‹ L'année ecclésiastique et liturgique [microforme]Chapitre 108 sur 204 · MÉDITATION SUR LA TENTATION DE NOTRE-SEI- GNEUR AU DÉSERT · texte numérisé non relu

MÉDITATION SUR LA TENTATION DE NOTRE-SEI- GNEUR AU DÉSERT

A7 PRÉLUDE.— Jésus-Christ va seul, conduit par l'esprit, au désert, et y jeûne quarante jours et auarante nuits. Il est ensuite tenté par le diable.

2° PRÉLUDE.—Jésus, toute sagesse et toute grâce, obéit cependant à l'impression de l'esprit... Il faut demander la docilité aux inspirations de l’Esprit- Saint, et, en particulier, la fidélité aux grâces de sa vocation religieuse.

1e° PornT.—Le saint état religieux est un heureux désert, une précieuse solitude où l'Esprit de Dieu prend soin de conduire certaines âmes, pour leur parler plus intimement et plus familièrement, et pour les diriger vers la perfection. ‘ Ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus (Osée). ‘Je la conduirai (l’âme fidèle) dans la solitude, et là je lui parlerai au cœur.”

Oh ! que cet heureux désert est plein de bonheur et de charme ! que la douce et suave onction de la grâce y récompense au centuple des privations qu'il faut embrasser, pour s'y enfoncer et y fixer son séjour ! Dans ce refuge contre le monde et ses dangers, on goûte, dans le recueillement, loin du tumulte et du trouble, de la vie mondaine, dans les attraits de la solitude et d’une vie de prière, les douceurs de la paix dont les jouissances surpassent tout sentiment.

Mais il faut y aller et y‘ demeurer avec un cœur docile, généreux, fort et courageux. Pour y jouir du bonheur et des privilèges d'enfants de Dieu, il faut s’y laisser diriger par l'Esprit de Dieu, selon le sentiment de saint Paul : Quicumque Spiritu Dei aguntur, sunt fit Dei (Rom., VIIL 14). Il faut contempler comme modèle Jésus allant au désert, et se conformer, autant que possible, à ses dispositions. Voyons-le subissant l’isolement et tous les inconvénients de ce séjour ; -jeûnant rigoureusement pendant quarante jours ; contemplant et priant sans interruption ; gémissant sur nos misères et suppliant pour nous la divine miséricorde de son Père. Quel exemple à méditer ! Quelles larmes sur nos misères et sur nos fautes, et quelles supplications, sous le regard du ciel, nous devons répandre.

Combien l'isolement dé Notre-Seigneur doit encourager notre recueillement et notre silence, et combien sa pénitence et sa prière doivent soutenir notre mortification et notre esprit -d’oraison. Oh! il nous faut demander lumaère et force, pour suivre fidèlement, en religion, l’impulsion de l’Esprit-Saint.

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IIIe

11° PornT.—Notre-Seigneur ne s’est pas contenté de pratiquer la prière et la pénitence, au désert. Il a voulu y être tenté, afin d’être la grande instruction et l'encouragement de tous ses disciples, dans sa sainte Église. Il a voulu leur enseigner que les tentations ne sont pas un mal, mais que, bien au contraire, elles servent à faire acquérir de grands mérites pour le ciel, par les combats qu’elles forcent de livrer, et par les victoires qu’elles font si courageusement remporter sur l’enfer. Combien aussi les tentations font pratiquer de constantes vertus !.. Elles entretiennent l’humilité, la vigilance, la ferveur, etc. ; et elles contribuent ainsi à nous rendre plus agréables à Dieu, qui lit au fond de nos cœurs ces belles dispositions et qui les approuve et les bénit.

Au reste, les tentations sont indépendantes de notre volonté. Ni sainteté, ni solitude ne peuvent faire que nous en soyons tout à fait exempts... Saint Paul lui-même, le grand saint Paul, était tenté, même après avoir été élevé jusqu’au troisième ciel. Aux irstances qu'il adressa’t au Seigneur, pour être délivré de cette humiliante ésreuve, il en reçut pour réponse : “* Ma grâce te suflit ; la vertu se perfectionne dans Pinfirmité.” Dieu ne saurait permettre, en effet, que nous soyons tentés au delà de ce que nous pouvons; mais il nous aide, afin que la tentation nous fasse avancer dans la vertu (Cor., X). Il ne-faut donc pas se déconcerter, ni se décourager ; mais dire plutôt. au plus fort du danger : Domine, vim patior, responde pro me ; ‘ Seigneur, je souffre violence, répondez pour moi.”

IIIe PoinT.—Jésus fut conduit par l’esprit dans le

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désert pour y être tenté. Le diable lui suscita 4° une tentation de gourmandise, 2° une tentation de vaine gloire, et 3° une tentation d’ambition. Mais Jésus, pour nous mériter la victoire dans ces trois tentations si dangereuses, ainsi que dans toutes les autres, repoussa avec humiliation Satan qui enfin le laissa ; et alors les anges s’approchèrent de Jésus et le servaient. Considérons la source de nos tentations, et les remèdes aux tentations.

1: La source de nos tentations, c’est le péché originel, qui a mis en nous un mauvais germe, lequel tend sans cesse à se développer, même à notre insu. C’est le péché originel qui a introduit ce trouble et ce désordre dans notre esprit, dans notre cœur, dans tous nos sens, et qui y cause tant de luttes et de tempêtes. La cause de nos tentations, c’est l’orgueil, source de la vaine gloire et de ses incessantes recherches pour se satisfaire ; ce sont les objets du monde, qui présentent à nos sens l’appât qui les attire et qui les corrompt; c'est enfin le démon et sa malice jalouse, qui nous hait à cause de l'image de Dieu que nous portons en nous, et qui veut le chasser du temple de nos âmes pour y établir sa domination, au détriment du règne si juste de Jésus-Christ, notre aimable Rédempteur.

2 Les remèdes à nos tentations, sont la vigilance et la prière, la fuite des occasions de tentations, commandée par l'étude et l’examen de leurs dangers. Ces remèdes consistent encore dans la mortification des sens, surtout de la vue, et dans une prompte et énergique répulsion des premiers appas du mal. A ces remèdes, il faut joindre l’habitude du recueillement

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qui facilite la surveillance sur toutes ses pensées, désirs, projets, actions et démarches, afin que tout cela parte du ciel et s’y rapporte.

O Seigneur, qui avez voulu être tenté, pour nous apprendre à combattre et à vaincre dans la lutte contre nos tentations, veuillez combattre avec nous et pour nous. Veuillez combattre pour vous aussi, puisque nos victoires doivent tourner à la gloire de votre Père, et au salut que vous avez voulu nous acheter au prix de votre Sang. Donnez-nous la force, et nous vaincrons. Donnez-nous l'humilité, et nous triompherons. Entou. rez-nous de votre protection ; revêtez-nous de la cuirasse de la justice ; armez-nous du bouclier de la foi ; couvrez nos têtes du casque du salut, mettez en nos mains le glaive de l'esprit et de la vérité, afin que nous nous défendions contre tous les assauts de la séduction. Défendez-vous vous-même, à mon Jésus, car Satan vous en veut aussi bien qu’à moi.

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