‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 12 sur 368 · FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

FIN DE LA TABLE ANALYTIQUE

Voici notre troisième voyage annuel autour du Monde et autour de la Science.

Parfois, dans les jours de rêverie où l'imagination ainie à courir à travers le passé d'une science aimée, je me suis figuré que TÂntiquité nous avait laissé une de ces Revues annuelles telles que notre époque les recherche, où Ton nous ferait connaître, en quelque sorte jour par jour, les livres qui se publiaient à Rome, en Grèce, dans rionie, en Egypte dans la capitale des Ptolémées, en Syrie dans la cité des Séleucides, et plus loin encore dans les autres centres de TAsie macédonienne; où l'on nous dirait quels peuples nouveaux les expéditions militaires avaient fait connaître aux limites extrêmes de ce qui était alors le monde policé ; où l'on nous parlerait des voyages que des curieux (tous les siècles ont eu des Pythéas et des Eudoxe), des marchands, des hommes de mer, auraient faits au cœur de l'Asie, ou dans les mers à peine connues de la Taprobane, de la Chersonèse d'Or ou des Sines, ou vers les solitudes arides de l'Ethiopie, si riches en légendes, ou bien encore sur les côtes redoutées de la Maurétanie, par delà les lies Fortunées, ou dans les mers qui baignaient, aux extrémités du Nord,

les plages barbares de la Bretagne et de la Germanie. Que ce tableau surtout nous fût arrivé signé d'un Cornélius Nepos , ou d'un Pomponius Mêla , aviec quelle avi* dite nous le recevrions aujourd'hui, et quelle place nous lui ferions au milieu des trop rares documents qui nous initient à ces travaux, à ces découvertes préméditées ou accidentelles, et surtout aux impressions qu'elles éveillaient chez les contemporains d'Auguste et des Césars!

De pareils livres n'étaient guère dans le génie de ce temps; ils sont devenus une des nécessités du nôtre. Mais aussi combien le monde s'est agrandi, et le sujet avec lui 1 La Méditerranée, qui était la Mer par excellence et le centre du monde romain, n'est plus en quelque sorte qu'un grand lac, — le plus beau, le plus riche, le plus vivant des lacs du globe, mais enfin un lac à demi perdu dans l'immensité de la mappemonde actuelle. Et en même temps que l'homme, ou, pour mieux dire, l'Européen, a pris, depuis trois siècles et demi, possession de la terre entière dont les Anciens ne connurent qu'une petite partie, des rapports chaque jour plus intimes se sont établis entre les nations européennes et le reste des peuples qui couvrent les autres continents, rapports de commerce, de politique, de guerre aussi trop souvent, mais qui profitent toujours à la civilisation.

Préoccupation constante des sociétés modernes, la science marche de pair avec ce prodigieux mouvement. Elle le devance parfois et le prépare, mais toujours elle en recueille le fruit. Compléter l'exploration de notre planète, en perfectionner l'étude, et mieux faire connaître aussi les peuples qui l'habitent, est aujourd'hui une des plus nobles pensées des grands gouvernements; c'est la gloire à laquelle aspirent une foule de voyageurs et de savants, ceux-là à travers les hasards des courses lointaines, ceux-ci dans les studieuses investigations du cabinet et l'incitation des travaux académiques. C'est de cette disposition; dont un enchaînement de causes di-

verses a fait un des traits caractéristiques de notre épo^ que, que sont nées, depuis le comtnencement du sitele actuel, les expéditions multipliées et les admirables découvertes qui ont tant agrandi le champ de Fancienne histoire et le domaine des sciences géographiques.

Autrefois de longs intervalles séparaient les grandes entreprises, les découvertes importantes; aujourd'hui les voyages» les explorations, les découvertes, et aussi les études qu'elles développent et qui les fécondent, se suivent et se pressent sans trêve ni repos. Chaque année nous apporte maintenant plus de livres, plus de travaux, plus de résultats, — j'entends les résultats sérieux et les livres qui marquent, — que du temps de nos pères n*en produisait une génération. Les efforts individuels n'ont pas suffi à la tâche : une multitude d'associations savantes se sont formées au-dessous, et parfois à côté des Académies, pour activer les recherches par une action commune, Jes éclairer par la discussion, les propager par la publicité. La publicité prompte et complète est devenue un besoin de tous; c'est la vie de la science aussi bien que des états politiques.

Aider à ce puissant moyen d'instruction, dans la mesure de notre pouvoir et de nos forces, a été, il y a trois ans, la pensée inspiratrice de Y Année géographique. D nous parut qu'un auxiliaire de ce genre pouvait et devait rendre un service réel à une élude dont on proclame volontiers la place élevée et l'extrême importance dans le cercle des études historiques, mais qu'on néglige fort dans la pratique,^il faut le dire. La France est, avec l'Angleterre, la nation qui a le plus fait au dehors pour l'avancement des grandes découvertes; et cependant l'enseignement géographique, surtout le haut enseignement, y est dans un état d'insuffisance notoire, qui nous laisse aujourd'hui sous ce rapport, nous qui * Âïmes autrefois les initiateurs et les maîtres, au deuxième ou au troisième rang des nations savantes de l'Europe.

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il y a là un contraste regrettable sur lequel nous ne ?our drions pas insister '. ^

Cette lacune, V Année géographique ne la comblera pas^ assurément; mais nous osons croire que dans une sphère infiniment plus modeste elle peut rendre, et qu'elle rend en effet quelque service. Les chaleureuses approbations qui nous arrivent en très-grand nombre de nos provinces et de l'étranger nous permettent'de penser, sans présomption déplacée, que nos efforts ne restent pas sans quelque résultat. Ces témoignages de sympathie scientifique sont pour nous un puissant et bien précieux encouragement; car la tâche est lourde, telle que nous l'avons comprise et que nous voudrions la remplir. Au milieu d'un labeur immense, de môme nature, il est vrai, maist[ui suffirait à remplir ma vie et que j'ai h&te de mener à terme, j'ai besoin, je l'avoue, d'être soutenu par cette pensée que le plus humble peut rendre un service apprécié, quand il se voue de cœur et d'&me à une œuvre utile.

PariS; 14 mars 1865.

1. Nous ne pourrions que répéter ce que nous avons dit plus d'une fois ailleurs et dans ce volume môme (p. 431), mais surtout dans le morceau d'introduction de notre Année précédente (p. 17, et aussi p. 413 du volume).

L'ANNÉE

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