‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 177 sur 299 · III. MORT ET ASSOMPTION DE LA TRES SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

III. MORT ET ASSOMPTION DE LA TRES SAINTE VIERGE

Detoulesles fêles spéciales delà Sainte Vierge, celleci est très probablement la plus ancienne. N'avait-on pas soin dans TEglise, dès le commencement et partout, que les anniversaires de la mort des martyrs fussent conservés et sanctifiés? Et comme plus tard on observait le même procédé quand il s'agissait des autres classes de Saints, tels que confesseurs, vierges elc, l'âme chrétienne a dû se préoccuper également, sans trop de retard, du jour de la mort de la Bienheureuse Vierge et mère de Dieu. Il est par conséquent, sinon certain, du moins probable,, que la fête delà Sainte Vierge mentionnée plus haut comme étant célébrée par les moines de la Palestine, était la fête en question. En Orient, comme à Rome^ le jour choisi pour commémorer la mort de Marie était le 15 août, tandis que dans la Gaule nous trouvons une date différente.

Dans les écrits des Pères, nous ne voyons que saint Epiphane qui fasse mention de la mort de la Sainte Vierge. Encore le fait-il d'une manière qui dénote qu'à ce sujet il ne savait rien de précis ni de certain ^. Nous avons ensuite sur le même sujet une lettre du soi-disant Denys TAréopagite qui renferme, quant à la substance, la tradition sur la mort et l'enterrement de la sainte Vierge que popularisa plus tard Saint Jean Damascène. La date de la lettre dépendra de l'opinion qu'on se fait sur la personne et l'époque de l'auteur des écrits pseudodionysiens. On y nomme le jardin de Gethsémani près

1. Haer. 79, c. n: «Je ne dis pas qu'elle ait été immortelle,, mais je ne suis pas certain qu'elle soit morte ».

Jérusalem, comme étant le lieu de la sépulture ^ La même tradition se trouve dans l'Apocalypse apocryphe de la mort de Marie, où la 3® année après la mort de Notre-Seigneur est donnée comme l'année de cette mort -, tandis que d'autres veulent que ce soit la 12^ année.

Mais la source principale pour l'événement en question est S. Jean Damascène. S'en rapportant à l'ouvrage historique d'un nommé Euthymius qui n'est pas connu autrement, il donne à ce sujet des renseignements détaillés. Au témoignage de cet auteur, Pulchérie, femme de l'empereur Marcien (450-457), avait bâti à Constantinople, dans le faubourg Blachernée, une église en l'honneur de la Sainte Vierge, dans laquelle elle désirait en transférer les restes mortels. Dans ce but elle s'adressa à Juvénal, évéque de Jérusalem, présent au concile de Chalcédoine. Or celui-ci apprit à l'empereur et à l'impératrice que le corps de la sainte Vierge ne se trouvait point à Jérusalem, bien qu'il ait été enseveli au jardin de Gethsémani, en présence de tous les Apôtres, à l'exception de Thomas qui ne serait arrivé que le troisième jour. Lorsqu'on ouvrit le tombeau et le cercueil pour que, lui aussi, pût vénérer le corps de la mère de Dieu, on n'aurait trouvé que les linges d'où s'échappaient des parfums ; les Apôtres en conclurent que le Seigneur avait élevé au ciel le corps qui l'avait porté.

1. Vetter : Tiib. Theol. Quarlalschrifl 18b7, 133. La lettre est reproduite également dans Niiwciil, Das Grab dcr h. Jiingfrau Maria, Mainz, 18%, p. 80.

2. Transilus Mariae, dans Tischendoiu', Apocal. apocr. Lii)S. 1800, p. 111.

Dans son panégyrique en l'honneur de Marie, saint Modeste, Patriarche de Jérusalem (f 634), démontre que, déjà au vu*' siècle, il existait à Jérusalem un jour de fête spécial en l'honneur de la mort (xo(;jLr,jt;) de la sainte Vierge. En outre, il existe des sermons sur ce sujet par André de Crète (f vers 720) et Germain, Patriarche de Constantinople (f 733) ^

En Occident, l'Assomption du corps de la Sainte Vierge était connue dès le vi« siècle ; elle est affirmée par Grégoire de Tours 2.

Puis l'empereur Maurice (588-602) aurait ordonné la célébration de la mort de Marie (xot;j.r^aK x?,; TixvaYioo xal 6£0|JLT,T£poç) et aurait fixé le 15 août pour cette fête. Il est vrai que ce renseignement ne se trouve que chez un seul auteur ayant vécu beaucoup plus tard ^ ; néanmoins il n'est pas à rejeter complètement et devrait être interprété, ce semble, dans ce sens que Maurice accorda à la fête la reconnaissance officielle, chose qui décida en même temps de la date du 15 août. La fête elle-même est, en effet, beaucoup plus ancienne. Car non seulement les communautés dissidentes qui, au v^ siècle, se séparèrent de TEglise, comme les Monophysites et les Nestoriens, ont gardé cette fêle lors de leur défection, mais encore des églises nationales des plus anciennes, telles que les Arméniens et les Ethiopiens, la conservent dans leurs calendriers.

Il suit de là, qu'avant les Conciles d'Ephèse et de

1. Sur l'Assomption on a trois sermons de Jean (Migne, Pair, gr.xcvï), un de Modeste, I^alriarche de Jérusalem [ihid, p. n) ; trois d'André, moine de la Palestine et depuis évèque de Crète libid. xcvn, Or. 12-14), et trois de Germain (Migne, xcviii, 339-37?).

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