MÉDITATION SUR LA TRANSFIGURATION DE NOTRE- SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
1% PRÉLUDE.—Jésus ayant pris avec lui Pierre, Jacques et Jean, les mena à l'écart sur une haute montagne (qu’on croit être le Thabor), où :! fut transfiguré devant eux. Son visage devint resplendissant comme le soleil, et ses habits blancs comme la neige.
IT° PRÉLUDE.—O Seigneur, faites-nous retirer de cette méditation une vraie dévotion envers Jésus, et
faites-nous aimer et mettre en pratique les importantes instructions qu’elle renferme.
4e" PoinT.— Le choix des Apôtres Pierre, Jacques et Jean : Pierre qui devait être le chef des Apôtres ;— Jacques qui devait être immolé le premier parmi eux ;—Jean, pur, vierge, déjà imitateur fidèle de Jésus, sous ce point de vue. — Ces trois Apôtres devaient être témoins, plus tard, des langueurs, de la tristesse et de l’agonie de leur Sauveur. Ils avaient donc besoin d’être fortifiés d'avance contre l’épreuve de leur foi et de l'attachement à leur Maître, alors qu'ils verraient le spectacle de ses délaissements. Jésus leur accordait une grâce gratuite, à laquelle il voulait, sans doute, qu’ils correspondissent, afin de ne pas faillir, plus tard, lorsque leur fidélité serait ap nelée à le suivre dans ses humiliations et ses douleurs. De la constance de cette fidélité, en effet, découlent les grâces des grandes vertus, et la faveur des grands privilèges.
Voyez la grande sainte Thérèse : c’est après avoir savouré les amertumes du Calvaire, être passée par les ignominies de la croix, qu’elle a été admise à goûter les douceurs du Thabor. Oh! moi aussi, j'ai été souvent favorisé de la grâce de ces divines opérations en mon âme. Que n’ai-je répondu à l’eflicacité des mérites de mon Sauveur, dont cette grâce a tant travaillé à me faire obtenir l'application! J’ai été choisi, appelé, comme Pierre, Jacques et Jean. Tout m'eût été possible, avec une volonté forte, soutenue, aidée, rendue invincible par cette grâce. Mais, au souvenir de mon manque d’ardeur et d’efforts pour correspondre aux prévenances si bonnes de mon Dieu, je demande la
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grâce d’être fidèle, constamment fidèle, le reste de ma vie, à ces mêmes prévenances et impulsions de l'Esprit- Saint.
Il PoinT.—Le Thabor. Pour voir du regard de l’âme la gloire et l’infinie beauté de Dieu, il faut élever ses pensées et ses sentiments au-dessus de la terre. Moïse s’unit à Dieu, au sommet du Sinaï, tandis que le peuple adore le veau d’or, au bas de la montagne. C'est dans les basses vallées du monde que coulent les torrents des eaux corrompues du siècle, qui n’étancheront jamais la soif et le désir ardent du bonheur.
Jésus prit les trois disciples seuls à l’écart. et il les mena sur une montagne pour prier. C’est là l’image de ce qui doit préparer les Ames aux opérations de la grâce. Le Saint-Esprit, après les avoir choisies, les amène à l'écart. Le bruit, le tumulte sont impropres aux intimes communications. Voyez Jean-Baptiste : il s'est préparé aux grâces de sa grande mission par trente ans d'isolement et de solitude. L'esprit des saints est un esprit de solitude. Ducam eam in solitudinem et loquur ad cor ejus. (Osée, 41.) Ils cherchent dans le silence les faveurs du divin Époux.
La montagne du Thabor figure la prière qui élève l’âme vers Dieu. Par la prière l’âme quitte la terre, s'élance dans la région de l'intelligence pour y chercher Dieu, son centre et son souverain bien... C’est par la prière et l’oraison que les justes atteignent Dieu.
On demeure sans lumière, ni communication divine, si l’on ne gravit, par la prière, la sainte montagne; si les pensées sont sur la terre, si les yeux du cœur sont
attachés aux choses sensibles, et ne trouvent d’attraits que dans la beauté extérieure.
Il ne faut être ni livré à la dissipation, ni sensuel, ni mondain, pour connaître Dieu et admirer sa beauté ; pour connaître les amabilités de Jésus, ses mystères touchants, sa vie cachée et ses secrets, la douceur de ses entretiens, et les ravissantes beautés de sa vie glorieuse. O Jésus! conduisez-moi seul à l’écart. Là, dans la prière et l'oraison, je goûterai vos faveurs... J'entendrai vos douces paroles... Je me reposerai en attendant les joies infinies du paradis.
II Porntr.—La Transfiguration. La transfiguration donne l’idée de l'éclat dont jouit au ciel la nature humaine glorifiée par Jésus, notre éternel bonheur. Dans ce mystère, sa face parut resplendissante comme le soleil, ses vêtements blancs comme la neige. Les rayons de sa divinité lui communiquaient une clarté éblouissante comme celle du soleil. De son âme parfaitement unie à la nature divine, une lumière d’une souveraine beauté se répandait sur son corps.
Oh ! quel encouragement à la mortification et à la pénitence ! Nous serons un jour transfigurés et environnés de clarté et de gloire. Mais auparavant, il faut qu'il s’opère en nous, dans le temps, une transfiguration par laquelle l’âme est changée, revêtue de la grâce, sanctifiée par l'amour et par la pratique de toutes les vertus de Jésus-Christ. C’est la sainteté cachée de l’âme qui se répaudra sur le corps, et fera paraître les richesses, la lumière, la vertu mise dans le cœur par l'esprit de grâce.
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prière, accompagnée de tendres larmes de pénitence ; dans l’union amoureuse avec Jésus devant le saint tabernacle, etc. Cette transfiguration est l’objet du travail de toute la vie chrétienne. C’est Jésus qu’il faut y prendre pour modèle, pour nous transfigurer pendant la vie. IL est la voie. Il faut le suivre, s’il appelle à marcher dans la voie douloureuse, étroite, pénible ; dans sa voie de larmes, d'humiliations, d'opprobres. Il faut même le suivre jusque dans les ignominies du Calvaire. Il est la vérité : nous devons affermir, soutenir, encourager notre âme, lorsqu'il nous invite à le suivre, malgré nos frayeurs, dans les choses qui épouvantent notre nature.
Enfin, Jésus-Christ est la vie: il faut donc embrasser les renoncements et les sacrifices pour l’imiter, puisque c’est lui qui est la vie de nos intelligences et de nos cœurs; puisque c’est lui qui les nourrit, Îes désaltère et les rassasie. Le souvenir du Thabor soutient et éclaire la foi, affermit l’espérance, et rend l'amour pour Jésus-Christ fort, généreux, capable de tout. Il nous fait adhérer volontiers aux exemples et aux enseignements de Celui que la transfiguration du Thabor nous prouve être vraiment la voie, la vérité et la vie. O Seigneur ! faites-moi la grâce de me rappeler souvent la gloire du Thabor, et d’y trouver un puissant encouragement à pratiquer fidèlement la vie de la pénitence chrétienne et religieuse.
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