POINT. POUR LES AMES RELIGIEUSES
Le Seigneur daigne appeler certaines âmes à sa divine école, à jouir de sa familiarité et à apprendre de lui à l’aimer tendrement et à goûter ses douceurs. Celles qu’il appelle ainsi sont les âmes religieuses, et, en général, celles qui tendent à la perfection. Son école, c’est la vie spirituelle, où en se séparant du monde, on se délivre d’une multitude de peines et de soucis, afin d’aimer Dieu plus parfaitement, d’avoir les yeux sans cesse sur lui et sur soimême, et de mourir entièrement à la nature, aux sens et au monde. Le Seigneur s’occupe singulièrement du
soin de ces âmes : il les avertit, il les punit même; mais c’est à condition qu’elles profitent de ses avertissements, de ses lecons et de ses punitions, sans quoi il les abandonne et les laisse dans un état vraiment inquiétant et dangereux.
Les personnes spirituelles doivent soupirer uniquement après Dieu, oublier toutes les créatures, et ellesmêmes. Elles devraient être tellement enflammées du feu divin et devenir tellement divines elles-mêmes, au dedans et au dehors, qu’on ne vit plus que Dieu en el'es, et qu’il n’y eût point de cœur assez froid qui ne se réchauffât en leur présente, comme on voit des charbons éteints se rallumer au contact d’un autre qui est enflammé, et recevoir de lui la lumière et la chaleur.
IL n’y a point d’instants où Dieu ne nous communique quelque influence divine. Montrons-nous attentifs à ses communications. Il est notre principe et notre fin. Attendôns tout de lui. Soyons à son égard comme le ruisseau est à la source. Ne nous laissons pas entraîner hors de nous-mêmes, et hors de lui, par nos sens et notre imagination.
MÉDITATION
Je! POINT. IL FAUT S’EXERCER DANS LA VIE DE JÉSUS-CHRIST.
Il y a une image que nous devons graver fortement en nous. Pour cela, entrons dans notre intérieur; de là, prenons notre vol jusqu’au cœur de Dieu; prenons-y cette image qui se forme éternelle-
rtenté-
de Île-
Es
ment, et qu’il tire de l’abîme de sa divinité. Imprimons cette image ravissante bien avant dans notre esprit, comme dans un miroir, afin qu’elle pénètre toutes les puissances de notre âme. Que nous marchions ou que nous nous arrêtions, que nous mangions ou que nous buvions, que nous dormions ou que nous veillions, il ne faut pas que cette chère image s'échappe un instant de notre esprit ni de notre imagination, Dirigeons et disposons d’après elle tout notre être et toute notre vie, soit au dedans, soit au dehors... Regardons-la et dans sa divinité et dans son humanité sainte. Avyons toujours ce miroir devant les yeux. Agissons et parlons comme en sa présence. Si nous mangeons, trempons chaque bouchée dans le sang précieux du Cœur de Jésus ; si nous buvons, pensons que c’est lui qui nous donne à boire du Sang de ses plaies sacrées ; si nous dormons, nous reposons sur son cœur ensanglanté; si nous parlons, représentons-nous qu’il est là tout près de nous et qu'il entend nos paroles ; qu'il est en notre présence et qu’il voit tous nos gestes et toutes nos pensées ; et abimons-nous ainsi dans la contemplation de ce divin exemplaire.
2° Poinr.—Nous devons nous préparer à voir s’opérer en nous cette naissance mystérieuse, qui s’accomplit à tous les instants dans les âmes saintes qui s’y disposent par une grande attention, par un amour sincère, et par le recueillement de toutes leurs puissances. Par cette nativité, Dieu est engendré continuellement en nous et il se donne à nous si complètement, que nous ne possédons rien en propre plus que lui. Il est à nous tout à fait et partout. Voici comment s’opère
cette naissance de Dieu en nous. Notre âme a trois facultés : la mémoire, l'intelligence et la volonté. Par ces facultés, elle est capable de recevoir Dieu avec tout ce qu’il est, ce qu’il a etce qu'il peut donner. Malheureusement, il y a en elle la partie inférieure qui lutte contre la partie supérieure, c’est-à-dire qu’il y a ses puissances sensibles et animales qui l’inclinent à s’'épancher sur les choses sensibles du temps, tandis que, par sa partie la plus élevée, elle peut regarder noblement le ciel et. s’épancher vers les choses de l'éternité. Pour que la régénération divine s’opère en elle, il est nécessaire qu’elle rentre énergiquement en elle-même, ramassant et recueillant toutes ses puissances inférieures et supérieures dans le fond le plus intime et le plus élevé d’elle-même. Puis, renonçant à toute volonté, appétit et activité propre, il faut qu’elle ne cherche que Dieu et sa gloire, par une intention pure et simple, voulant confondre toute sa volonté avec la sienne, et plonger dans son être divin toute son existence. Il est nécessaire qu'elle veuille être à lui de la manière la plus élevée et la plus parfaite, lui laissant en elle la place dont il a besoin pour y opérer et pour y naître sans obstacle.
3° PoinT.—Lorsque notre âme prépare ainsi à Dieu une place en elle, en se versant au dehors et se vidant de tout ce qui n’est pas lui, Dieu la remplit tout entière. Quand elle sort, il entre ; quand elle se tait, il parle. La génération divine a lieu en elle, lorsqu'elle se vide des désirs et des concupiscences du corps ; lorsqu'elle renonce aux inclinations de ses puissances sensibles et à leurs images, qui l’entraînent après elle,
et mettent en mouvement dans le cœur, l’amour et la haine, la joie et la tristesse, le désir et la crainte, l’inquiétude et la légèreté.—Quiconque ne sort point de sa nature, et ne s'élève point au-dessus des choses que les sens peuvent offrir, voir, entendre, goûter ou mettre en mouvement, ou qui n’a pas encore su s’élever au-dessus des choses naturelles, ne peut avoir l’intelligence des choses sublimes et divines.
Marie a donné naissance au Verbe, Fils de Dieu. Selon saint Augustin, elle a été bien plus heureuse de la génération spirituelle de Dieu dans son âme que de sa maternité divine. Quiconque veut que cette génération spirituelle s’accomplisse en lui, doit reproduire, autant que possible, les qualités de Marie : pureté, chasteté, garde des sens, esprit intérieur et recueillement, détachement de ses aises, retraite, immuable attachement à la volonté de Dieu, silence intérieur et profond, —pour une Sœur contemplative surtout.