‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 167 sur 368 · LE D' WAITZ · texte numérisé non relu

LE D' WAITZ

^H profondeur, que les références sont souvent trop vagues tHiUT être bien exactes, et que Tauteur, négligence ou parti I^Tis, s'était tenu fort incomplètement au courant des tra- V^aux étrangers ; et ce qui est plus sérieux encore, l'œuvre du Xl)' Prichard est pénétrée d'un dogmatisme étroit qui non- ^Mulement enlève à l'auteur sa liberté d'appréciation dans ^^ertaines questions d'un ordre purement scientifique, mais ^ai dans bien des cas, peut-être à l'insu même de l'écrivain, :fausse ou altère la rigueur des faits pour les plier aux idées préconçues. La science a marché d'ailleurs, depuis vingt ans, et les méthodes devenues plus rigoureuses apportent chaque jour des résultats plus certains : au point de vue des feits acquis, comme au point de vue de la doctrine, le grand ^travail de l'ethnographe anglais était une œuvre à refaire. L'Allemagne s'est en partie chargée de cette tâche difficile. LeD'Waitz, qui la entreprise (n'^ôOb], et que la mort a malheureusement frappé avant qu'il ne Tait achevée, réunissait à un très-haut degré les conditions qu'elle exige: une vaste lecture, un savoir profond et varié, un remarquable esprit d'analyse, un jugement sain et indépendant, et cette conscience du véritable érudit qui ne voit dans son œuvre que la vérité scientifique dont elle doit être la complète expression. Si le savant professeur avait joint h. ces qualités solides un don que n'apprécie pas toujours suffisamment la studieuse Allemagne, la sobriété élégante de l'exposition, rien ne resterait à désirer dans < l'Anlbropologie des peuples incivilisés, » — der Naturvœlkery comme dit l'allemand, avec cette liberté d'expression un peu vague que notre idiome plus exigeant réduit difficilement à une traduction précise.

Il faut toutefois remarquer — le titre du livre en avertit

• assez — que le D' Waitz, dans Tœuvre qu'il nous a laissée,

n'avait abordé que par un de ses côtés ce grand sujet d'une

ethnographie générale. Il n'avait pas voulu traiter de toutes

les nations du globe, mais seulement des peuples restés en

dehors de la civilisation européenne. II prend ainsi les grands problèmes de l'ethnologie pour ainsi dire à lenr source ; mais il laisse en dehors la magnifique étude qu'offre le développement comparé des deux grandes races, ou, si l'on veut, des deux groupes de populations de l'ancien monde, les peuples jaunes ou mongoliques, et les nations qui constituent la race blanche. Même après le D' Waitz, un traité d'ethnographie générale est encore une œuvre à faire.

En admettant, toutefois, que cette œuvre soit actuellement nécessaire. Sans doute il est bon, même pour une science qui est à son début, telle que lethnographie, qu'un ouvrage d'ensemble, une sorte de' manuel au moins provisoire, en groupe dans un cadre commun les diverses parties. On en saisit mieux le dessin général, en même temps que les lacunes mieux accusées montrent plus clairement où doivent se porter les efforts des travailleurs. Mais ce qui importe avant tout, ce sont les investigations monographiques. L'étude sérieuse des races humaines est à peine abordée : voilà où il faut aller d'abord, peuple par peuple, race par race, sous tous les aspects et dans toutes les directions, sans aucune préoccupation de concordance générale. Quand tous les faits de détail seront connus, et bien connus, quand de bons observateurs auront soigneusement étudié les conditions physiques de l'habitation d'un peuple et la constitution anthropologique du peuple lui-même, aussi bien que sa constitution psychologique ; quand on aura recueilli toutes les données qui tiennent à son passé historique et à ses aptitudes intellectuelles, en même temps qu'on aura poussé à fond l'étude de sa langue ; quand on aura réuni, dis-je, cet ensemble d'études sur un peuple, puis sur un autre, et successivement sur tous, sans excepter les plus proches et ceux qui nous tiennent de plus près, il sera temps de songer à une œuvre d'eùsemble. La lumière se fera d'elle-même alors, — peut-être éclatante d'évidence comme les grandes

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