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une forme, un caractère à lui propres, dont on ne juge pas à première vue et qu'il s'agit d'étudier sérieusement. Selon nous, la Russie elle-même aime trop à se comparer à nos États d'Occident^ à soutenir sa parité avec eux. Et selon nous encore, c'est un tort; car si la société russe était réellement semblable à la nôtre, ne serait-il pas juste aussi de lui appliquer dans nos jugements la même mesure, ce qui tournerait nécessairement k son désavantage. C'est parce que, tout au contraire, l'État russe n'est pas une société comme la nôtre, parce qu'il convient de lui appliquer une mesure différente, que nous trouvons un manque d'équité dans la plupart des jugements dont il est Tobjet. » Il ne faut pas, cependant, prendre ceci dans un sens trop absolu, ce qui n'irait k rien moins qu'à mettre la société russe en dehors de la civilisation européenne. M. Schnitiler est bien loin de tomber dans cet excès, et son aperçu général est modifié, sur bien des points, par de sages tempéraments. C'est dans le livre même qu'il faut suivre les développements, aussi judicieux qu'instructifs, de cette étude difficile. Un autre sujet que Ton suit avec un grand intérêt dans ce nouveau volume, c'est l'historique très-bien exposé de la formation territoriale de l'empire.
Le Compte rendu de la Société impériale de géographie russe pour 1863 (n*^ 315) est un chapitre important de l'histoire scientifique de la Russie ; c'est aussi, à un certain point de vue, un chapitre permanent de son histoire polir tique. Les acquisitions terri loriales de l'empire dans l'intérieur et dans l'orient de TAsie deviennent un vaste champ d'études pour les explorateurs et les ingénieurs russes, et leurs investigations, auxquelles la- Société de géographie prend une pari active, sont pour la géographie et les sciences naturelles une source d'informations qui ne s'épuisera pas de longtemps.
Pour l'histoire littéraire et scientifique prise dans un sens l'année gâggr. ui. 23
plus général, il y a de curieuses indications à tirer de V Aperçu qu'en donne M. Adolph Erman, pour l'année 1862, dans ses Archives pour la connaissance scientifique de la Russie (n*' 311). Dans la géographie et les voyages, nous y relevons les Matériaux pour la géographie et la statistique de la RVfSsie^ recueillis par les officiers de l'étatmajor; le Recueil de documents pour la connaissance des peuples de la Russie^ publié par la Société de géographie ; la Description de la Sibérie occidentale de Savalichïn ; le Jowmal d'vâï, voyageur dans le Daghestan en 1861, par M. Josselian; les Recherches de M. Broun sur les traces de t ancien lit du Dnieper vers la mer d'Azoff : sans parler d une foule de livres élémentiûres et de Manuels pour l'étude de la géographie, ni du Dictionnaire géographique de l'empire de Russie que nous avons noté dans notre bibliographie (n"" 316). Il est à peine besoin d'ajouter que tous ces ouvrages sont en russe, ainsi que les suivants.
Dans la classe de l'histoire : la Vie domestique du peuple russe au seizième et au diooseptièvfic siècle, par Sabiélîn; les Leçons d'histoire russe j de Kostomarof; les" Recherches du même swr le Commerce de la Moscovie au seizième et au dix-septième siècle; la Lutte des Allemands et des Slaves sur les côtes de la Baltique au moyen âgCy par EUlferding; Correspondance et Opuscules inédits de Karamsïn, 1. 1*', etc.
Les traductions n'ont pas une moindre signification que les œuvres originales dans ^histoire littéraire d'un peuple et d'une époque. Nous en notons quelques-unes. UHis^ toire universelle de Schlosser, YHiàtoire de la civilisatUm de Buckle, l'Histoire de la révolution de 1848 de Gamier Pages, VHistoirè du diohneuvième siècle de Gervinus, l'/Zwtoire romaine de Mommsen, VHistoirè du peuple polonais de Lélevel, VHistoirè d'Angleterre de Macaulay, les Antir quilés du Nord de Varsoé, etc., etc.
L'ouvrage de notre compatriote Edouard Gollignon, les
LA RUSSIE ANaSNNE. 355
Chemins de fer russes (ii°317), a une portée historique, économique et géographique, bien plus grande que ne semble l'indiquer le titre du livre. Ce n'est pas seulement le travail d'un ingénieur exclfLsivement occupé du détail technique des grandes constructions ferrées; c'est rœuvré d'un savant observateur et d'un excellent esprit, qui a vu et bien étudié le pays, et qui connaît à fond les conditions physiques, économiques et morales au milieu desquelles la Russie voit s'inaugurer ses gigantesques travaux de chemins de fer, qui coïncident d'une manière remarquable avec la grande mesure de Taffranchissement des serfs. Nous ne saurions trop recommander l'exposé que fait M. Collignon de cette question dû servage (p. 184 et suiv.) sur laquelle on a généralement en Europe de si fausses idées.
La relation de Fletcher, envoyé de la reine Elisabeth d'Angleterre au tzar de Moscovie en 1588 (n° 313), mous donne une triste idée de l'état moral de la nation russe à la fin du seizième siècle; de pareils documents oculaires sont de précieux auxiliiires pour l'histoire, bien qu'il ne faille pas toujours admettre sans contrôle l'infaiUibiUté d'un témoin et la valeur d'un témoignage.
Que sera-K^e donc quand aux causes souvent involontaires qui font dévier le jugement de sa stricte impartialité, se joint l'animosité des luttes politiques? Nous en avons assez d'exemples dans les controverses passionnées dont la nationalité polonaise a été naguère*le sujet. Dieu nous garde de rentrer dans ces tristes polémiques, auxquelles nous convierait le dernier écrit de M. Luchinski (n** 312). M. Duchinski appartient à l'école récente qui a imaginé de rayer les Russes du cadre des nations slaves, pour les rejeter, sous le nom de Moscovites, dans la classe des peuples ouraliens, c'est-à-dire parmi les races à la fois les plus grossières et les plqs barbares du nord de l'Asie*. Nous ne mettons