‹ L'année ecclésiastique et liturgique [microforme]Chapitre 99 sur 204 · DE PÉNITENCE · texte numérisé non relu

DE PÉNITENCE

Prenons-y garde ; il y a une loi qui oblige à la pénitence tous les enfants d'Adam ; loi portée contre le L'ÉGLI premier homme au moment de sa chute : Quia audis- F tè vocem uxoris tuæ et comedisti de ligno, ex quo præccperam tibi ne comederes, maledicta terra in opere tuo ; ‘ib , at.

in laboribus comedes ex ea cunctis diebus vitæ tux.

(Gen. IT.17). Zn sudore vultus tui vesceris pane, donec revertaris in terrum de qua sumptus es ; quia pulvis es, et in pulverem reverteris (ib., 19); loi proclamée de nouveau dans l'Évangile au temps de la régénération de l’homme : Facite ergo fructum dignum yœnitentiæ (Math., III, 8); loi qui nous lie comme pécheurs, sous peine de la vie, et de la vie éternelle : Nisi pænitentinm habueritis, omnes similiter peribitis (Luc, XHT, 3), loi que nous lie comme chrétiens, pour nous rendre conformes à notre modèle età notre maître.

Une'grande expiation a eté consommée sur le Golgotha. Chrétiens, enfauts de la croix, fruits conçus dans les “échirements et les angoisses du Calvaire,.… disciples d’un Dieu mort dans les tourments,.… fils de roi, mais d’un roi couronné de douleurs ; nés dans la pourpre, mais dans la pourpre de son sang, notre vie ne doit pas démentir notre origine. Le sacrifice du Sauveur a été complet en ce qui regarde la personne et les mérites de la victime ; mais ce sacrifice doit se continuer dans ses membres, qui ne font avec lui qu'un même corps mystique. C’est la doctrine de saint Paul : ‘ J'accomplis ce qui manque à la passion du Christ.” Adimpleo ea quæ desunt passionum Christi.

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L'ÉGLISE VEUT NOUS FAIRE MIDITER SUR LES SOUF- FRANCES DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST.

La mortification des sens est insuflisante pour notre salut, Il faut surtout la componction du cœur. Les

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pratiques de pénitence sont à la pénitence véritable ce qu'étaient les sacrifices anciens des boucs et des génisses comparés au sacrifice d’un cœur contrit et humilié. Or, quoi de plus propre à l’exciter, à l’entretenir, cette componction du cœur, cet attendrissement de l'âme, que la méditation du mystère tendre et terrible de notre rédemption ? Voilà pourquoi l’'Église, dès le mardi de la semaine qui précède celle du commencement du Carême, nous remet en mémoire, dans la fête de la Commémoration de la Passion, le souvenir de ce grand drame sur lequel, vers la fin de la sainte quarantaine, elle doit fixer nos regards et qu’elle offrira pendant plusieurs jours à notre méditation. Jésus-Christ a aimé les hommes à ce point, qu’il est venu sur la terre vivre de leur vie ; il a passé en faisant le bien ; et cette vie toute de condescendance, d’humilité et de tendresse, aboutit à un supplice infâme. Un peuple ingrat et pervers fait au Sauveur un crime de ses bienfaits, et met le comble à ses infamies en versant un sang innocent, et la divine victime est en proie à toutes les amertumes, son âme est triste jusqu’à la mort. Le poids de la malédiction de son Père pèse sur lui de toute sa pesanteur, le ciel est inflexible à ses prières et à ses douleurs. Mon Dieu, mon Dieu, s’écrie-t-il, pourquoi m’avez-vous abandonné ? L'Église espère que nous comprendrons les horribles scènes de la Passion, qu'alors nous briserons les liens qui nous attachent au péché, et que nous consacrerons la sainte quarantaine à les expier.

Elle compte que le souvenir de la Passion, de cette redoutable expiation du péché par la mort d’un Dieu,

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amollira tous les cœurs, et leur fera comprendre combien ce sera une chose terrible pour les âmes coupables, de tomber entre les mains du Dieu vivant. En n’épargnant pas son Fils, il nous a donné la mesure de ce que devraient attendre de lui ceux en qui il trouverait le péché qui l’a contraint d'en user si impitoyablement envers ce Fils bien-aimé. Ces considérations sur la justice divine seront bien propres à faire haïr et fuir le péché, en développant dans les âmes une crainte salutaire, sur laquelle une espérance ferme et un amour sincère viendront s’appuyer comme sur une base inébranlable ; car le Sang du Christ coule pour laver tous les crimes. Pendant le Carême, tous pourront aller puiser aux fontaines du Sauveur, afin que leurs âmes en sortent pleines de vie. Ils pourront effacer les traces de toutes leurs souillures, et être aimés de Dieu du même amour dont il aime son Fils.

Le souvenir de la Passion est, en outre, bien propre à inculquer une importante leçon: c’est que rien de grand ici-bas ne s’accomplit que par la souffrance.

Quiconque veut faire le bien et marcher sur les traces du Sauveur doit, pour arriver au ciel, s'attendre à souffrir. Comme les fils de Zébédée, tous ceux qui veulent faire partie du royaume triomphant de Jésus- Christ, dans l'éternité, doivent s'attendre à boire le fiel qu’il a lui-même bu... Les Apôtres ont souffert. Les missionnaires, dans tous les temps, ont dû souffrir, et ils souffrent encore... Ce n’est qu’à ce prix que la parole du salut a pu germer dans les cœurs et y produire des fruits. Ce n’est qu’à ce prix que le règne de Dieu s'établit sur la terre.

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Enfin, la Passion, le mystère de la Croix, esl une école de sagesse. Les plus simples n ’ont besoin que d'y jeter les yeux pour apprendre la” vraie sagesse, et les savants eux-mêmes n'ont rien de mieux à faire que de l’étudier sans cesse, à l’exemple de saint Paul ; les plus habiles seraient sans doute ceux qui ne sauraient que ce seul livre, et qui le sauraient bien.

Voilà pourquoi l’Église en déroule à nos regards les pages sanglantes durant le saint temps du carême. Elle veut que ce grand mystère de notre rédemption nous soit présenté... pour nous empêcher d'oublier par quel Sang nous avons été rachetés, de quelle pierre nous avons été tirés (Ps. 51, 1) pour entrer dans la construction de la cité de Dieu... Durant ce temps de saint recueillement, ses prières, ses lectures, ses cérémonies ont pour objet les travaux de Jésus-Christ, ses jeûnes, ses tentations dans le désert, puis ses douleurs, ses tourments, sa mort...

Le souvenir de la Passion gagne nos cœurs, en nous. rappelant un amour immense. La Passion c’est un océan de douleurs et d’ignominies pour Jésus-Christ.

. Les plaies de ce Dieu immolé sont les fournaises ardentes où s’embrasent les âmes... où se consomment les sucrifices les plus héroïques... où se surmontent toutes les difficultés... Rappelez-vous, dit saint Paul, celui qui a soutenu une si rude contradiction des pécheurs contre sa propre personne, afin de ne pas

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éché vous lasser ni de perdre courage. (Héb., XII, 3.) a Voilà, d’après lui, l'utilité du souvenir de la Passion. e. Ur:

Aussi, saint Augustin, transporté d'amour, s’écrie : Dieu ,—

‘ Écrivez, Seigneur, vos plaies dans mon cœur, afi digrot

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qu’en elles je lise votre douleur et votre amour : votre douleur, afin que je supporte pour vous toute douleur ; votre amour, afin que je méprise pour vous tout amour.”

‘4 Si tu veux, à homme, croître de vertu en vertu et de grâce en grâce, médite, chaque jour, la Passion du Seigneur.”

‘ Rien n’est propre à opérer une sanctification universelle dans une âme, comme la méditation de la Passion du Christ.”

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