Cfr. Gr.Ed. ïrnox. Mirae. I, 03 ; Mif;M-:, lxxi, 7G
\A-: .M.\iM'viu»n»(;i-: iiikkonnmiiin 479
il s'agil de ces deux îles. Mais ce (jin frappe surtout, c'est celle iiidicalioii ;nissi générale inriiicerlaine eUiui est répétée plus de cenl lois : In A/'i-icd, sans uomuier aucune ville. A coté cepeudaiil ou Ironve assez fréqueninieul les iudicalious d(» la ville, même fjuaud il s'agit de luarivi-s alVicaius '. l^irl'ois les noms sont si nombreux (|u'on seiait lente de croire à la suppression d'un nom de localité intermédiaire ; cette conjecture seiuble d'autant plus [)robable que 1res souvent on emploie l'indication topographique très générale : et alibi.
Les personnages eux-mêmes ne sont distingués (jue par la déclaration de leur dignité hiérarchique telle que : diacre, prêtre, évèque ; mais la grande majorité des noms demeure sans indication plus précise de condition, d'âge etc. Dans beaucoup de cas le même personnage est évidemment nommé deux ou même plusieurs l'ois 2 ; de même des mulilations, des déformations, des noms mis les uns pour les autres se rencontrent fréquemment et se multiplient à mesure (pie les mauusciits sont plus récents. Les copistes procèdent en général avec une grande liberté, faisant des additions et des corrections, sans parler des erreurs involontaires de lecture et d'écriture.
On constate une indication bibliographique dans la remar<[ue (ju'il existe des actes de tel ou de tel martyr; ordinairement elle est conçue dans ces termes : ciijiis ou bien (juoriun aclus habenlur. Les copistes plus lé-
1, A<;ni;i.is, p. 101 siiiv. |ioiir jnsliCici' i-o Ici'iuc v.-iiiiic iii Afriai etc. r;i|tiM'llc les cNf-ciilioiis en immssc des elirélieiis lors de la coM<(ii<'le des \'.*iiid.des (;l les |)(M'séeulioiis (|ui siii\irent celle conquête.
2. .\<;iii:li<. p. ?no ol ?l'2 cl nillenrs, en donne des exemples.
cents ne se conlenlaient pas de cette indication, mais, lorsqu'ils avaient ces actes à leur disposition, ils en extrayaient des notices plus ou moins longues et les faisaient entrer dans le texte '. Si nous avions Técrit tel qu'il est sorli des mains de l'écrivain d'Auxerre, ces inconvénients n'exisleraient pas au même degré. Un simple regard jelé sur n'importe quel endroit des trois recensions les plus anciennes, mises en parallèle dans la nouvelle édition, fait voir avec quelle liberté les plus anciens copistes travaillaient parfois sur l'original 2.
Toutes ces observations font naître la question : mais quelles sont donc les sources et quelle est l'origine de l'ouvrage ? Quant aux sources, la Depositio martyrum romaine y est acceptée en entier ainsi que la majeure partie du calendrier de Garthage ; le mar-
1. AcHELis, p. 115-188, en a réuni 68 exemples qu'il a analysés selon les règles de la critique et cherché à utiliser pour l'histoire.
2. A titre de justification, voici les textes relatifs à Géréon et, ses compagnons :
VIII id. Oct.
(8 octobre)
VII id. Oct.
VI id. Oct.
(10 octobre:
Le Ms.
DE Berne
N'a rien.
Gereon eu m sociis suis trecentorum decim et VII Martyrum quorum nomina Deus scit.
Et alibi Cassi, Eusebi, Florenti, Victoris Agrippine, Mallusi, cum aliis trecentos XXX.
Le Ms.
d'Echtehnacu
Agrippin. set.
Gereon et aliorum CCCXCII (392) mart.
Et alibi, Cassi, Eusebi, llorenti, jocundi. Aggrip-
pinae depos.
Sctor. martyrum mauroium cum alis CCCXXX.
Na rien.
Le Ms.
de w1ssembourg
N'a rien:
Coloniae Agrippine nat. Sctorum CCCXVII mart. quorum nomina Deus scit.
Et alibi... He-.
racli, cassi, Eusebi, florenti, victoris Agrippinae Mallus cum aliis
LE >[AllTYROLOGE HIÉRONYMIEN 481
lyrologo orieii (M. A.^ que l'auteur avait sous les yeux, était uue copie meilleure que celles (jue uous avons ; poul-èlre est-ce l'original. Ce qui prouve cette dernière assertion, c'est le fait ({u'en plusieurs extraits des indications générales sont exactement complétées *. Que le compilateur ait l'ait usage du martyrologe arien, cela ressort encore de ce détail que tout simplement il a mis au catalogue des Saints l'historien Eusèbe. L'auteur ignorait par conséquent qu'Eusèbe faisait profession d'arianisme et naïvement il l'accueillit dans son roouoil, ce que les ménologes grecs avaient évité de faire. La même chose a pu arriver relativement à Arius, du moins dans le manuscrit de Wissembourg 2.
Puisque, d'une part, le rédacteur du martyrologe liiéronymien, comme nous l'avons démontré, a puisé à des sources plus anciennes et que, d'autre part, ce recueil renferme un grand nombre d'indications exactes, on doit rejeter l'idée qu'il s'agit ici d'un texte falsifié. On
1. Même si la chose était vrnio — il est toujours permis d'en rlouler — il ne s'en suivrait pas (|ue le nom d'Arius, comme l'aflirme Aclielis (p. 87 et 98) aurait été nomme « à l'autel ». Car le martyrologe ne se lisait pas à lautel, mais dans les stalles du cluruir, et le fait n'aurait eu lieu que là où le manuscrit de ^\'isseml)our£,' était en usage, car les autres ont un texte difl'6rcnt. D'ailleurs, la lecture du martyroloi^e à l'office public — nous ne disons pas des actes dos martyrs — ne peut être démontrée qu'.à partir du i.\* siècle. Si l'on allègue avec Achelis (p. 98, n. 4) en faveur d'une époque plus reculée l'évèque Grégoire de Cordoue, la réponse est facile : ce prétendu auteur n'est pas un personnage historique et n'est entré dans les lisles 6|)iscopaIes que jiar suite des lettres faussement attribuées à S. Jérôme et formant la préface du martyrologe hiéronymien.
2. Constantin fI-^LSi:FJ. vila Conalanlini, iv, 23) ayant fait un devoir aux gouverneurs des provinces de célébrer lesjourscommémoralifs des martyrs, une telle pensée n'était pas, dans tous les cas, étrangère à ses idées.
FÊTES CHIIKTIE.NNES. — 31.
482 L ANNÉIî ECCLÉSIASTIQUE
devra en expliquer rorigine à peu près de lo manière suivante. Dans les deux premiers siècles, les persécutions contre les chrétiens étaient plus isolées et le nombre des martyrs n'était pas très considérable, bien qu'à Lyon la persécution de 177 ait fait quarante victimes sans compter les confesseurs. Ce fut différent au in^ siècle, où les persécutions furent prescrites par les empereurs pour l'empire enlier ; au temps de Diocléticn, les martyrs comptaient sinon par millions, du moins certainement par milliers. Lorsque ce dernier drame fut passé, quelques-uns se seront certainement demandé combien de vies humaines avait bien pu coûter la lutte pour l'existence du christianisme, et ainsi la pensée d'une étude statistique sur ce sujet se présentait à l'esprit. L'histoire ne dit pas que cette étude ait été entreprise ; cependant au vi« siècle c'était l'opinion courante que la chose avait eu lieu sous Constantin et qu'Eusèbe en était l'auteur ; en outre, comme il résulte des affirmations mentionnées ci-dessus de Cassiodore et de saint Grégoire, on possédait en Italie ou à Rome une liste des martyrs pour toute l'année. Si ce livre ne contenait que les noms des martyrs et la date de leur supplice, il ne présentait aucun intérêt scientifique ; car plus il y a de noms, moins on en peut tirer d'utilité pour l'histoire. Cependant il paraît qu'au vii^ siècle on l'appréciait davantage soit dans la Haute -Italie et à Aquilée, soit à Auxerre. Il trouva un copiste et un remanieur ; finalement il fut utilisé secondairement dans la Liturgie, servant à l'office divin dans les monastères et les collégiales. Par là il obtint de l'autorité et une plus grande diffusion, chose d'ailleurs peu profitable aux études historiques et à l'exactitude du texte.