III. CONSIDÉRATION SUR L'INCARNATION
Enfin, le mystère de l’fncarnation doit faire naître en nous l'amour de Dieu et la reconnaissance. Et comment n'en serait-il pas ainsi, puisque ce Dieu bon n’a pas épargné son propre Fils, mais qu'il l’a livré pour nous? (Rom., viii.) Si les justes de l’ancienne loi, à qui le Messie n'était qu’annoncé et promis, témoignaient néanmoins une reconnaissance anticipée, que ne devons-nous pas faire, nous qui jouissons de l’accomplissement de la promesse, et qui possédons en réalité l’£Zmmanuel, le Dieu avec nous ?
Quel bonheur de jouir de tous les biens renfermés dans le mystère inelfable de l’Incarnation ! Ces biens, ces trésors de grâces, ne nous étaient pas dus. Combien de justes ont soupiré en vain pour voir ce que nous voyons, et posséder ce que nous possédons | Nous sommes plus heureux et plus privilégiés que ces saints personnages de l’Ancien Testament, quine purent que saluer de loin le grand jour où le Soleil de justice a éclairé le monde. Et nous, nous vivons, nous
nageons au sein de cette lumière. Oh! que notre reconnaissance doit être vive pour un si grand bienfait, par lequel nous avons été délivrés de tant de maux, et comblés de tant de biens! L’Incarnation a été pour nous comme une seconde création, accompagnée d’une plus grande abondance, d’un surcroît de grâces et de privilèges. Dieu avait établi d’une manière admirable la dignité de l’homme ; mais, après sa dégradation, il l’a réformée d’une manière plus admirable encore... Le Roi éternel des siècles s’est allié à ia famill> humaine, pauvre, vile, abjecte, et l’a fait monter jusqu'à lui. Que ne devons-nous pas rendre au Seigneur pour tous les biens qu’il nous a faits ! Le sacrifice de toutes les vies du genre humain ne saurait acquitter notre reconnaissance. Tout ce que nous pouvons faire pour la lui témoigner, comparé à ce qu’il a fait pour nous, c’est moins que la lumière d’une bougie comparée à celle du soleil ; moins qu’une goutte d’eau par rapport à un large fleuve; moins qu’un grain de sable par rapport à une montagne très élevée. Donnons, du moins, à Dieu tout ce que nous pouvons et tout ce que nous sommes; donnons-lui notre âme et notre corps ; donnons-lui surtout notre volonté tout entière. Payons-le avec les dons mêmes qu’il