‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 168 sur 368 · LE D' WAITZ · texte numérisé non relu

LE D' WAITZ

lois physiques dont notre intelligence a déjà pénétré le mystère^ peut-être voilée encore d'insondables obscurités ; qui oserait affirmer qu'il sera jamais donné à Thomme de pénétrer le mystère de ses origines? Du moins courra-t-on moins qu'aujourd'hui le risque de s'aventurer dans des hypothèses ou des systèmes insuffisamment étayés, et la science sera moins exposée à tomber dans l'excès qu'elle même a reproché k d'autres temps, celui de l'autorité substituée à rexamen scientifique.

Quant à la synthèse provisoire nécessaire aux premières études, celle de Prichard, avec tous ses défauts, y peut encore suffire, ou bien les traités moins étendus tels que ceux de M. Brace (auxquels il ne faut demander ni discussions critiques ni profondes investigations, n° 51^8), surtout quand on a déjà, pour les compléter ou les rectifier sur bien dos points essentiels, l'exposé complet et les consciencieuses discussions du D' Waitz.

Le premier volume du savant professeur de Marbour^.', par la nature et la généralité des questions auxquelles il est consacré, est uue introduction à la science ethnographique. Après deux ou trois chapitres préliminaires, M. Waitz y passe en revue ces grandes questions aujourd'hui livrées au débat scientifique : l'unité ou la diversité native, la classification des races humaines, l'égalité ou Tinégalité de leurs aptitudes.

M. Waitz apporte dans ces discussions plus ou moins insolubles dans l'état de la science, les qualités éminentes de sdn esprit et de son savoir. Sur la question fondamentale de l'origine de l'humanité, il penche vers la doctrine de l'unité ; mais sa discussion est pénétrée d'une candeur parfaite, et en définitive il reconnaît qu'il est impossible de se prononcer d'une manière absolue. Il repousse surtout avec force, à l'exemple d'Agassiz, ce qu'on a nommé la loi des analogies, en vertu de laquelle on s'est cru autorisé à conclure de la loi physiologique qui gouverne la plante ou l'animal à la loi

supposée qui goavernerait également l'espèce humaine ; et il fait en outre une distinction fondamentale entre la question de VunUé spécifique de Thumanité et la question d^unité d'origine. En d autres termes, il admet — ce que tous les faits connus confirinent — que la communauté des phénomènes physiologiques tend à ramener toutes les races humaines à une seule et même espèce ; mais il nie absolument — et en ceci il a pour lui encore la raison scientifique, — que l'unité spécifique implique la descente d'un même couple primordial. Yoici^ au surplus, en quels termes luimême conclut sur ce point délicat. Je. traduis littéralement :

Au total, le résultat de l'investigation qui précède peut se résumer ainsi : que les faits connus non-seulement permettent de reconnaître que 1 humanité ne forme qu'une seule espèce, mais que cette vue comporte moins de difficultés que la théorie opposée d'une différence spécifique, et qu'en elle-même eUe est plus conséquente, par la raison que le nombre d'espèces que Ton adopte parait toujours arbitraire, quel qu'il soit. D'un autre côté, comme les principaux arguments en faveur de l'unité d'espèce reposent sur la mutabilité de l'organisation humaine sous les influences intérieures et extérieures, et que les limites de ces influences nous sont inconnues ; et comme en l'absence de toute information exacte quant au temps écoulé depuis que ces influences agissent, nous ne pouvons décider si leur influence a suffi pour produire les différences qui existent, la question de l'unité d'espèce n'est pas résolue. Et lors même qu'il serait établi d'une manière satisfaisante que les changements qu'une famille humaine peut éprouver dans le cours des temps sont aussi grands que les différences qui séparent le nègre de TEuropéen , il n'eu serait pas plus certain qu'en fait Tun soit descendu de l'autre. La question, en ce qui regarde Tunité d'espèce, pourrait être considérée comme résolue, mais non l'unité d'origine. Ce que nous possédons de faits pour servir de base à la solution motivée de cette dernière question, celle d'unité ou de pluralité d'origine, se réduit à peu près à rien ; et dans quelque sens qu'on se prononce, la solution adoptée ne pourra toujours s'autoriser que de très-légères probabiUtés.

Sans peser trop rigoureusement tous les termes de cet

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