Mais s'il faut croire G. MERCATi(S/ad/ e îesti, Roma 1902, 9) l'auleur de ce travail serait Yves de Chartres.
rordonnance des fêtes chrétiennes ; ce sont les fêles des Sainls. Celles-ci se distinguent des fêtes de Notre Seigneur aussi bien par leur origine que par la manière dont elles sont observées et dont elles se sont multipliées avec le temps.
Dès Forigine de TÉglise on regardait comme saints et dignes de vénération ceux qui avaient donné leur vie pour la foi chrétienne, sans qu'il se soit élevé aucun débat à ce sujet. Déjà les documents du Nouveau Testament n'ont pas manqué de conserver à la postérité le souvenir de ceux dont la mort remonte aux lemps apostoliques, par exemple des saints Innocents de Bethléem, de S. Jacques le Majeur et, avant tout, du premier martyr, S. Etienne. Le Voyant de l'Apocalypse vit les martyrs de Jésus sous l'autel de Dieu qui ne les oublie pas (Apoc. XVII, 6 ; vi, 9-11).
L'Église ne les oublie pas davantage. Depuis sa fondation, chaque communauté se fît un devoir de conserver le souvenir des martyrs qui lui avaient appartenu. Ainsi, par exemple, Pionius et ses compagnons célébraient à Smyrne en 252 le « vrai jour de la mort » (natale genuinum) de saint Polycarpe. A celte occasion ils furent pris eux-mêmeset condamnés à mort i. Dans les communautés plus grandes où le nombre des martyrs augmentait beaucoup en peu de temps, on prit bientôt les mesures nécessaires pour conserver leur mémoire. Ces mesures étaient indispensables, si on ne voulait pas laisser perdre la mémoire de ces héros de la foi. Nous n'avons à ce sujet des renseignements exacts que pour l'Église romaine, mais il n'est pas douteux et on peut même le démontrer dans des cas particuliers, que 1. Passio S. Pionii cl soc. c. 2, dans Ruinart, 188.
des communaulés plus petites agissaient de la même manière. Bien des fois la vénération permanente dont les tombeaux de ces personnes étaient l'objet suffisait pour cela. En effet elles recevaient une sépulture honorable, bien qu'en qualité de soi-disant violateurs des lois de l'empire elles eussent subi une mort ignominieuse. D'après la manière de voir du droit Romain, la justice terrestre se trouvait satisfaite par la mort du coupable ; son cadavre était livré aux parents ou aux amis pour une sépulture honnête *, à Texception toutefois des cas de lèse-majesté et de sédition tumultuaire, ce qui^ avant Dioclétien, n'arrivait guère dans l'empire.
Ainsi que nous l'avons dit, non seulement les parents et les amis prenaient soin que le souvenir des martyrs survécût, mais encore les communaulés auxquelles ils avaient appartenu. Si ceux-là leur érigeaient des chapelles funéraires et gardaient à leur sujet des notices, la communauté de son côté inscrivait leur nom et la date de leur mort sur les listes. Dans les grandes communautés, les évêques firent faire des rapports officiels sur les martyres qui avaient lieu. D'après une notice du Liber pontificalis, Clément I aurait déjà distribué Rome en sept régions et établi dans chacune un notaire chrétien avec la mission d'examiner avec soin les événements de sa région 2. Chose nécessaire, étant donnée l'étendue de la ville. Elle avait été divisée par Auguste en quatorze régions en vue de l'administration, et saint Clément aura probablement réuni deux par deux ces régions à l'effet indiqué. La même mesure fut renou-
1. Digg. 48, lit. 24, n. 3: Corpora anima dversorum quibuslibel peientibus ad sepulturam danda sunl.