LES ANDES
ne dififère que de quelques minutes de celle que j avais déterminée précédemment. Cette direction se trouve ainsi représentée, avec toute Pexactitude que comportent les observations, par le 26» bissecteur de votre tableau des cercles du réseau pentagonal *.
Bien que je n^aie pu découvrir aucun fossile caractéristique dans les grès et les schistes maclifères qui sont en contact avec le granité, ]a comparaison de ces roches avec celles du terrain devonien de la Bolivie, leur situation au-dessous non-seulement du grès rouge , mais encore d'une petite formation carbonifère qui lui est inférieure, me font croire qu'ils appartiennent à la môme époque, qui serait par conséquent celle du plus ancien soulèvement dont le Chili m'ait offert des traces.
Le volcan d'Ântuco, qui avait eu une petite éruption Tannée dernière, ne projetait plus aucune matière solide, mais laissait échapper encore une épaisse colonne de fumée. J'ai profité de cette circonstance pour pénétrer dans le cratère et recueillir les produits de ces émanations, autant du moins que me le permettaient les appareils très-simples dont je pouvais disposer. L'acide chlorhydrique se produisait en telle quantité, que ce n'est qu'en profitant de quelques fortes rafales que j'ai pu m'approcher des ouvertures d'où il s'échappait.
Je m'occupe actuellement de l'analyse de ces différents produits, et j'espère avoir bientôt le plaisir de ,vous en communiquer les résultats.
Avant de nous éloigner de cette région , nous mentionnerons encore un mémoire lu récemment par M. Cléments Markham à la société d'Ethnologie de Londres, sur la distribution géographique des tribus du bassin de l'Amazone. Un travail de M. Markham sur celte région et sur un tel sujet ne peut être que d'un haut intérêt*. Celui-ci n'a pas encore été publié , que nous sachions ; nous n'en connaissons qu'une courte analyse.
1. Ce cercle passe au point H situé au nord-ouest des Açores et au point D de la Chine. II traverse la partie septeptrionale de la Laponie. (Voir Comptes rendus, t. LVII, p. 128, séance du 20 juillet 1863.)
2. Sur les publications antérieures de M. Cléments Markham, voir notre Année précédente, p. 156.
314 AMÉklQUE DU SUD.
Le catalogue de M. Cléments Markham est disposé par ordre alphabétique ; il comprend les tribus de la vallée de l'Amazone et de tous ses tributaires. L'auteur y 'a fait entrer non-seulement les tribus dont il a eu une connaissance personnelle, mais aussi toutes celles dont le nom est mentionné par les voyageurs, à partir des plus anciens. Au nom de chaque tribu est rattaché l'indication des auteurs ou des voyageurs qui en ont parlé, et la désignation du territoire où elle a été mentionnée. Les noms rangés dans la liste s'élèvent à plus de 800 ; mais il y a beaucoup de mentions multiples par suite de la diversité d'orthographe. Un certain nombre de tribus anciennement mentionnées n'existent plus, sans doute, ou se sont portées vers d'autres demeures actuellement inconnues. Au total, le travail de M. Markham sera très-utilement consulté, concurremment avec celui du D"" Martius (voir notre Année précédente, p. 149) dans toute recherche dont les indigènes du Brésil et du Pérou oriental pourront être l'objet.
S 2. La colonisation européenne. L'or et la culture du toi. Un doonmant de statistique agricole sur le Venezuela.
Au nord de la région équatoriale de l'Amazone où nous place le travail ethnologique de M. Markham, se déroule la région fluviale de TOrénoque remarquable par les particularités de sa disposition physique. Le vaste territoire que rOrénoque traverse et que sillonnent ses nombreux affluents se nomme le Venezuela ; c'est aujourd'hui une des neuf républiques entre lesquelles s'est distribué, dans l'Amérique du Sud, ce qui fut autrefois l'Amérique espagnole. Une chose entre toutes manque à ces nombreux États qui se déploient sur de si larges espaces et oii la Providence a prodigué tant de dons •précieux : ce sont des bras pour cultiTor le sol, et transformer en riches produits Texubérance aujourd'hui perdue de sa fécondité naturelle. Tous les regards.
tournés vers le Vieux Monde^ appellent à eux le trop plein de la population nécessiteuse de l'Europe , lui montrant les espaces infinis de leurs terres inoccupées, où le bien-être est assuré rien qu'au prix d'un peu de travail. Des Prairies duMississipi aux Pampas de la Plata, le même vide sollicite un secours semblable ; le même appel se fait partout entendre : des colons ! des colons d'Europe 1 La plupart des publications ont surtout pour but de mettre en relief les immenses ressources de ce sol presque vierge encore après trois siècles et demi d'occupation, et d'attirer vers les terres à culture le courant d'émigration qui se porte vers les pays aurifères. L'avenir est à la colonisation agricole , parce que là est la force et la vraie richesse. Et qui peut dire ce que sera l'Amérique, lorsqu'une population laborieuse répandue sur les espaces immenses aujourd'hui abandonnés aux forêts ou aux steppes, livrera aux prodiges de l'industrie ou à l'activité des échanges les produits actuellement enfouis dans un sol inoccupé?
Voici le Venezuela, un pays deux fois grand comme la France, et qui n'a pas un million d'habitants I Quelle position, cependant, pour le commerce, et quel champ pour la production I Le document suivant transmis par nos consuls et que nous trouvons dans les Annales du commerce extérieur (n° 1547, mai 1864), on donne une faible idée :
Les principales richesses que le c'ommerce et rémigration pourraient exploiter dans la Guyane vénézuélienne consistent dans les mines d'or du Yuruari (missions espagnoles à l'est du Caroni), qui, découvertes en 1849, furent à peine exploitées jusqu'en 1858. A cette époque, le vice-consul de France à Ciudad Bolivar fut envoyé par le gouverneur de la province pour reconnaître les dépôts que Ton venait de découvrir sur la rive droite du Yurari et sur lesquels on faisait de grands récits. Il constata que les nombreux bancs ou amas de quartz qui se montraient par affleurement, présentaient des filons irréguliers d*or disséminé dans la roche. Les mines d'or prirent alors un nouvel essor ; car , outre les lavages de la rivière et
des dépôts d'argile aurifère de la montagne , l'exploitation du quartz devenait une branche de l'industrie minière. Des compagnies se formèrent pour Texploiter, et des personnes influentes s'occupent encore d'en former une sur une échelle assez vaste et des bases assez solides pour en assurer le succès. Déjà les régions aurifères se peuplent; un grand village appelé la Nouvelle-Providence offre, au milieu des forêts, à 280 kilomètres de Bolivar , toutes les ressources possibles aux mineurs entreprenants. Le gouvernement vénézuélien ayant grevé l'or extrait de ces mines d'un droit de 10 pour ipo, cet or échappe au contrôle. Ce qu'il y a de certain, c'est que leur exploitation est un puissant élément de richesse pour cette province, et que le commerce de Bolivar a pu, grâce à ces mines , supporter la crise commerciale que la guerre civile a causée.
La Guyane vénézuélienne est un pays neuf et peu connu. Cette région est aussi saine qu'un pays intertropical peut l'être; on y rencontre peu de terrains bas et marécageux. Elle est généralement formée de terrains élevés , de plateaux , de collines , de vallées et de montagnes, disposés de manière à permettre d'établir de faciles voies de commimication. Le coton, comme on le verra ci-après, y trouverait un terrain et un climat des plus favorables, ainsi que le prouvent les essais faits par les Espagnols et ceux qui se poursuivent actuellement. La canne k sucre, le café, le cacao, l'indigo et le tabac y réussissent parfaitement; dans l'intérieur, les cannes ont, sous l'influence de la culture , 9 centimètres de diamètre, et atteignent jusqu'à 5 et 6 mètres de hauteur ; elles sont d'un goût des plus agréables. Il suffit en ce pays, pour profiter des avantages du sol , de savoir choisir le terrain propre au genre de culture que l'on se propose. Le coton viendra très-bien dans les terrains un peu secs, élevés et sablonneux; la canne à sucre donnera un bon résultat dans les terrains un peu plus gras ; le cacao croîtra admirablement dans les terrains humides et ombragés ; enfin les plateaux, les vallées, les collines et les montagnes de la Guyane offriront des terrains, des hauteurs et des climats divers à tous les genres de culture, même à celle de nos céréales , ainsi qu'on peut le voir aux environs de Caracas et dans la province de Merida.
Les vastes forêts que Ton rencontre à toutes les hauteurs dans la Guyane, sont riches en produits naturels. On y trouve en abondance des bois de construction et d'ébénisterie dont les couleurs sont variées à l'infini. Des amas considérables d'A^vcos fournissent la gomme élastique sur le plateau du Rio Negro
et sur le cours duParagua et du Ventuarî. La fève de Tonquin et la vanille, que Ton rencontre partout, et qui sont d'une trèsbelle espèce dans les forêts de PÂro et du Caura , peuvent être exploitées sur une grande échelle. On rencontre aussi quelques espèces de quina à de faibles hauteurs , et l'exploration des hautes montagnes de ces contrées amènerait certainement la découverte de forêts de cet arbre précieux. La salsepareille et le baume de copahu peuvent devenir l'objet d'une exploitation lucrative , car ces deux produits végétaux abondent partout. La Guyane offre encore divers baumes, des huiles de palmier et une foule d'autres produits.
La Guyane vénézuélienne, dont Giudad Bolivar est la capitale, offre partout, d'après Tavis des agriculteurs, des terrains propres à la culture du coton. On le voit prospérer dans les lieux les plus arides en apparence , où toute végétation périrait, à Texception de quelques plantes comme le chapparro ( caroiela americana), Vasclepia syriana , le jatropha urens, le croton trilobatum , le merey (cassuvium pommiferum) , quelques euphorbiacées, eupatoires et cactus, toutes plantes des terrains secs et arides. Les Espagnols, qui connaissaient cette disposition favorable du terrain, avaient établi de grandes cultures de coton autour de la ville et à quelques lieues de distance. La guerre de l'indépendance ruina toutes les plantations , et maintenant on ne trouve plus sur les lieux que les rares arbustes de coton qui se sont propagés d'eux-mêmes et dont les indigènes tirent la matière qui leur sert pour tisser leurs hamacs et pour d'autres usages domestiques. Le climat de la Guyane, du moins sur une vaste étendue, est d'ailleurs très-propice à la culture du coton. Les saisons y sont assez réglées pour en faciliter la récolte : les pluies n'y sont jamais excessives et l'on n'y voit jamais d'ouragans. Les espèces de coton revenues à l'état sauvage sont belles, et le deviendraient devantage sous l'influence do^la culture. Une de ces espèces offre une graine noire et lisse, facile à séparer de son coton ; dans une autre espèce, la graine est grise ou bleue, et velue. Le coton de cette espèce est très-fîn et très-beau ; mais il est aisez difficile d'en dégager la graine. Il existe aussi une variété dont le coton est jaune.
La culture du coton est donc à peu près nulle aujourd'hui dans cette province, bien que la hausse énorme du prix de cet article ait engagé quelques propriétaires à tenter d'en relever la production.
S S. La république Argentine. Explorations nombreuses. Publications importantes. Le D' Martin de Moussy.
Si Doas n'avions consulté <jue le nombre et Timportance des publications, nous aurions inscrit cette année la république de La Plata *■ en tête des pays américains. M. Benjamin Poucel a publié, sous un titre presque romanesque (n° 251], un récit qui n'en est pas moins un fragment très-sérieux de sa longue étude du pays, en même temps que la pierre d'attente d'un ouvrage plus exclusivement géographique dont il a déjà donné les premiers chapitres*. M. Hutchinson, consul britannique à Rosario, a communiqué à la Société de géographie de Londres la relation d'une course fort intéressante à travers plusieurs provinces de la République, et particulièrement dans le bassin du Rio Salado , rivière considérable qui vient du nord-ouest et va se perdre dans le Parana inférieur'). M. Burmeister,. l'explorateur bien connu de ces coiitrées australes de l'Amérique, a parcouru aussi et décrit la même vallée (n^ 250).
Nous aurions à nommer encore d'autres voyageurs étrangers ou rcgnicoles ( n°' 252 et 253); mais un no^L domine tous ces noms : c'est celui du D' Martin de Moussy. L'ouvrage dont ce savant vient (sauf l'atlas) de terminer la publication (n'^ 244) est un des plus remarquables et des plus complets qui aient été écrits sur aucune partie du Nouveau- Monde. Fruit d^une longue résidence dans Iq pays et de nombreuses investigations personnelles, en même temps que de la connaissance approfondie des sources locales, c'est
1. Ou, comme nous disons communément en français, par une traduction du nom espagnol, la république Argentine.
^. Voir notre Année précédente, p. 153.
3. La communication de M. Hutchinson n'est connue encore que par l'analyse qu'on donnent les Proeeedings de la société de Londres, vol. VIII, u-o, p. 163.
RÉPOÔLIQUE ARGENTINE. 319
tout. à la fois une relation et une description scientifique. La géographie, rhistoire naturelle, l'ethnographie, l'histoire, la statistique, l'économie sociale, rien n'y est omis de ce qui concourt à la parfaite connaissance d'un pays et d'un peuple. Ce n'est pas par des extraits partiels que Ton peut faire apprécier un pareil livre; nous nous bornerons à quelques passages de l'introduction , qui en font bien connaître la nature et les sources.
L'ouvrage est le résultat d'un séjour de dix-huit années dans le bassin de La Plata.
Parti de France en avril 1841 , l'auteur n'y est revenu qu*en juin 1859. Des instructions de l'Académie des sciences et d autres corps savants lui furent originairement d un grand secours pour la direction de ses recherches; plus tard, une mission expresse du gouvernement argentin lui fournit tous les moyens de les poursuivre d'une^ manière aussi complète que possible. Cette mission avait pour objet de décrire exactement toute la partie du bassin de La Plata qui appartient à la Confédération Argentine ; de l'examiner principalement au point de vue du climat et de la constitution physique du sol, aussi bien qu'au point de vue de la production agricole et industrielle , sans négliger les grands faits de l'ordre moral et de l'ordre économique, non plus que le but éminemment pratique que le gouvernement a surtout en vue, qui est d'amener le peuplement par l'immigration. Laissons maintenant parler l'auteur :
Nos explorations embrassent les quatorze provinces de la Confédération argentine ; elles nous ont coûté quatre années entières de voyages. C'est dire que nous avons parcouru le pays dans tous les sens.
-Treize années de séjour dans la Bande-Orientale nous avaient préparé à cette entreprise. Après avoir terminé à Montevideo les études que nous nous étions imposé de faire sur cette partie du littoral, — et qui consistaient principalement à recueillir un assez grand nombre d'observations pour en déduire les rapports de
320 AlIERIQUE DU SUD.
la météorologie de cette région avec les constitations médicales,— nous eûmes l'ambition de visiter, dans un but d'ezplolation géographique, tout le bassin de La Plata. Le gouvernement argentin, auquel nous fîmes part de nos vues, les accueillit avec une bienveillance extrême, et, grâce à son concours, nous pûmes accomplir ce grand projet.
Parti de la ville de Parana, en mars 1855, nous traversons d'abord PËntrc-Rios par Nogoya et Gualeguay, et nous nous arrêtons quelque temps à Gualeguaychu, ville commerçante sur la rivière de ce nom.
Là, nous eûmes soin d'établir un observatoire confié à une personne intelligente, qui, pendant toute la durée de nos voyages, a eu la patience d'exécuter, jour par jour, des séries d'observations destinées à servir de points de comparaison avec les nôtres.
Cette précaution prise, nous nous dirigeons vers la ville de rUruguay; et remontant le fleuve de ce nom dans presque toute sa longueur, nous visitons successivement toutes les petites villes échelonnées sur se» bords : Paysandu , le Salto et la Gonstitucion, dans la Bande-Orientale.; la Concordia, la Federacion, dans l'Ëntre-Uios ; l'Uruguayana, Itaqui et San Borja, dans la province brésilienne de Rio Grande ; Monte Gaseros , la Restauracion, Santo Tome, dans celle de Gorrientes.
Nous quittons le fleuve là où cesse actuellement sa navigation, c'cst-à-dirc à près de 200 lieues de son confluent avec La Plata; et après avoir travci*sé le désert des Missions, nous pénétrons dans le Paraguay par l'ancienne mission d'itapua, où les défiances inattendues du président Lopez nous forcent à séjourner un mois. Nous parcourons ensuite cette belle contrée en visitant Santa Rosa , San Ignacio Guazu , .Santa Maria de Fé, trois anciennes Missions jésuitiques encore existantes ; puis Gaapucu,Itay fondées par des missionnaires franciscains, et nous arrivons enfin h l'Assomption, capitale du Paraguay.
De l'Assomption, nous descendons le fleuve Paraguay jusqu'à GoiTicntcs, sans négliger les villages de Lambaro, San Antonio, Ipane, la ville de Nembucu et Là forteresse d'Humaita.
De la ville de Gorrientes, où nous séjournons quelque temps, nous traversons la région du nord et les pittoresques et riches départements de Lomas et do San Gosme , jusqu'à Itati ; puis, redescendant vers BcUa Yista, nous entrons dans l'intérieur de la province par les beaux villages de Saladas, Mburucuya, jusqu à la ville do Gaacati. Do retour à Bella Vista, nous navi-