Dans Ranke, VI, xxx
Si nous recherchons à quelle époque a été fait le dédoublement de cette fête primitivement iine^ nous rencontrons d'abord le martyrologe du vénérable Bède, dans lequel, selon la rédaction première, donnée parles BoUandistes, la fête du 18 janvier n'existe pas encore, mais où celle du 22 février porte la désignation spéciale apud Antiochiam. Partant il est possible que le vénérable Bède ait considéré la fête comme la commémoraison de l'élévation à un siège épiscopal déterminé et comme, dans sa pensée, l'épiscopat d'Antioche précéda celui de Rome et put être le premier siège de Pierre, il aura ajouté : Apud Antiochiam^ précisant encore par ces paroles : iibi et primum disciputi cognominati siint c/iristiani.
Le dédoublement qu'on voit aussi chez Adon et UsuardjSe rencontre déjà dans les plus anciennes recensions du martyrologe dit hiéronymien et, jusqu'à preuve du contraire, le compilateur de cet ouvrage doit être regardé comme en étant l'auteur ^.
Il en résulta une triple manière de faire : ou bien on n'adoptait aucune des deux fêtes, ou bien on adoptait celle du 22 février, ou enfin on les prenait toutes les deux. La dernière manière ne fut suivie que par un petit nombre de diocèses. Le calendrier de Cologne du
1. Dans l'édition de M. de Rossi et de Mgr Duchesne dans les Acîa SS. Boll. on lit au 20 janvier : xv Kal. Febr. Dans le Cod. Wiss : Dedicaiio cathedra [sic) s. Pétri apostotl, qaa primo Roniae Petrus Apostolns sedil. Dans le cod. Eptern.iDepositio S. Mariae et cathedra Pétri in Borna. Le Cod. Bern. présente une lacune. — Au 22 février, viii Kal. Mart. le Cod. Wiss. porte : Natale s. Pétri Apostoli cathedra, quam sedit apud Antiochia [sic). Le Cod. Eptern : Cathedra Pelri in Antioc. et Boniae. Le Cod. Bern. : Cahedra s. Pétri apostoli quam sedit apud Antiochiam.
LA CHAIUIi DE S. PIKRRE 399
xiv^ siècle n'a qu'une seule fêle, celui du ix° siècle les a loules les deux *.
Sur le conseil de Sirlet, le Pape Paul IV mit fin à celle divergence. Elle s'expliquait par l'aulononiie des diocèses qui leur permellait^ à celle époque, d'instituer des fêles nouvelles. Le Pontife décréta le 6 janvier 1558 que, dorénavant, les deux fêtes seraient célébrées dans l'univers catholique-. Quand on discuta en 1742 la réforme du Bréviaire, on crut devoir réunir de nouveau les deux fêtes. La chose n'eut pas lieu 3; c'est regrettable au point de vue de l'histoire, puisque ni Eusèbe ni les listes officielles épiscopales ne disent rien d'un épiscopat de S. Pierre à Antioche. Parmi les écrivains les plus anciens, l'auteur des écrits pseudo-clémentins est seul à en parler, car il avait intérêt à nous représenter S. Pierre terminant son ministère apostolique sur la chaire d'Antioche*. Il faut ramener également à cette unique source ce qu'en disent Origène, saint Jérôme et les autres, car, dans Tantiquité et au moyen âge, ces écrits étaient plus appi'éciés et plus lus que de nos jours. On acceptait encore au ix° siècle comme un principe inviolable de droit canonique,— qu'on se rappelle l'histoire du Pape Formose, —
1. BiNTERiM et MooREN, De Erzdioez. Koeln im Millelaller l\ 528.