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CHAPITRE III

Le potiron socialiste de l'avenir. — Les faits divers du Chasseur de Chevelures. — Vers nébuleux et prose absconse. — Le chapeau dans ses rapports avec le sentiment. — Maeterlinck dépassé!

Qu'on s'en réjouisse, qu'on s'en alarme — ou simplement qu'on s'en moque — il est indiscutable que le socialisme « coule à pleins bords » et finira par nous submerger. Un député allemand, tout émoustillé à l'idée des ineffables douceurs que nous goûterons au XX* siècle, quand nous mangerons tous dans la grande « gamelle » prédite par Alfred de Musset, risque une description préventive des cuisines nationales.

« Toutes les portions sont d'égale grosseur

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pour tout le monde. On s'est moqué de bon cœur d'un glouton qui demandait un supplément, contrairement au principe de l'égalité sociale démocratique. L'idée d'attribuer aux femmes de plus petites parts a été repoussée, comme contraire à l'égalité des deux sexes et à leur obligation égale de travailler, A vrai dire, les hommes de forte corpulence ont trop peu de la portion ordinaire. Mais pour ceux qui se sont engraissés dans leur ancien bien-être

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bourgeois, il est très sain de se serrer le ventre ; et quant aux personnes qui doivent leur embonpoint à une vie sédentaire, les huit heures de durée maximum du travail leur

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laissent des loisirs pour faire de l'exercice. » Heureusement, j'aurai quitté cette vallée de larmes quand luiront les jours espérés des communistes, où la terre, « comme un grand potiron, roulera dans les cieux » ; mais plaignons nos enfants, cjui mangeront ces ratatouilles égalitaires. Liberté ! Egalité ! Dyspepsie !

11 convient de signaler une heureuse innovation du journal le Chasseur deChevehires, qui, comme son nom l'indique, vient de sortir du cerveau de son fondateur, armé de pied en scalp : « L'information, dit-il, envahissant peu à peu dans les gazettes le terrain réservé — au moins nominativement — à la littérature, pourquoi la littérature ne se glisserait-elle pas, par représailles, dans le domaine de l'information ? »

Un essai loyal fut tenté ; que l'on savoure cette ode-chronique du feu :

Mercredi soir, rumeur terrible A Paris, car le firmament, Discret d'ordinaire et paisible, S'est éclairé lugubrement.

Un feu d'une grande importance Se déclare avec violence Auprès du cirque Fernando ; Voici, sur le lieu du sinistre.

Voici le préfet, le ministre, Et les pompiers du Château d'Eau.

En toute hâte, dans les ombres, Des secours sont organisés ; On retrouve sous les décombres Douze corps tout carbonisés :

Pessard, Fouquier, Faguet, que sais-je ? Comme des oiseaux dans un piège Surpris au fond de leur sommeil.

On nous assure que les pertes Sont presque entièrement couvertes Par le Phénix et le Soleil !

J'ajoute qu'au point de vue des informations cette gazette est la seule qui puisse fournir, quelle que soit la température, des faits-divers intéressants, des écrasements de personnages haut placés, et autres drames passionnels d"une bonne complication.

Commettrai-je une indiscrétion en révélant que moi-même, barde indigne, j'ai passé quelques nuits à élaborer, pour le prochain nu-

méro, certain récit dont voici le début, qui peut consoler les amateurs de bonne littérature du trépas de Victor Hugo :

Fait-divers. — La nommée Adèle B..., modiste, Demeurant ^-^i, rue Oberkampf, et qui, Depuis deux ou trois jours, paraissait assez triste. Vient de s'asphyxier avec son choubersky.

Plus qu'un mot : le Chasseur de chevelures comporte un rédacteur vénal (deux francs le

ligne) et un rédacteur intègre (on traite de gré à gré). Tout permet d'espérer que je serai prochainement nommé gérant irresponsable.

Quelques vers perpétrés par ISE. Stalnoé dans VArt 5<9r/û'Z. Je veux espérer que l'auteur ne les a pas conçus sous l'influence fâcheuse qui rendit cher aux buveurs le nom de son illustre aïeul cenophile... Stal-Noc, vif honus, pJantavit vineam.

Marbres alambiquûs de nos espoirs déçus Interprétant au mieux le lendemain morose ; Voiles inconscients des non vrais aperçus Sur les projections où notre rien je pose : Eclipsés, sur l'azur des rétines tissus. Et sont pareillement fendus de couperose Mes globules de sang, impollus que conçus Au matin radieux de ta nudité rose.

Un peu de prose^ maintenant, prise dans la Revue Blanche ; auteur, M. Charles Sluyts :

Et 1 ambiance enveloppa de sa fumée sédative no.^ corps en, qui sait, d'identiques cercles de désirs ; mais

évoluant entre d'autres axes, ils distrayaient Tellipse qui aurait pu marier les orbes de leurs ondulations, et nous mener vers des accords sensoriels, s'éployant avant leur rationnel périple.

Il y a des gens qui lisent ces choses, qui les admirent, il y en a peut-être qui les comprennent. Ceux-là, oh ! ceux-là, comme je les vénère !

jNI. Bué gratifie le Journal de la Sanlé d'une étude qui serait mieux à sa place, semblet-il, dans le Moniteur de la Chapellerie, intitulée : « Le Chapeau dans ses rapports avec le sentiment. » Les jeunes filles devront la lire, l'étudier, se pénétrer des renseignements qu'elle contient, et n'accorder leur main qu'à des fiancés chapeautés comme doivent l'être, selon Bué, des hommes capables de devenir des maris sortables.

Axiome : Toute coiffure est dans le secret de celui qui la porte.

Un axiome n'ayant, par définition, nul be-

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soin d'être démontré, M. Bué s'empresse de démontrer celui qu'on vient de lire avec complaisance et, si j'ose ainsi dire, avec bz/éatitude.

Le sensitif actif, chapeau incliné à droite, est ardent, exubérant ; il procède par sensations fugaces, vives, irréfléchies. Il brise, se répand, divise. Il court aux aventures faciles. Il éparpille ses secrets à tous les vents ; la chaleur du sentiment, la succession trop rapide de sensations et de passions véhémentes le poussent à ne poursuivre que la satisfaction de ses désirs. Il aime à la hussarde. En amitié, il n'est pas plus fidèle ; il n'a ni la religion du souvenir, ni celle du passé, et la reconnaissance est inconnue à son cœur.

Considérez que le sensitif actif, en se coiffant à droite, se coiffe, comme on dit vulgairement, en casseur d'assiettes.

Quelle différence avec l'homme qui se coiffe à gauche — le passif! Ses sensations moins promptes passent par le contrôle du jug^ement, elles s'affinent, deviennent durables, profondes, s'épanouissent en mille nuances délicates d'idéale sentimentalité. L'homme qui se

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(oiffe à gauche réussit, arrose et féconde.

En amour, il est toute pureté, il ne livre pas le secret de son âme, il est discret, pudique, timide. 11 est esclave de ses sympathies et de ses antipathies. Il ne se livre pas au premier venu ; son accès est sévère. « Il a quelque chose de pointu, » dit M. Bué. On peut compter sur la loyauté d'un tel homme, sur sa courtoisie et son dévouement.

]\Iais il n'est pas sans défaut. La juste pondération est l'apanage de celui qui ne se coiffe ni à gauche ni à droite. Sur les mérites de ce phénix, qu'il a étudié avec une patience de b//énédictin, l'auteur ne tarit pas :

Celui-là seul ne se laisse pas emporter par les exagérations du sentiment; il a la perception juste des droits et des besoins de chacun, qui lui inspire la bienveillance et l'abnégation ; il a l'instinct de la stabilité et de la fi.xité ; la fermeté lui donne la résolution, la persévérance et la suite dans ses projets. En amitié, il est loyal et sincère ; en amour, il veut plus que l'amour : dans la femme qu'il aime, il prétend avoir une compagne, car il ambitionne les joies calmes de la fa'mille et réclame les devoirs sacrés de la paternité ; dans l'accomplissem.ent de ses vœux, il a cette foi vive, cette con-

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fiance absolue qui sont les si puissants auxiliaires du vrai courage ; TEspérance, qui stimule les efforts en écartant le Doute, le guidî et le soutient dans les entreprises, partout où il y a luttes ou hasards à courir. Le chapeau du coiffé droit, c'est la conciliation et l'union des deux sans'.tifs extrênaîs dnns la Justice et la Raison.

Plus qu'un mot, à l'adresse de mes lectrices, mais un mot qui a bien so;i importance : — Je me coiffe droit !

M. Maeterlinck forme des élèves qui n'ont pas tardé à dépasser la flamingande maeterlincocasserie de leur maître, si l'on juge d'après ce délicieux échantillon shakspeariforme, publié par le Mercure de France, Cela s'appelle la Princesse Eliacine.

Accoudôs au balcon de pierre, où deux paons versicolores s'embrasent d'un suprême rayon, Daniasccnus distraitement refjarde vers un invisible clocher que voilent des peupliers; Eliacine effeuille son bouquet de marjolaines, et les (leurs incroyables tournoient et tombent sur l'eau verte qui les

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bei'ce. La Nourrica, assoupie, a laissé choir les laines qu'elle tricotait. Le chien Sardanapalc s'est couché à ses pieds.

LA PRINCESSE ÉLIACINE

Entendez-vous sonner les cloches?... Entendez-vous sonner les cloches ? Entendezvous sonner les cloches ?

LE PRINCE DAMASCENQS Vous entendez sonner les cloches ?

LA PRINCESSE ÉLIACINE J'entends sonner les cloches.

LE PRINCE DAMASCENUS Vous entendez sonner les cloches ?

LA PRINCESSE ÉLIACINE

J'entends sonner les cloches dans l'iiir du soir et dans ma tête.

LE PRINCE DA:\IASCENUS Les cloches sonnent dans l'air du soir et

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dans sa tète!... Vous entendez sonner les

cloches ?

LA PRINCESSE ÉLIACINE

J'entends sonner les cloches dans l'air du soir et dans mon cœur... N''entendez-vous pas sonner les cloches dans votre cœur, Damascenus ?

LE PRINCE DAMASCENUS

Eliacine,êtes-vous bien sûre d'entendre sonner les cloches? Le soleil n'est pas couché. Les cloches n'ont pas encore sonné l'Angélus.

LA PRINCESSE ÉLIACINE

Les cloches de l'Angélus ont sonné dans ma chair, et ma chair tremble comme la robe des cloches, quand les cloches ont sonné l'Angélus... N'entendez-vous pas sonner les cloches, Damascenus? N'entendez-vous pas sonner les cloches dans votre chair ?

LA NOURRICE, rêvant La mariée s'avance au son des cloches...

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Les cloches, les cloches de la mariée... Mon bavolet s'en est allé avec le son des cloches.

LA PRINCESSE ÉLIACIXE

Elle entend sonner les cloches et vous ne les entendez pas, Damascenus?... Mais répondezmoi donc! Entendez-vous sonner les cloches?

LE PRINCE DAMASCENUS

Pourquoi voulez-vous que j'entende sonner les cloches ? Ce n'est pas l'heure où l'on entend sonner les cloches... Vraiment, Eliacine, vous entendez sonner les cloches ?

LA PRINCESSE ÉLIACIXE

J'entends sonner les cloches dans l'air du soir et dans mon âme... Ah ! Damascenus, ne les entendez-vous pas sonner, les cloches ?

LE PRINCE DAMASCENUS

Personne n'entend sonner les cloches. Les gens n'entendent pas sonner les cloches. Les bêtes n'entendent pas sonneries cloches. Sardanapale n'entend pas sonner les cloches. Ce

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n'est pas l'heure où l'on entend sonner les

cloches.

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