‹ L'année ecclésiastique et liturgique [microforme]Chapitre 47 sur 204 · STE · texte numérisé non relu

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être empreinte de générosité... On doit donc pouvoir reconnaître combien Jésus a aimé ce disciple par les dons dont il l’a gratifié. Mais pour apprécier ce qu'ont de précieux les dons accordés par Jésus-Christ à saint Jean, il faut les considérer avec l'esprit éclairé par la foi. Il faut se rappeler qu’‘‘ il a fallu que le Christ souffrit et qu'il entrât ainsi dans sa gloire,” et que ce que notre divin Sauveur a souffert est la vraie source de la grâce et le principe de la gloire. Quand donc Jésus- Christ fait participer une âme à son calice, il s'engage par là même à lui faire part de sa gloire. Et plus une âme est appelée en participation de ce calice, plus elle peut espérer un haut degré de bonheur et de gloire.

Etre appelé à boire au calice de l’'Homme-Dieu, c'est donc recevoir de lui un gage d'amour, puisque c'est recevoir l'assurance d’une gloire proportionnée à ce que l’on souffre. Être associé aux souffrances du Sauveur, c'est donc un motif puissant de joie et de consolation. C’est en réalité être l’objet de l’amicale libéralité de son Dieu, c’est recevoir de lui le don le plus riche, le plus précieux et le plus avantageux. Or, saint Jean a bu à longs traits à la coupe du Sauveur. Sur le Calvaire, au pied de la croix, à côté de Marie, il fut témoin des dernières douleurs de son Dieu, il vit couler son Sang, il entendit ses paroles, il le vit expirer. Quand l’ime de Marie était percée d’un glaive de douleur, quelle douleur n’éprouva pas aussi l'âme sensible de Jean, toute remplie des feux du céleste amour qu’elle avait puisés, la veille, dans la poitrine embrasée de Jésus! Oh ! sans doute le cœur

de ce disciple aimant souffrit, en présence du spectacle du Calvaire, ce que tant d’âmes saintes et amies de leur Sauveur ont ressenti en méditant sur sa passion et sur sa mort, c’est-à-dire des douleurs que ne peuvent pas comprendre «eux qui n’en ont pas fait l’expérience.

En outre, saint Jean dut désirer, aussi ardemment qu'aucun des autres apôtres, le bonheur de répandre son sang pour la gloire de Jésus-Christ, et de subir le martyre...Mais ce désir ne fut pas exaucé.…..Le disciple bien-aimé était destiné à un martyre qui surpasse en douleur celui du corps : il devait subir le lent et cruel martyre du cœur, à l'exemple de Marie, la reine des martyrs.—Tous les apôtres versèrent leur sang pour la cause de leur Maître. Saint Jean eut, un moment, l'espoir de donner sa vie au milieu d’un douloureux martyre, lorsqu'il fut jeté dans une chaudière d’huile bouillante, à Rome près de la porte latine. Mais Dieu ne permit pas qu’il consommäât son sacrifice ; et il lui fallut demeurer longtemps encore dans l'exil de cette terre, loin de Jésus, loin de Marie, précédé dans la tombe par tous les premiers disciples. T1 lui fallut être témoin des combats de l’Église, voir le sang des chrétiens couler à grands flots.

Daus cette existence prolongée, il se rappelait les délices du ciel, dont il avait fait la description dans son Apocalypse...Mais tandis que son imagination lui en retraçait les magnifiques tableaux, les enivrantes beautés, il se voyait condamné à vivre loin de ce séjour objet de ses désirs, accablé de vieillesse et d'infirmités. Il soupirait, il gémissait, il souffrait. Il ne

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savait plus que dire : ‘‘ Venez, Seigneur Jésus, venez ;” noces éternelles de l’Agneau sans tache, quand serai-je enivré de vos joies ! Eaux vives et délicieuses qui sortez du trône de Jésus, quand me sera-t-il donné de me plonger dans le fleuve de vie ! Mais inutiles aspirations! Son exil, sa tristesse, son ennui se continuaient ! Il buvait jusqu’à la lie le calice !--0 Jésus, j'ose vous demander, comme à votre apôtre, des témoignages de votre amour : faites-moi aimer, ou du moins, rendez-moi capable, par votre grâce, de supporter en toute abnégation, la souffrance, les sacrifices, l’immolation du cœur.

2 PoinT.—En témoignage de son amitié, Jésus a fait à saint Jean l'incomparable faveur de lui donner sa Mère.— L'amour avait conduit Marie au sommet du Calvaire. L'amour amena aussi Jean au pied de la croix. Ici s’est passée une scène touchante, mais pleine de grandeur et de mystère! Jésus allait mourir. Sa tendresse pour sa sainte Mère, qui était le témoin de sa passion et de son agonie, ne pouvait lui permettre de la quitter sans lui laisser un témoignage d'amour digne de son cœur de Fils. Il ne pouvait l’abandonner, sans se faire remplacer, autant que possible, auprès d'elle ; sans lui donner quelqu'un qui s’acquittât envers elle des devoirs d'honneur, de respect et de dévouement dont il s'était acquitté lui-même pendant sa vie mortelle.

Sur qui sa sagesse a-t-elle pour cela jeté les yeux ? Sur son disciple bien-aimé. Il verse dans l’âme de celui-ci tout ce que la piété fitiale a de plus doux, de plus suave. Il enrichit son cœur de tous les dons les

plus précieux ; il moule, en quelque sorte, ce cœur sur son divin cœur.—Mais le bienheureux disciple vat-il recevoir aussi, de son doux Maître, quelque témoignage sensible de l’affection dont il a été l’objet? Oh! oui ; et Jésus, en acquittant ses sentiments de fils et ceux de l'amitié, le fait d’une manière digne tout à la fois de sa sagesse et de sa bonté. Il donne saint Jean à Marie : ‘ Femme, voilà votre fils.” Il donne Marie à saint Jean : “ Voilà votre mère.” —C’est du cœur de celui-ci que Marie recevra désormais ces sentiments de piété filiale humaine, qu’elle a reçus jusqu'alors de Jésus. C’est Jean qui va lui offrir une image vivante de san Jésus, par sa pureté, par son amour, par toutes les qualités précieuses dont son âme est ornée. —Et quant au disciple privilégié lui-même, comment son bonheur pourrait-il être assez apprécié ? Le voilà dans l'intimité de Marie. Il parle à cette Reine des anges comine à une mère. Il jouit sans cesse des délices de ses entretiens ! Et qui dira tous les célestes secrets qu’il apprit d’elle touchant Jésus,—sa naissance, —ses premières années,—l’émigration en Égypte, — le séjour à Nazareth ! Ici l’âme fidèle peut s’abimer dans la contemplation, et y trouver des trésors de grâces, de consolations, d’amabilité de tout genre. Nous trouvens bienheureux l’apôtre bien-aimé à qui Jésus a donné sa Mère ! Mais ne pouvons-nous pas dire, chacun individuellement : je suis bienheureux moi aussi, puisque Marie m'est donnée pour mère? Lorsque je suis dans l’afiliction, surtout, et au pied de la croix, Jésus me dit à moi aussi: ‘* Mon enfant, voilà votre mère”—QOui, Marie est vraiment notre mère.

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—Nous pouvons la prier, l’invoquer comme telle, et mettre en elle toute notre confiance, sans crainte de n’en être pas écoutés.

3° PoinT.—En témoignage de son amitié pour saint Jean, Jésus-Christ lui a donné son cœur, et de hautes connaissances sur des mystères incompréhensibles de la religion, sur sa divinité, sur son incarnation, etc. À la dernière cène, Jésus prit de ses mains divines la tête de saint Jean et la plaça doucement sur sa poitrine : c’est là que l'heureux disciple reposa délicieusement et qu'il prit possession du cœur de son Maître. Jésus, en lui faisant cette faveur, lui donna tout ; il épuisa à son égard sa générosjté, puisqu'il lui livra la source même d'où coulent toutes les grâces, tous les biens spirituels. D'abord, en lui donnant son cœur, il l’établit le confident de tous ses secrets, et l’insiitua héritier de tous les trésors de sa sagesse. Car le Cœur de Jésus est la source de toute lumière, de tout: clarté, puisque la plénitude de la divinité y réside, et par là même, tous les trésors de la sagesse et de la science éternelle. En prenant possession de ce divin cœur, saint Jean dut donc entrer en participation de cette science admirable, dont il est comme le réservoir. Il dut être initié à tous les secrets de la génération éternelle du Verbe, à tous les secrets de sa naissance temporelle. Aussi at-il pu ‘dire le grand mot de l'Incarnation au monde ravi de l'entendre. Il a pris son essor comme un aigle, dans sa prédication, il s’est élevé au-dessus de l’armée des Anges, au-dessus de toute puissance invisible, et est parvenu jusqu'à celui par qui tout à été fait. Voilà donc ce qu’eut de pré-

cieux la faveur que Jésus fit à Jean, en le faisant reposer sur son cœur. Il lui permit de plonger dans un océan de lumière ; il réjouit sa vue des célestes clartés.

Mais le cœur de Jésus ne fut pas seulement pour son disciple bien-aimé la source des plus grandes lumières, il fut encore pour lui le principe de la charité la plus ardente. Jean vit à découvert, daus ce divin cœur, l’amour qui embrasait le Sauveur, et qui impreignait ses paroles, ses actions et ses démarches. En s'échauffant à ce brasier, il devint tout brûlant d'amour. Aussi, dans son Évangile, est-il, en quelque sorte, l'historien de l'amour «ze son Maître. Lisez, en preuve, l’'évangile de Lazare, de la Samaritaine, du bon Pasteur, de la brebis égarée... Lisez le discours sur l’Eucharistie, le sermon de la cène tout étincelant des feux de l'amour... Ses Épîtres encore ne respirent que la divine charité.

Ah ! Seigneur, vous me rendez participant du bonheur de saint Jean. Bien souvent l’amour vous fait entrer dans mon cœur par la communion. Vous me faites alors reposer sur votre sein. Oh! faites-m’y puiser comme lui la science des choses célestes et votre saint amour. Enivrez-moi aussi à la source du souverain bien.

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