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MORALITÉ

L'oraison du plus fort est toujours la meilleure.

La g'aîté française, décidément, s'est réfugiée dans les cimetières et c'est le jour de a Toussaint qu'elle tient ses assises. Voici quelques épitaphes cueillies au Père-Lachaise, d'un comique intense auquel ne sauraient atteindre, je le crains, nos plus renommés vaudevillistes.

MARCEL PORGUEZ

Premier tambour de basque de France et artiste d'agilité.

]J)écédé le i.\ décembre 1867, à l'âge de cincpiante-trois ans.

MARIE-THLRÈSE DURAND

Au cercle de la vie, aimante, douce et pure, En esprit lumineux elle nous apparut!

Le don du beau savoir, à sa faible nature Ne pouvant s'accorder, le tout a disparu

Et celle-ci, infiniment suggestive :

Femme BUCLORD à quatre-vingt-sept ans.

Les restes précieux d'une épouse chérie. O toi dont je reçus le premier baiser d'amour, toi qui, par tes caresses, me fis chérir les charmes de l'hyménée, trop tôt tu finis ta carrière, et le sort injuste te ravit à la terre... Dors en paix dans la nuit des temps.

DAVID LÉvy

Inspecteur divisionnaire.

Attends-moi longtemps !

Et enfin celle-ci, de beaucoup la plus savoureuse :

ADOLPHE LEBARROIS

Douze jours.

Les douleurs de sa famille sont aussi grandes que HO vertus promettaient de l'être !

Ees Noîivelles Annales d'Adolphe Brisson

ayant ouvert un concours d'épitaphes, n'ont pu s'empêcher de décerner le prix à ces vers, extraordinairement flatteurs pour elles, et, je me hâte de le dire, très mérités :

Le seul regret que j"ai de n'être plus sur terre, C'est de ne plus goûter le journal littéraire De Sarcey, de Sergine et d'Adolphe Brisson. Mes os, à ce penser, s'agitent d'un frisson.

Quant au quatrain qu'on va lire, j'imagine qu'il a pour auteur un malheureux homme de lettres :

Ah ! pleurez sur mon sort : le diable M'a donné dans l'enfer un logis pito)-ablc.

Il me devait mieux que cela, Lui qui toute ma vie en ma bourse logea.

Enfin, il convient de ne pas omettre l'épitaphe anticipée qu'un ennemi de la maigreur composa pour Sarah Bernhardt :

Artiste applaudie aux deux pôles.

Ci-gît Sarah. qui remplissait

Bien mieux ses rôles

Que son corset.

Dis-moi, muse, la colère du docteur Péan,

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dit u le Rempart de la Forcipressure », et l'ire du docteur Verneuil. dit « le Tombeur de la Pince hémostatique ». Cette lutte à main plate amuse infinimentla galerie. En voici l'origine: le prem.ier de ces deux combattants affirme avoir inventé, sinon la poudre, la méthode qui consiste à pincer les vaisseaux au lieu de les fermer par des ligatures au cours des opérations chirurgicales. Mais son concurrent, un sapeur de réputation pour qui rien n'est sacré, prétend que ce mode d'hémostase remonte aux origines de la chirurgie, c'est-à-dire, sauf erreur, à l'autopsie pratiquée sur Abel par Caïn. Inde irœ. Celui dont on méconnaît la gloire entre en furie et se précipite, un scalpel à la main, sur son imprudent adversaire.

Tout d'abord, il déclare dans le Bulletin médical qu'il aurait peut-être pu se dispenser de répondre à un adversaire qui « a donné en tant de circonstances des preuves manifestes de sa mauvaise foi ». Mais (v à cause de la situation scientifique de son contradicteur », se résout « à s'atteler à une besogne devenue indispensable aussi bien que répugnante ». Et

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il ajoute : <( Jamais le mot, si souvent cité, ne se trouva mieux en situation : Il est des morts qu'il faut qu'on tue ! » Même des morts ! Cet excès de zèle épouvante ! Néanmoins, le docteur Péan a bien fait de « sortir de son habituelle réserve ». .Sa lettre est d'un comique à désarmer les railleries de jMolière.

« Que le lecteur se rassure, proteste-t-il dès le préambule, il n'aura pas à rougir de nous lire; nous ne prétendons pas l'égayer, mais l'instruire. La langue que nous emploierons sera la langue claire et correcte de nos pères, qui vaut bien, à notre avis, le langage des chevaliers du crochet ou l'argot des beaux messieurs de la barrière. Nous resterons aussi éloignés des basses trivialités que des néologismes audacieux. »

Et là-dessus, dans une langue claire, et

correcte donc ! le docteur Verneuil est

comparé à l'un de ces ". chefs de bande qui distribuent le butin de ceux qui ont pillé entre compagnons ». Puis la discussion s'engage. Le docteur Verneuil est vingt fois pris « en flagrant délit d'ignorance ». Il confond la

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forcipressure de nécessité et la forcipressure, procédé de choix. Il ne sait pas la difFérence qu'il y a entre les chirurgiens aplatissetirs et les chirurgiens compresseurs. (Si c'est permis !) Son érudition est mal digérée. Il a dépouillé ses plus illustres confrères. Il est au ban de la profession, etc. C'est une belle polémique, oh! bien belle ! La conclusion de l'iras^ cible chirurgien est terrifiante. Il provoque dédaigneusement son confrère à un match d'autopsie devant une assemblée nombreuse, '< comprenant le plus grand nombre possible de chirurgiens », — le scalpel au peuple. Et voici les conditions de ce grand tournoi médical : « Je vous propose le choix entre les opéra^ tions suivantes... (ici, je coupe — moi aussi — la description de trois épouvantables charcuteries, ablations de tumeurs énormes, etc., etc). Libre à vous d'utiliser tout l'arsenal instrumental de vos cent ancêtres. Je n'aurai, pour ma part, recours qu'à mes multiples variétés de pinces. Prenant en pitié votre embarras, je vous accorde, à la rigueur, le droit de vous servir de mes pinces hémostatiques. >>

Il rend des points. Il se déclare sûr de vaincio.

lo, Péan !

C'est égal, je ne voudrais pas être malade dans le service de ces deux jouteurs !

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