SAINT JEAN
Pour atteindre à la souveraine béatitude, il faut cheminer par la voie du renoncement à ce que la nature a de plus agréable et de plus cher, mourir à toutes choses, même bonnes, saintes, spirituelles, ou du moins re nous en servir que pour nous porter à Dieu... Voyez les disciples de Jésus-Christ; ils durent perdre la présence de leur maître, pour recevoir le Saint-Esprit... A plus forte raison, faut-il se garder d’avoir des cœurs possédés de l’amour des créatures. Trois obstacles, propres à trois sortes de personnes, empêchent la réception de l’Esprit-Saint. Le premier consiste à pécher volontairement, en n'usant pas des créatures selon la volonté de Dieu ; le 2° consiste à rechercher trop le plaisir dans les choses extérieures, sans aller pourtant jusqu’au péché ; enfin, le 3° consiste à s’attacher trop au signe, dans la réception des sacrements, et à ne point pénétrer pieusement dans la vérité qu'ils représentent. Par exemple, pour ne parler que de la réception de la divine Eucharistie, il y a des personnes, même pieuses, qui s'appliquent plus aux signes extérieurs par lesquels elles manifestent leur dévotion, qu’à désirer l’union intime et
Fn td M = en
es nt es es E.
ae
réelle avec Dieu, qui est pourtant la vérité signifiée par l’auguste Sacrement.
Nous devons prier Dieu toujours et partout, retirés, autant que possible, dans la solitude de la partie supérieure de l'âme... Prier sans cesse, c’est faire toutes ses actions par amour pour lui, et non pour les jouissances qu’elles procurent. Pour trouver Dieu dans la prière, il faut conserver son âme toute spirituelle, en l’attachant à Dieu seul... Chercher Dieu, et, avec lui, chercher quelque autre chose, c’est prendre le moyen de ne le pas trouver... Pour s’élever à une grande perfection, il ne faut pas même s'attacher avidement et d’une manière déréglée, à la sainte et aimable humanité de Jésus-Christ. L’humanité du Sauveur doit servir de chemin vers 'a divinité.
Pour aller à Dieu, l’âme doit se dépouiller de toute créature et d'elle-même, afin de ressembler davantage à Dieu ; car c’est la ressemblance avec lui qui fait qu'on peut s'unir plus parfaitement à lui. Ainsi, croitre de plus en plus dans la ressemblance avec Dieu, par la vertu et la justice, c'est le moyen de lui être uni d’une manière de plus en plus étroite.
L'image de Dieu est dans les puissances de l’âme, car celle-ci est créée à cette image. La ressemblance avec Dieu consiste dans les vertus. L’unin de l’âme avec Dieu la teint, pour ainsi dire, comme d’une nuance divine... Oh! qu’une âme qui est ainsi, en quelque sorte, ornée d'urs couleur divine, est chère à Dieu, et devient l’objet de ses tendresses et de ses prédilections.