PROLOGUE DB LA PIÈCE
que fait surgir tout à coup et disparaître non moins précipitamment l’actualité d’un jour. Amusantes notations qui, dans l’avenir, ne serviront qu’à rappeler les frivolités d’une période assoiffée de publicité.
Combien clairs, combien menaçants apparaissent ainsi sous la grande envolée des crayons les événements qui préoccupent, qui inquiètent les sociétés actuelles. Telle gravure sur les grèves, sur le réveil du quatrième État, vaut à elle seule les rapports les plus nourris, les in-octavo les plus épais. Là où la littérature argutie, ergote et dévie, l’image crie et bat le rappel.
Et comme, en peu de traits, elle s’entend à résumer admirablement une situation, à synthétiser un événement dont la forme peut être différente suivant le fait, suivant le pays, mais dont la conclusion restera toujours identique!
Battez- vous pour une idée, savez-vous quel sera le résultat de vos batailles? Si vous pouviez vous illusionner à cet égard, le Figaro de Vienne se chargerait de vous renseigner par le crayon de cet artiste à si grande envergure, Juch. Voyez sa mort, aiguisant sa faulx la pipe à la bouche. Image visant les troubles de Belgique, soit; mais image éternelle d’une actualité toujours persistante. Demain, vous pourrez l’appliquer aux troubles des grandes cités, qu’ils aient pour théâtre Paris ou Berlin, Londres ou Vienne, aux attentats anarchistes, en attendant que quelque confia-
FRÈRE HEINZ tl.i Ko(t].
Aiguisant sa faux.
Cela veut dira : le peuple n’est pntcncnro assez mûr; conséquemment le sol doit être engraissé de sang humain.
I Fif/arv, de Vienne, nvril 1893.1 * A propos des troubles de Belgique.
gration européenne vienne agrandir la surface du champ à faucher.
Poliliciens! Au bout de toutes vos discussions frivoles, au bout de toutes vos soi-disant revendications, j’aperçois, hautaine ' et gouailleuse, la mort de Juch, la mort qui aiguise sa faulx tout en fumant sa pipe.
Je viens de parler des attentats anarchistes. Vîtes-vous
jamais contre eux réquisitoire plus éloquent que ces gravures du Charivari oranais et du Tirailleur de Bruxelles ; ces gravures qui lancent le fameux « Et puis après? » éternelle réponse de l’homme qui pense à l’homme qui se lance h l’aveuglette dans l’inconnu, de l’homme qui crée, qui produit, à l’homme qui détruit, uniquement guidé par ces deux mauvaises conseillères, la souffrance et la haine.
Qu’un personnage illustre — tel Mac-Mahon — vienne à mourir et, ici encore, le crayon de l’artiste trouvera la meilleure oraison funèbre qu’on puisse imaginer en le représentant venant s’asseoir au Paradis : « Cette fois, j’y suis, j’y reste. »
Qu’un incident comme celui des grandes manœuvres en Alsace -Lorraine surgisse et, de toutes parts, les crayons de l’autre côté du Rhin s’escrimeront h’ nous montrer « la France rageuse, attirée par l’éclat de celte pompe militaire, désireuse de voir et obligée de se cacher pour regarder. » Cette grande image de tout à l’heure se rapetisse, devient instrument de combat entre les mains d’un parti, se fait l’interprète des haines nationales. C’est l’estampe courante, celle qui s’est mise à la solde de tous les