‹ L'année ecclésiastique et les fêtes des saint dans leur evolution historiqueChapitre 183 sur 299 · SiCARDus, Milrale c. 43, Migne, ccxvin · texte numérisé non relu

SiCARDus, Milrale c. 43, Migne, ccxvin

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dictins d'AngleteiTC par les deux Anselme. On devra se garder néanmoins de considérer TAnglelerre comme son vrai pays d'origine dans TEglise Latine, car les deux Anselme avaient reçu leur éducation et leur instruction en Normandie, qui était devenue leur seconde patrie. De là ils avaient été appelés en Angleterre dans un Age déjà avancé, car Guillaume le Conquérant se plaisait beaucoup à confiera des étrangers les hauts postes ecclésiastiques en Angleterre.

Si l'auleur du livre De Conceptione B. M. V. se plaint de ce que la fêle de la Conception de la sainte Vierge ait beaucoup d'adversaires, distingués par leur autorité et par leur influence, aussi bien dans le clergé que parmi les laïcs, sa plainte était certainement justifiée, car nous connaissons les noms d'un certain nombre des adversaires déclarés de la fête et delà vérité doctrinale qui en est la base; ces hommes, en général, font bonne figure dans l'histoire.

Nommons quelques Anglais et d'abord l'abbé Roger de Saint-Alban et Bernard, évéque de Saint-David ou Menevia (f 1147). Le premier était ministre et conseiller du roi Henri II, le second était chapelain de la reine Mathilde. En France, nous connaissons comme adversaires de la fête, d'abord S. Bernard, puis Maurice de Sully (f 1 196) archevêque de Paris, prédicateur célèbre, Pierre de Celle, abbé de Moutier-la-Celle et évêque de Chartres^ depuis 1181. Fait particulièrement digne de remarque, les liturgistes les plus importants du moyen âge, Beleth, Sicard de Crémone et Durand de Mende étaient tous adversaires de la fête^. Quanta l'Allemagne,

1. Petrus Cell. ad Nicol. Mon. ep. II, 171, Migne, ccii, 614,

2. Cf. Beletii, Ralion. d'w. off. c. 146; Sicardus, Milrale c. 43 ; Durand de Mende [Ralionale] ne connaît pas davantage la fête.

il convient de citer Polhon, moine de Prïime, lequel,

dans ses idées, est quelque peu obscur.

Si nous passons à la manière dont se sont manifestées les opinions des adversaires, il faut voir de près comment s'est comporté S. Bernard. L'occasion de manifester sa manière de voir fut la circonstance suivante. Vers l'an 1140 les chanoines de l'église de Lyon, célèbre par son antiquité et son prestige, commencèrent à célébrer la fête de la Conception de Marie, sans avoir pour eux, dans cette « innovation » l'autorité du Saint-Siège. En soi, d'après le droit canon alors en vigueur, les évêques étaient autorisés à régler l'ordre des fêtes dans leurs diocèses respectifs. Mais dans sa lettre aux chanoines, S. Bernard ne mentionne pas la personne de l'évêque. Ce détail s'explique par ce fait que la lettre fut écrite à une époque où l'église de Lyon ne possédait pas de chef reconnu, et que S. Bernard s'entremit auprès du pape pour obtenir la confirmation de Foulques, évoque élu i. Il se peut très bien qu'en cette affaire les chanoines aient agi de leur propre autorité. Mais dans la lettre qu'il leur adresse, S. Bernard ne touche pas cette question de forme et insiste uniquement sur les raisons qui militent contre l'introduction de la fête. Il est de tradition, dit-il'^, de célébrer le jour de la naissance de la sainte Vierge, parce que, comme S. Jérémie et S. Jean-Baptiste, elle a été sanctifiée avant sa naissance [fuit aille scinda qiiam nata). Marie ne pouvait être sainte avant qu'elle existât; mais son existence ne date que delà conception et celle-ci n'était pas exempte

1. Bern. Ep. 171. L'abbé Vacandaiîd aimerait mieux placer celte lettre avant 1128, ma-is il n'en peut être question. 2 Bernard, Epist. 184.

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de concupiscence. Il faudrait donc, si on accepte la conception sainte, accepter aussi que ses parents fussent saints; Notre Seigneur Jésus-Christ seul a été conçu du Saint-Esprit et, pour ce motif, sa conception est sainte et une fête de l'Église [l' Annonciation). On aurait dû, et c'est parla que conclut S. Bernard, s'adresser d'abord au siège apostolique, à l'autorité duquel il remet d'ailleurs cette atraire. Mais l'Église Romaine à laquelle cet appel est adressé, n'était pas pressée; il fallait laisser passer encore 3(K) ans avant qu'elle sortît de sa réserve à cet égard.

On ignore le résultat de cet écrit et l'impression qu'il produisit. Mais on ne saurait révoquer en doute qu'en France la fête prit au xii'^ siècle de plus en plus pied. Malheureusement nous n'avons à notre disposition que peu de dates pour en montrer le développement progressif, car les recherches de l'histoire ecclésiastique locale devront déblayer encore le terrain. Elle existait certainement à Rouen, la capitale de la Normandie, comme on vient de le démontrer. Puis, en 1247, on en prescrit la célébration dans les statuts du Mans, de la province ecclésiastique de Tours* ; à Reims elle apparaît entre r2()l et 1271. Un événement de la plus haute importance fut le décret porté par le chapitre général des Franciscains, tenu à Pise en 1263, en vertu duquel la fête devait être célébrée dans l'ordre entier 2. Bien que par ce fait la solennité ne devînt nullement de précepte pour le peuple et le clergé, néanmoins la connaissance de la fête pénétra dans le monde entier et notamment à la cour pontificale d'Avignon où l'ordre franciscain avait de

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