‹ L'année ecclésiastique et liturgique [microforme]Chapitre 56 sur 204 · FÊTE DE L'ÉPIPHANIE · texte numérisé non relu

FÊTE DE L'ÉPIPHANIE

Après que Jésus fut né à Bethléem de Juda, des Mages vinrent d'Orient à Jérusalem.

(MarTu., LA, 1.)

1° La grâce de l’adoption divine avait été, jusqu’à la naissance du Sauveur, un privilège exclusivement réservé aux enfants d'Israël. Mais le temps était venu où allaient s’accomplir les magnifiques prédictions qui promettaient au Messie toutes les nations pour héritage, où les peuples de toute langue et de toute tribu, d’Orient et d'Occident, devaient voir paraître une grande lumière au milieu de leurs ténèbres et dans ces régions de ia racrt où ils étaient si misérablement ensevelis. La vocation des Mages, ces prémices de la

gentilité, est l’accomplissement de cette vision prophé-

tique des conquêtes de l’Église parmi les gentils ; conquêtes que le prophète Isaïe avait chantées, tant de siècles avant l’événement, par cet hymne de triomphe et de joie : ‘* Lève-toi, Jérusalem, etbrille d’un éclat ‘€ nouveau, parce que la gloire du Seigneur s’est re- ‘ posée sur toi. Les nations marcheront à ta lumière, ‘“et les rois, à la splendeur de tes rayons. Porte tes ‘€ regards autour de toi, et vois tous ces enfants qui ‘te viennent de loin. Dilate ton cœur pour recevoir ‘€ Ja multitude des peuples qui se tourne vers toi, ei ‘ la force des nations qui t'est donnée.” (Épître de l’'Épiphanie, 1, 8.) Une étoile paraît dans l'Orient. Qu'’avait donc d’extraordinaire cette étoile ? Il est vrai

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que Balaam, prophète parmi les gentils, avait vu Jésus-Christ se lever comme une étoile. Plusieurs siècles avant la venue du Fils de Dieu, il avait dit: ‘ Une étoile se lèvera de Jacob, et le Prince sortira « d'Israël.” Il est probable que la prophétie de Balaam s'était répandue dans l'Arabie ; les Mages ont donc pu voir dans cette étoile une figure et comme le signe de la naissance de Jésus-Christ ; mais uneétoile qui ne paraissait qu'aux yeux, ne pouvait les attirer à la crèche du Sauveur; il fallait sans doute que la véritable étoile, Jésus-Christ, se fût levée dans leurs cœurs. À la présence de ce signe extérieur, Dieu les toucha au dedans de sa grâce, et leur donna l’intellivence et le sentiment du mystère qui leur était annoncé.

2° L'étoile des Mages est aussi la nôtre. C'est le signe et la figure de cette grande et abondante lumière qui allait briller sur le monde. Le monde était devenu un abime, les ténèbres le couvraient. Ténèbres dans l'esprit, erreurs les plus grossières au lieu des vérités primitives. Dieu était méconnu, défiguré.—L'homme, sa fin, sa destinée étaient oubliés. Ténèbres dans le cœur et dans la volonté. Là surtout la plaie était profonde. Ténèbres dans les sens, tout était chair et sang. L'âme était plongée dans la boue de la corruption et d’infâmes dissolutions. Une brume épaisse, des tenèbres presque palpables recouvraient ce monde. Une lumière pénètre cette atmosphère. Jésus, soleil naissant, paraît. O Oriens ! Bientôt va briller une douce sérénité, une lumière pure.—C'est celle de la vraie foi.—(Ce soleil fut invisible aux aveugles.—L'étoile

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était aussi la figure des inspirations, des bons mouvements de la grâce. Dans nos ténèbres, notre corruption, notre aveuglement, tournons-nous vers cette étoile, vers Jésus-Christ, véritable Orient, bel astre qui éclaire Ja vérité, la vertu. La lumière se lève dans nos cœurs avec de saintes inspirations, de tendres reproches, et une clarté soudaine.—Allons, marchons où nous conduit la lumière, sans hésiter.—[/'étoile brille duns ces saintes solennités... Allons à Jérusalem et jusqu’à Bethléem.

3° Les Mages arrivent aux portes de Jérusalem : l'étoile disparaît... Là, sont plusieurs mystères. — L'étoile était inutile à Jérusalem, là où brillait la lumière de la loi et des prophètes. La disparition de l'étoile est ici un symbole de l’aveuglement spirituel. Elle figure aussi la bonne inspiration, laquelle disparait par intervalle pour exercer la foi et éprouver la fidélité. Si les consolations étaient durables, si l’on voyait toujours les choses de Dieu et les objets de la foi, comme pendant la ferveur, ah ! il n’y aurait pas de mérite, puisqu'il n’y aurait pas de combats, pas de violence. Mais être invinciblement entraîné par l'attrait de la grâce, c’est la félicité des élus, et non l’état des voyageurs. Douceurs de la piété mêlées de tribulations, c’est dans l’ordre.—Éclairs de bonheur et de joie, puis dégoût, aridités, ténèbres. L'âme éperdue par des épreuves douloureuses, s’avance incertaine dans des voies inconnues... Il lui faut se recueillir alors dans la prière, avoir recours à un directeur éclairé... attendre avec résignation que l'étoile reparaisse.. .

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L'étoile qui s'arrête sur Bethléem et sur l’étable, c'est la grâce qui descend sur les âmes qui la recherchent avec foi et vivacité de désirs.

Retour sur soi-même ; prières et résolutions.

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