MADELEINE, DE SAINTE CÉCILE ET DE
SA INTE CA THERINE
(22 juillet, 22 et 25 novembre).
Le fait que les fêtes des Saints dont nous venons de parler aient obtenu pendant le moyen âge le rang de fêtes chômées, rang que quelques-unes ont gardé jusqu'à nos jours, s'explique par leur situation exceptionnelle et leur rapport étroit avec le Sauveur et son œuvre. Mais il existe des Saints d'un ordre inférieur, je dirais presque vulgaire, qui ont eu le même honneur. Il convient de citer avant tout les patrons des différents pays et diocèses et certains Saints locaux. Ce serait trop long d'en faire mention ici ; ce serait de plus sans ijut, car leurs fêtes ne présentent rien de remarquable au point de vue historique. Cependant, au nombre des fêtes chômées dans les siècles passés, il en est quelquesunes qui semblent devoir être prises en considération dans cette étude. Elles s'élèvent en effet au-dessus du niveau des fêtes purement locales, soit par suite de circonstances spéciales, soit parce que la vie de ces saints répandue dans le public et acceptée comme vraie par lui, leur procura une grande popularité.
C'est en premier lieu le cas pour la Pénitente sainte Marie Madeleine dont la fête, au moyen âge, était de précepte sinon à Rome, du moins dans toute la France méridionale et ailleurs, comme par exemple à Cologne.
D'après l'opinion la plus répandue, Marie, d'abord pécheresse, était la sœur de Lazare et de Marthe qui habitaient Béthanie. Elle avait reçu le surnom de Madeleine de Magdala, lieu de sa naissance ou de ses égarements. Elle élait la même personne qui, dans une humiliation profonde, lava de ses larmes les pieds du Sauveur et les oignit d'huile. D'après une autre opinion, communément admise dans lÉglise grecque, il y eut dans la suite de J-ésus trois Maries : Marie sœur de Lazare, .Marie de Magdala près du lac de Génésareth et l'ancienne pécheresse qui est nommée par S. Luc (vu, 37). Cette opinion distingue par conséquent entre Marie Madeleine et Marie, sœur de Lazare, tandis que l'Église latine, à commencer par Tertullien, l'identifie avec elle. D'après elle, la sœur de Lazare, après avoir mené une vie déréglée à Magdala, s'est convertie et a demeuré ensuite avec son frère et sa sœur, sans perdre néanmoins dans la bouche populaire le surnom de xMadeleinç. Ce serait donc la même personne dont les deux autres synoptiques ^NLarc, xvi, 9 et Luc, vui, 2) rapportent qu'elle avait été possédée de sept démons ^ Le texte des évangiles autorise les deux versions. Mais la liturgie romaine suit la seconde et c'est d'après elle qu'ont été composées les leçons de l'office de sainte
1. V. sur la question des personnes Schanz, K'onimenlar zu Mattii, 501, Markus, 417, Lucas, 251.
FÊTES CHRKTIENNES. — 2G.
Marthe, lequel d'ailleurs n'a été admis que très tard dans la Liturgie.
De plus, les aventures qu'auraient eues, après la mort du Sauveur, Madeleine, son frère et sa sœur, nous intéressent. Mais les documents à ce sujet sont très parcimonieux. Les écrits pseudo-clémentins parlent de Lazare, comme ayant suivi S. Pierre dans ses voyages apostoliques dans la Syrie ^ D'autres écrits indiquent l'île de Chypre comme théâtre de sa vie et comme lieu de sa mort. D'autres documents de l'antiquité relatifs aux événements ultérieurs arrivés à ses sœurs, font totalement défaut.
Mais les informations que fournissent des écrits occidentaux du moyen âge à partir du xui*^ siècle sont d'une richesse surprenante. On y admet, il est vrai, que Lazare fut évêque dans l'île de Chypre, mais ce détail ne s'accorde pas bien avec les autres événements qui y sont racontés à son sujet. Ces renseignements sont réunis dans une compilation étendue qu'on a eu la hardiesse d'attribuer à Raban Maur^ abbé de Fulda, bien qu'on ne pût comprendre comment cet auteur, isolé du monde au fond de ses gorges, ait pu entrer en possession de pareils documents ^. La plus grande partie de l'écrit (chap. 1-35) est employée à réunir et à arranger les données bibliques sur Madeleine, son frère et sa sœur. Mais ces données sont déjà richement augmentées de faits dont l'Écriture ne parle pas ; il y est question, en particulier, de Marcella — c'est le nom qu'on donne