‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 111 sur 368 · M. MARTIN DE MOUSSY DANS LA PLATA · texte numérisé non relu

M. MARTIN DE MOUSSY DANS LA PLATA

Cette route nous met dans les plaines élevées de Jujuy, qui se continuent avec le plateau bolivien , et nous gagnons enfin Humahuaca,la dernière ville argentine vers le nord. Là, seulement, nous soiigeons au retour, mais par des voies nouvelles.

La longue vallée d'Humahuaca nous mène à Jujuy, et Jujuy à Salta. De ce dernier point, obliquant encore à l'ouest par Tétroite et curieuse Quebrada del Escoipe • , nous nous élevons sur les hauts plateaux del Obispo , d'où nous gagnons le pied du Gachi, qui, bien que situé sous le tropique, ne se dépouille jamais de ses neiges.

Nous suivons la vallée de Calchaqui, célèbre par ia guerre des premiers colons contre les redoutables Indiens dont elle a pris le nom, vallée aujourd'hui la plus tranquille et la plus sûre de tout le territoire argentin. Nous visitons Molinos, passage obligé pour la cordillère de San Francisco, San Carlos, Cafayate, renommés pour leurs vins, et nous nous arrêtons quelque temps à Santa Maria, que l'industrie des mines de cuivre fait prospérer.

Nous examinons ce district minéral comme nous avons examiné ceux de San Luis, d'Uspallata, de Famatina; et rentrant dans la province de Catamarca, nous remarquons la jolie situation de Fuerte de Andalgala, le bel établissement de Guasan que les jésuites y ont laissé, et le curieux désert salin qui remplit le centre du grand bassin formé par les contreforts variés des Andes.

D' Andalgala, nous pénétrons dans le massif de l'Aconquija, et une fois sur le versant oriental nous éprouvons la transition subite et extraordinaire d'un cliiuat absolument sec à un climat humide et pluvieux en cette saison.

D'exécrables chemins nous. rendent aux plaines de Tucuman, parées de leur admirable verdure printanière. Nous quittons à regret cette cité hospitalière etanimée, oti l'on est fout surpris de rencontrer une véritable colonie étrangère à trois cents lieues dans l'intérieur des terres, et nous arrivons à Santiago del Estero, ville calomniée où le voyageur trouve un accueil aimable et joyeux, une population douce et prévenante.

De Santiago, une roule longue et monotone nous conduit à Gordova, capitale ancienne et ville centrale, qui a pour elle le passé et l'avenir.

De ce point, nous décrivons, pour y revenir bientôt, un vaste

1. On entend par qriehrada \me vallée très-étroite, une gorge.

cercle dans la môme province ; et visitant les restes des établissements des jésuites', les vallées supérieures de la sierra, les versants occidentaux qui regardent les salines de la Rioja , nous examinons les gisements argentifères exploités* en divers endroits, et les mines de cuivre travaillées depuis quelques années. Du sommet isolé du pic volcanique de la Yerba Buena, nous retrouvons dans un horizon lointain les pointes de la sierra de San Luis, que nous avions vue dix-huit mois auparavant, ainsi que les profils de celle des Uanos *. Les froids plateaux des Âchalas, que nous traversons en un jour par une marche forcée, nous rappellent, moins la sécheresse, les plaines de la puna de Jujuy *.

De Gordova, où nous sommes rentré , un voyage rapide à travers la pjampa^ nous ramène à la ville de Rosario, que nous trouvons presque doublée depuis notre départ. Une pampa pareille à la précédente , mais égayée de temps à autre par la vue des arbres q ui croissent sur les rives du Parana , nous conduit ensuite à Santa Fé, que le voisinage de la coloftie agricole de la Ësperanza a tirée enfin de sa longue torpeur. La sieste, cette coutume que nous avions vue, en \Sbk , régner si despotiquement dans cette ville dormeuse, parait sérieusement ébranlée, et les étrangers commencent à y affluer en asses grand nombre.

Nous quittons Santa Fé pour traverser encore le Parana,

1. Nous avons cité et nous citorons souvent encore les établissements des jésuites, dit M. Martin de Moussy. C'est que les créatioos de cet ordre, dans la Plata, l'emportent tellement sur toutes les autres par rintelligencc avec laquelle elles avaient été fondées, l'esprit d'ordre et de biiitc qui présidait à leur direction, qu'il est impossible de ne pas leur rendre justice.

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