II. CONSIDÉRATION SUR L'INCARNATION
Ce grand mystère ne révèle pas seulement Dieu à l'homme, il révèle l’homme à lui-même ; illui montre la grandeur de sa misère, par la grandeur du remède qu'il a fallu pour le guérir.
Nous sommes grandeur, mais, en même temps, misère ; nous devons, sous un rapport, nous estimer, et, sous un autre, nous mépriser. Nous pouvous nous aimer, et nous devons nous haïr. Nous sommes vils et même abominables, et pourtant la religion nous oblige de vouloir être semblables à Dieu.
LIl y a en nous un principe de grandeur en même
temps qu'il s'y trouve un grand principe de misère. Le mystère de l’Incarnation manifeste tout à la fois l’une et l’autre.
Notre misère, comment la méconnaître, éclairée el manifestée qu’elle est par cette lumière divine, lIucarnation? Comment ne pas comprendre l’abime
profond de faiblesse, de bassesse et de déchsance où
l'humanité était tombée, puisqu’aucune puissance du ciel, pas même le chérubin, le séraphin le plus sublime, ne pouvait lui tendre une main secourable, et
Ale relever de sa chute! De quelle affreuse et désvs-
pérante blessure nous étions donc atteints, puisqu'aucun médecin ne pouvait la fermer ! Nous étions bien malades, puisqu'il n’existait aucun remède qui pût nous guérir! Il fallait donc que notre pauvreté
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fût extrême, puisque nulle créature, quelque élevée qu'elle fût, ne pouvait couvrir notre honteuse nudité,
Et en effet: ‘‘le genre humain, dit le Catéchisme ‘* du Concile de Trente, était déchu d’une si grande ‘ élévation, que rien ne pouvait le relever et le rétablir ‘° dans ses prérogatives anciennes, ni les efforts des ‘ hommes, ni les mérites des anges. Il ne restaient ‘ remède à nos maux que dans la vertu infinie du Fils ‘ de Dieu. Seul, il pouvait, en prenant l’infirmité de ‘ notre chair, détruire les effets terribles du péché, et ‘“ nous réconcilier avec Dieu dans son sang (Cat. Con. ‘€ Trid., cap. 3).” Eh bien! le Fils unique de Dieu a eu pitié de nous, pauvres enfants d'Adam; il a eu pitié du genre humain malade et blessé à mort. Il à dit: ‘ Moi j'irai et le guérirai” (Math. viii). Et 4 Verbe s’est fait chair. Homme et enfant d'Adam, il nous a rendus ses frères; Dieu, il a élevé notre nature jusqu’à lui ; il nous a rendus participants de sa nature divine : Divinæ consortes naturæ. Ses titres, ses qualités, sa gloire, «out est à nous. Il ne tient qu'à nous de nous identifier, en quelque sorte, avec lui, au point de pouvoir dire que ce n'est plus nous qui vivons, mais que c’est lui qui vit en nous. Voilà donc comment nous avons été relevés de notre bassesse profonde, comment nous sommes remontés jusqu'à Dieu. Voilà comment nous sonimes grands, puisque tout notre être est en quelque sorte divinisé par l’Incarnation. Et c’est surtout après celte vie, que nous recueillerons les fruits de l’Incarnation. Si nous nous conduisons pendant cette vie d’une manière conforme à notre condition élevée de frères d’un Dieu fait homme,
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notre corps ressuscitera tout éclatant de gloire, notre chair sera transformée sur le modèle du corps glorieux du Sauveur, et nous serons éternellement les compagnons de sa gloire.
Oh! que de chrétiens changeraient de vie et adopteraient une conduite plus conforme à leurs rapports ennoblissants avec le Verbe fait chair, s’ils se laissaient guider par les lumières qui jaillissent du mystère de l'Incarnation !