CONSIDÉRATION ET MÉDITATION POUR CE MÊME DIMANCHE
A PRÉLUDE.—S’adresser sincèrement à soi-même l’importante question : ‘‘ Que suis-je ? ” à laquelle donne lieu le texte de l'Évangile du jour.
2e PRÉLUDE.—Faites-moi comprendre, Ô mon Dieu, toute l’étendue de cette question, afin que je m’habitue à me la répéter à moi-même.
4er Pornt.—On lit dans l'Évangile du jour que les Juifs de la secte des Pharisiens, apprenant tout ce que saint Jean-Baptiste faisait sur les bords du Jourdain, lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : ‘‘ Qui êtes-vous ? ”.. Nous allons tirer de cette circonstance l'instruction et le, sujet de méditation du jour.
Il est peu de questions auxquelles la majeure partie des hommes trouverait plus difficile de répondre sagement qu'à celle que renferment ces trois mots : Qur êtes-vous? La raison en est qu’on se connaît, en général, beaucoup trop peu pour répondre à cette courte question suivant la vérité. Et pourtant la connaissance de soi-même est la science la pius importante au
bonheur temporel et spirituel. Oh ! faisons-nous donc ‘à chacun la grave question : Que suis-je ? Or, pour nous connaître nous-mêmes, il faut nous considérer Bs sous le double rapport du temps et de l’éternité ; sous hs le double rapport de la nature et de la grâce.
Sous le rapport du temps, nous desceudons d'Adam. ? Nous voyageons momentanément sur cette terre, pour 4 devenir l'héritage de la mort. Il n’y a que quelques années, nous n’existions pas, notre nom était parfaitement inconnu. Notre présence n’était pas désirée, et on ne regrettait pas notre absence. Le monde se passait facilement de nous et ne se souciait nullement de nous. Enfin, nous naquimes faibles et gémissants } petits enfants. Notre origine est donc moins que glorieuse ; et vraiment notre existence n’est qu’un atome | dans la création. Notre connaissance et notre nom seront ignorés de la presque totalité du genre humain. Nous sommes nés et le monde n’en a riensu, et nous À mourrons de même, en dépit de notre fol orgueil.
Et parmi ceux qui nous auront connus, combien n’y qu en aura-t-il pas qui nous auront été tout à fait indiffé- So rents ; bien plus, qui nous auront condamnés, ridicu- ! fo lisés, méprisés. Et même, eussions-nous été admirés, no cela ne change rien à la petitesse naturelle et à la triste no et humiliante condition de nos misères. Puis, atten- lo dons seulement quelques années, et l’âge nous réduira le à la décrépitude et aux infirmités, si la mort ne l’a pas devancé, pour faire de nous une repoussante dif- Æ sc
formité. Riches et savants, mercenaires et ignorants partagent le même sort. Tel est donc l’homme, petit à sa naissance, petit à tous ses âges, pelit dans toutes
si L'ANNÉE ECCLÉSIASTIQUE ET LITURGIQUE. 43 nous donc vues s’il les concentre à la terre. En tous ses soins or, Pour ct tous ses travaux, il recueille la fatigue, qui n’en considérer laboutit pas moins à la vanité et affliction d'esprit. né; sous Donc, la réponse à la question qui nous occupe est k humiliante s’il s’agit de la vie; elle ne l’est pas moins s d'Adam. sit est question de la mort. Qui êtes-vous après ce eITE, pOur M triste événement ? Un cadavre défiguré ; et, bientôt, quelques hélas ! un amas de pourriture ; puis, un monceau de | parfaite- E poussière. Oh ! oui, il faut descendre dans la maison lésirée, et M de son éternité : c’est la tombe silencieuse où toutes le se pas- SE ous irez, mes sœurs, vous confondre indistinctelement de M ment. Là, on repose inconnu peut-être, mais du moins émissants M non oublié... Les fleurs couvriront votre sépulque glo- cre. Le souvenir de vos vertus, si vous avez été reliun atome D cicuses fidèles, réjouira vos sœurs, et ranimera leur otre nom ST courage au milieu des épreuves qu'elles auront à subir. humain. Là, la dissolution opère bientôt son travail, et il ne > et nous D reste plus: qu’un squelette, et quelques grains d’une ueil. . M poussière fétide. Ah ! vou la réponse saisissante à la bien n'y M question contenue dans ces paroles: Qui êtes-vous ? t'indiffé- M Souvenons-nons-en. Ce qu'il restera de nous au » ridicu- fond de la bière, est déjà une portion intégrante de dmirés, nous-mêmes. Oui, c’est bien là tout ce qui restera de la triste nous dans la mort. C’est là tout ce que nous sommes, , atten- lorsque nous nous considérons dans nos rapports avec réduira le temps passé, présent et futur.
t ne l'a Ile PornT.—Examinons maintenant ce que nous sommes dans l’ordre de la grâce, et par rapport à l’élernité.
D'abord, à notre entrée dans la vie, nous sommes enfants de colère et esclaves de Satan. Il faut qu'une
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seconde naissance nous réhabilite. Cette réhabilitation dans le bain sacré du Baptême, est un bienfait tout gratuit ; et nous sommesencore, après l'avoir reçu, sans aucun mérite de notre part, et, malgré les dons qui l’ont accompagné, des êtres pleins de misères et environnés de mille périls.
Notre esprit est ignorance, ténèbres et vaines idées. Notre cœur nous trahit et nous livre à nos plus mortels ennemis. Nos sens sont des voies par lesquelles l'ennemi peut pénétrer au plus intime de nousmêmes. Il s'ensuit que notre vie est une guerre continuelle, exposée à être surprise par le mal. Et, en vérité, qu’il est grand le nombre de ceux qui, devenus enfants de Dieu par le saint Baptême, ont succombé ensuite au péché, et à la corruption originelle ont ajouté celle du péché actuel, volontaire et délibéré ?
Qui sommes-nous donc ? devons-nous nous demander sérieusement à nous-mêmes.
Nous sommes-nous révoltés contre notre Créateur, en commettant volontairement le péché ? Avons-nous fait servir ses bienfaits mêmes à l’offenser et à l’outrager, et avons-nous, par cet excès de démence, perdu la vie de la grâce et mérité d’être ensevelis dans la mort éter-
nelle ? Si oui, approchons des bords de l’enfer, et … contemplons-y la demeure que nous y a méritée notre con péché ; suspendus au-dessus du gouffre béant, réfléchissons donc à notre situation.
Nous nous rassurons peut-être sur ce que nous avons reçu l’absolution dans le sacrement de Péni- to
tence. Mais savons-nous bien si cette absolution a été accompagnée du pardon de nos fautes ? Que nous
réhabilita-MByons encouru le courroux de Dieu, ce n’est que trop in bienfaitiiiertain. Mais que nous ayons recouvré son amitié, avoir reçu, est peut-être douteux, surtout si nos promesses ont é les donsi@té vite violées, si notre douleur a été froide et passamisères etière ; car, de telles dispositions peuvent peut-être endre illusoire notre confiance dans le pardon.
nes idées. Que conclure de ces réflexions ? Voici la grave conplus mor-Mlusion que nous devons en retirers : c’est que nous lesquelles @Mevons souvent, souvent nous renouveler à nousde nous- ièmes celte sérieuse question : Qui sommes-nous ? erre con- Eiiet profiter de la connaissance de nous-mêmes pour l. Et, en ous mettre en garde contre les séductions et les illu- : qui, de- sions d’une fausse conscience.
ont suc- Souvenons-nous de ce que nous sommes dans riginelle Minos rapports avec le temps et avec l'éternité ; avec lélibéré ? MWla nature et avec la grâce ; et ce sera le moyen de emander Mtenir une conduite sage et digne de notre état. Ayous recours àce même souvenir contre les séductions des passions ; et, par cette pratique, nous marcherons plus sûrement dans le sentier du bonheur, ici-bas, et nous arriverons plus infailliblement aa bonheur éternel du ciel.
(Ici doit suivre l'expression des sentiments, des propos et des résolutions conformes à la nature de cette utile et importante considération.)