IlfiruiN, /:/)• 'l'I. lAidor. piunr, Muim:, rvi
obscurcissaient le prol)lème sont qiiel((iie peu dissipés^ puisqu'on possède une édition critique sûre du texte et qu'on sait par les études de M. de Rossi et de I\Igr I)uchesne lesquels des manuscrits existants sont les plus anciens.
Parmi les manuscrits, trois appartiennent au \m^ siècle : l'un provenant de l'abbaye de Wissembourg^ an diocèse de Spire, actuellement à W()ireid)iinel, catalogué Codex Wissembiirgensis '2l^. M. de l^ossi pense qu'il a éléécrit un peu avant la mort de Wandoii (f 756), abbé de Fontenelle (saint Wandrille) au diocèse de Rouen, dont le jour mortuaire (xv kal. Maii) est ajouté par une seconde main. Il est certain que le manuscrit élait déjà aciievé en 772, puisque cette date s'y trouve.
A la même époque, à peu près, appartient le manuscrit de Paris (Codex 10837) provenant d'Eclilernacli, Epiernacensis (Grand Duché de Luxembourg)
Écrit par une main anglo-saxonne, il est peut-être un peu plus jeune que celui de Wissembourg ; mais le texte original sur lequel a été faite la copie est, dans tous les cas, plus ancien que ce dernier manuscrit. Cette opinion de JM. de Rossi se trouve surtout corroborée par le fait que le manuscrit d'Echternach ne renferme encore aucune des deux fêtes de la Sainte Croix, ])endant qu'elles se trouvent dans celui de Wissembourg et dans tous les manuscrits postérieurs. I^es deux manuscrits sont très défectueux et quant au style et quant à l'orthographe.
Le troisième, provenant de ]\letz et qui se trouve aujourd'hui à Berne, est plus correct et mieux soigné ; il appartenait autrefois au monastère de Hilariacum, Malheureusement il ne va que juscju'au 21 novembre.
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Les insertions les plus récentes de la première main sont de 76() et ont trait àTévêque Clirodegang. Le texte date du temps de Clotaire II (584-()'28).
Les trois recensions les plus anciennes dilTèrent déjà les unes des autres sous bien ilos rapports ; les variantes se multiplient l'ucore dans les manuscrits des époques postérieures où l'ouvrage l'ut souvent copié et beaucoup en usage, et reçut, par conséquent, de nombreuses additions et changements selon les besoins des églises et des monastères qui s'en servaient.
Des travaux faits par M. de Uossi et Mgr Duchesne, pour découvrir le noyau commun de ces trois manuscrits, il résulte que le texte original en fut écrit à Auxerre entre 59*2 et 600. En voici les raisons :
Le compilateur se montre généralement plus au courant des alla ires ecclésiastiques et civiles de la Gaule, que de celles des autres pays.
Ouand il cite une ville de la Gaule, il indique la Province où elle se trouve ; et quand il parle de personnes, il donne sur elles des renseignements exceptionnellement nombreux ; ainsi par exemple, en parlant des évècjues, non seulement il indique le jour de leur mort, mais encore celui de leur ordination. Les noms sont en général écrits correctement, tandis qu'ailleurs ils sont horriblement défigurés.
Plusieurs particularités sont en faveur d'Auxerre comme lieu d'origine : d'abord celte ville relativement peu considérable est citée trente fois, tandis que la ville de Lyon, située à ()ioximité et beaucoup plus importante,ne l'est que vingt-six fois. I)e plus, tous les évoques d'Auxerre, à ]'('\(:c])li<)n d'un seul, sont menlionnés, tandis (pi'il y a de graves lacunes dans la liste des
évêques de Lyon et d'AuLun. Troisièmement, le premier jour de chaque mois on devait annoncer une procession (liiania), usage exclusivement propre à l'Eglise d'Auxerre et qui avait été introduit à cette époque par Tévêque Aunaire. De plus, on y trouve inscrit le jour d'ordination (II Kal. Aug.) de cet évèque assez obscur, mais non le jour de sa mort, ce à (juoi on s'attendrait davantage. La môme chose a lieu pour Syagrius, évêque d'Autun : on signale le jour de son sacre (natale siiscepti episcopatiis), et non le jour de sa mort, qui a du arriver en 599 ou 600. Le dernier évêque de la Gaule dont la mort soit indiquée est Avit de Clermont (f 592).
C'est sur ces arguments que Mgr Duchesne a élayé cette thèse: que le martyrologe, dit hiéronymien, a eu son origine à Auxerre entre les années 592-600. C'est en vain qu'on objecte qu'il contient ^ des personnages du vii« siècle, à savoir Désiré de Vienne (-]- 606 ou 607), Colomban (f 615), Euslase, abbé de Luxeuil (f 629) et l'abbé Attala, dont la date de la mort n'est pas connue ; nous répondons qu'à vrai dire Désiré se trouve dans les manuscrits de Berne et de Wissembourg, et les trois autres dans le texte d'Echternach, mais qu'ils ont été ajoutés par les copistes. Ni iM. de Rossi, ni Mgr Duchesne ne prétendent qu'un de ces trois manuscrits représente exactement le texte original d'Auxerre.
Les deux érudits dont nous analysons les recherches
l. B. Krusch dana Neues Archiv [tir aelîere deiilsche Gesch. l. XX (1895) p. 437-440 et t. XXVI (1<)01) p. 349-389, plaide en faveur d'Aulun comme lieu d'origine. Mais que ])ourrait-on bien y gagner ? Cf. la réponse de Mgr Dlichrsne dans AnaUcla Dollandiana,L XVII (1898) p. 421-447; t. XX (1901) p. 241-245. — CnAPM.vN [Revue bénédictine XX (1903) 285 suiv. esl de l'avis de Mgr Dlchesne.
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vont plus loin encore et font ressorlir que le compilateur était exactement renseigné aussi sur les alTaires religieuses de ritalie, notamment sur celles de la Haute- Italie et de Milan, tandis (juil ne sait que peu de chose au sujet de l'iîlspagne, de la Hliétie, de la Dalmatie et de la Pannonie et (ju'il ne connaît aucun saint irlandais ou écossais, l^ar ces remarques ils ouvrent l'horizon sur lin écrit plus ancien encore (jui aurait servi d'original au compilateur d'Auxerre et pourrait bien être idenlicpie à celui qu'avait sous ses yeux Cassiodore*. Ce texte serait complètement perdu et n'aurait laissé derrière lui aucune l'amille de copies. Si l'on suivait plus loin la perspective ainsi ouverte, on arriverait peut-être à établir la chaîne de conjonction avec Tœuvre d'Eusèbe dont parle Euloge d'Alexandrie et les deux lettres apocryphes, dites de saint Jérôme.
Mais nous ne poursuivrons pas plus longtemps ces vues pleines d'intérêt, nous contentant de voir dans l'écrit, dit hiéronymien, tel que nous le possédons aujourd'hui dans sa forme la plus ancienne, un martyrologe très antique^ qni, dans les années 592 à 600, a subi une légère amplification et reçu quelques additions de la part d'un copiste ou d'un écrivain franc. Dans sa forme
1. GRiSAR(Ge4îc/i. Roms, T. I,f>. 291) poiisc qu'elle pouvait avoir vu le Jour sous Sixle III ;432-4K) .
2. Il s'y trouve 118 marlrys du nom de Félix, 87 de celui de Saturnin, il y a 68 Janviers, ùi Donals, 40 Cajiis, 42 Alexandres, 2SLiiriens. etc. II en est de même des noms de femmes habituellement en usai^e comme celui de Tlic'cle.Le nom d'Afra revient égalenjent quatre fois. Des noms drôles se rencontretit à chaque page : par exemple Piperion, Pruninui.<, Tipecirus, Ilerifilius, Manira, Ilercola, lùinurulua et lùiniuiciitus, Ilarlmlahia etc. On ne peut d'ailleurs savoir quel nom il plaisait aux nobles Romains de donner à leurs esclaves.
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primitive il ne contient que des Saints qui ont appartenu à l'empire gréco-romain. Il y manque par conséquent ceux de l'Irlande et de la Mésopotamie.
Le martyrologe dit hiéronymien est devenu utile pour les recherches historiques et liturgiques. Les doctes éditeurs mentionnés ci-dessus nous en ont donné — chose difficile si l'on considère le grand nombre de recensions de textes existants — le texle le plus ancien et une édition sûre. Les Bollandistes y ont ajoulé une table alphabétique des matières, qui facilite beaucoup l'usage du livre. C'est là un grand profit pour la Liturgie, car, avec le temps, le martyrologe hiéronymien avait acquis une autorité de plus en plus grande, qu'en fin de compte il ne méritait pas; de plus il n'a pas élé sans exercer de l'influence sur les martyrologes et les calendriers postérieurs et môme, à certains points de vue, il a été décisif dans la formation des l'êtes.
Ce serait toujours chose fort intéressante pour chacun de savoir au juste le nombre et la qualité des chrétiens qui ont donné leur vie pour la foi dans l'empire romain. Par conséquent c'eût été un labeur méritoire de fixer sur ce point les noms, le temps et le lieu, c'est-à-dire d'établir à ce sujet une statistique exacte. Ce travail aurait pu être fait à la fin de la persécution de Dioclétien, avec le secours, naturellement, du gouvernement impérial. Eulogius et l'auteur des lettres qui forment la préface du martyrologe hiéronymien étaient donc parfaitement dans la bonne voie en pensant qu'avec l'aide de l'empereur, Eusèbe avait entrepris une pareille statistique. L'auteur des lettres prétendait même savoir qu'effectivement Eusèbe avait fait une statistique et que la collection renfermait pour chaque jour de l'année de 500 à 800
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innilyrs. C'eût iH('' un chilVre éi)oi*me, f|ui néanmoins n'anrail jias alleinl un million, comme le venlent (juel- (liH's-nns, mais an pins le chilîVe de 18-2.500 à 29-2.(KK).
Xolre compilaleui- latin n'esl pas arrivé, sans donle, à ce chilïVe el il remar([ne Ini-même, dans la prélendne lettre de saiid .lérùme, (|n'il n'a inséré (pie cenx des martyrs (pii étaieiden parlicnlière vénération {(/ui stin[ in ani/tlissinid fcslivilale).
11 est donc arrivé an cliilVre rond de COIK) noms, résnllat consitlérable, snrtonl si on le compare an ménologe hasilien, d origine postéi'ienre. On doit se demander commeid il a été possible à nn érndit franc dn vr- siècle <le réniiir nn nombre si considérable de noms. Un grand nombre de ces noms sont estropiés, d'antres se répètent d'une manière frappante, d'antres entin paraissent bizarres an suprême degré ; mais encore qu'on tienne compte de tout cela ou (pion le néglige, il reste néanmoins tant de choses démontrées et à Tabri de toute contestation, (jn'on ne peut pas regarder Tensemble comme un tissu de chimères. Peu importe (pie le compilateur ait vécu dans les (ianles, dans la Haute-Italie ou ailleurs, on se trouve devant une énigme (piand il s'agit de déterminer l'origine el la valeur de cet amas de noms. Sans doute le compilaleur a fait entrer dans son martyrologe des listes de martyrs plus anciennes^ existant de son temps, autant cpic nous pouvons le savoir ; les deux illustres éditeurs en ont fait la démonstration détaillée avec autant de soin (pie de sagacité. Néanmoins joules ces listes réunies de martyrs cpie nousconnaissons, ne contiemienl pas, tontes ensemble, mille noms. Où donc le compilateur esl-il allé chercher lesautres? Question qui n'a pas trouve'' encore de solution.
D'autre part, le compilaleiir a appliqué un principe imporlant en hagiographie et en liturgie et c'est en cela que consiste l'influence qu'il a exercée sur ces matières aux époques suivantes. L'auleurdn calendrier arien dont il a été question n'a généralement travaillé que pour la partie orientale de l'empire auquel il a emprunté presque tous les noms. L'auteur du marlyrologe hiéronymien a procédé de tout autre manière. Il a pris en considération le monde chrétien tout entier, l'Occident et l'Orient, l'Afrique et la Gaule. Son coup d'œil est essentiellement plus étendu, si nous le compai*ons avec tous ses prédécesseurs et même avec un certain nombre de ses successeurs. Il a fait valoir le principe fécond de l'universalité et brisé dans le domaine ecclésiastique avec le particularisme.
Si, jusque-là, il n'y eut en Occident que des listes de martyrs propres à lel diocèse ou à tel pays en particulier, chez notre auteur l'Église apparaît dans son universalité, elle est catholique. Un regard jeté sur les livres liturgiques et notamment sur les sacramentaires montrera toute l'importance de cet te innovation. Au ix« siècle encore, et plus tard, les sacramentaires romains, même ceux qui étaient destinés à d'autres pays comme ceux de Saint-Gall, de Mayeuce, de Cologne et d'Essen, n'avaient admis que des messes de Saints romains et s'étaient bornés à faire figurer dans un appendice quelques saints locaux. Si le principe de l'universalité ne s'introduisit dans le rite de la messe que très lentement et n'y fut complètement accepté qu'au xui^ siècle, il s'alîermit beaucoup plus tôt dans les martyrologes, comme on le voit déjà chez Adon, Usuard, Notker et Raban Maur, principalement à la suite de
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roxemple domu' par l'auleur du inarlyrologe liiéronymieiî.
Au résiliée livre a, lui aussi, ses particularités. Ainsi le *25 mars, dans toutes les recensions, passe pour être le jour de la mort de Jésus-Christ et, comme saint Jacques le Mineur, appelé dans rÉcriture « frère du Seigneur » et qui reroit ici le surnom de « Juste », mourut le jour de Pâ([ues, sa mort est également inscrite au 25 mars. Dans le manuscrit de Berne, on fait en ce jour la commémoraison du sacrifice d'Isaac. On rencontre encore d'aulres noms de l'Ancien Teslament, et en grand nombre. Ainsi il y a Aggée, Habacuc, Job, Joël, Aaron, Elisée et aulres. Dans le manuscrit de Berne, le 28 septembre est réservé à la sortie de Noé de l'Arche, le 7 janvier au retour de Notre Seigneur de l'Kgypte et le X*"" mai à l'inauguration du magistère public de Jésus- Christ.
Maintenant que l'épocpie de son origine est fixée, le martyrologe hiéronymien est d'une importance particulière pour la connaissance de l'hagiographie franque et pour la démonstration de son développement successif. Celui qui, à l'avenir, voudra s'occuper de recherches sur Denis de Paris, la légende de sainte Ursule etc, devra poursuivre ces choses à travers les dillerentes recensions et les copies du martyrologe hiéi-onymien. Il est intéressant d'examiner le nombre des martyrs de la Germanie inférieure cités dans ce document important. Il ne connaît que deux martyrs de Cologne, Asclinius et Pamphile, de même que les martyrs Mauri dont le nombre vaiie beaucoup dans les manuscrits. Leur chef s'appelait (jéréon. 11 n'y a rien pour Mayence ; les Saints de Trêves sont : Valérius, Paulin, Maximin et un évéque Militius.
Palmace, Tyrsiis et les « Innombrables » n'étaient donc pas encore connus. Pour ce qui est des Saints de Bonn, il convient de remarquer la relation dans laquelle se trouvent les saints Cassius, Florentins et Mallusius, marqués au 18 octobre. Ce jour là on cite d'abord des martyrs africains; puis, sans nommer Bonn ou une autre localité, on continue: et alibi, Cassii, Eiisebi^ Florentin Victoris^ Agrippinae, Malusi ciim aliis trecentos XXX {sic). Le nom d'Eusèbe, placé entre Cassius et Florentius, a été écarté plus tard, mais la légende a mis à sa place Malusius, enterré à Birten et retrouvé par l'évoque Evergisil. De même, le martyr Victor aurait été primitivement enseveli à Birten i.
Quant aux martyrs romains et à la série des Papes, le martyrologe hiéronymien ne dépend pas exclusivement du catalogue philocalien, mais il est plus riche. 11 commence sa série pontificale avec Corneille, tandis que Philocalus ne commence qu'avec Lucius (-j- 254) ; il la termine avec Léon P'', tandis que Philocalus termine la sienne avec Boniface I (f 422). Il se distingue encore de cet auteur en ce qu'il indique aussi les jours d'ordination, par exemple de Miltiade, de Libère, d'Innocent I et de Boniface I. Par contre, les anciens martyrs, à l'exception de Clément I, y font défaut.
Les indications topographiques sont données d'après des critères différents. Le plus souvent, et cela convient, on indique la ville où le marlyre a eu lieu. Mais par ci par là on se contente de citer la province, par exemple l'Achaïe, TAsie, la Campanie, la Sardaigne et la Sicile. La chose est particulièrement fréquente quand