Voir l'Année précédeule, p. 119, n
mée. Il dit que le commerce afflue de tous côtés à ses marchés. La rivière lui apporte les productions des vastes régions qu^elle traverse, et des caravanes y arrivent avec les marchandises des territoires éloignés de ses bords. La ville n'en a pas moins un aspect militaire autant que commercial. A côté des marchands d'Europe et des embarcatioQS couvertes en nattes descendues de rintérieur, on voit les bateaux-postes prêts pour le service, avec leurs canons qui brillent au soleil et leurs gréements gaiement pavoises. La ville tout entière présente le même contraste, ou, pour mieux dire, le même extérieur simultané de paix et de guerre. Des spahis, des artilleurs, et d'autres soldats ou marins en uniformes variés, donnent l'idée d'une ville de garnison française; tandis que la foule pressée des indigènes de toute race, les rues sablonneuses et la vue des palmiers, ramènent la pensée en Afrique et aux tropiques.
Par les chiffres statistiques du mois de mai 1863, nous voyons que la force effective de la colonie est de 2000 hommes, un tiers français, les deux tiers indigènes. A ce chiffre il fautajouter la milice et un corps fort utile de 3000 volontaires.. La marine se compose de 13 bâtiments, dont 10 sont des bateaux à vapeur dont la force varie depuis 20 jusqu'à 80 chevaux, et qui portent de deux à quatre canons. La population coloniale, soldats, marins et employés avec leur famille, montait au total à l(i62 âmes. La colonie coûte annuellement à la France, les dépenses navales comprises, 5 350 000 francs. Le mouvement commercial annuel, importations et exportations, est actuellement de 15 000000 de francs. Ce chiffre est le double de ce qu'il était il y a vingt ans. Les deux tiers de l'exportation se composent de gommes. Pour la France, la valeur de la colonie, comparée à ce qu'elle coûte, est très-petite; mais sa vie est active et son avenir est grand. Située, comme elle l'est, dans une contrée occupée par trois rac^s, les Foulahs, les Mandingués et les Djolofs, ayant en outre les Maures et les Berbers immédiatement au nord, et les races nègres au sud, il est aisé de comprendre à quelle agitation intérieure elle est ouverte. Chacun de ces peuples est un antagoniste très-supérieur numériquement aux forces dont la colonie dispose ; et ce n'est qu'en suscitant habilement une race contre l'autre que les Français ont pu maintenir leur position. Le chef d'un seul État du haut Sénégal, le roi du Fouta Toro, a 13 000 cavaliers, et les habitants du désert sont encore plus formidables. Un numéro récenti de la Revue Coloniale contient le récit des expéditions militaires
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entreprises par les Français durant les quatre dernières années. 11 est impossible de ne pas reconnaître Tënergie, la rigueur et le génie militaire atec lesquels, bien que sur une petite échelle, ces expéditions ont été conduites. La conséquence a été que les Français se sont affranchis de la dépendance humiliante où ils étaient yis-à-vis des chefs indigènes, dont il leur fallait subir le bon plaisir dans les transactions commerciales. D n'y a pas bien des années encore qu'il leur fallait payer un véritable tribut toutes les fois qu'ils remontaient le Sénégal, et qu'il leur était interdit de procéder à leurs échanges ailleurs que sur certains points, et seulement aux époques de foires établies. Aujourd'hui toutes les redevances sont abolieSi et les indigènes viennent aux dépôts français à quelque époque que cela leur convienne.
Les Maures, les Berbers et les Foulahs, qui sont musulmans, donnent aux Français assez d'embarras à cause de leur caractère orgueilleux et de leur intolérance religieuse. Les Mandingues et les Djolofs tiennent beaucoup plus du caractère habi-' tuel des Noirs; ils plient aisément sous un bras yigourenx, et sont hors dVtat de tenir tète à leurs mattres européens. Ceux qui sont encore païens s'attachent aisément aux Français, qui élèvent ou abattent les chefs, mais qui paraissent» au total, traiter le peuple avec égards et bienveillance. Le général dit des Djolofs que c'est le plus grand, le plus beau et le plus noir de tous les peuples nègres de l'Afrique. Leurs cheveux sont laineux, mais leurs traits sont agréables ; leur disposition dominante est l'apathie. Ils sont doux, vains, crédules au delà de toute expression, imprévoyants, sans suite dans les idées, de véritables enfants. Comme la plupart des Nègres, ils sont très-braves, en partie faute de pouvoir bien apprécier le danger, en partie aussi par une sorte d'insensibilité du système nerveux. Ils sont agriculteurs et pécheurs, mais jamais ils ne travaillent an delà du strict nécessaire pour les besoins du moment. Après la moisson ils vendront à très-bas prix la plus grande partie de leur maïs, pour le racheter très-cher six mois plus tard. Malgré tout, c'est un peuple heureux. Leurs rois, leurs reines et leurs chefs sont ivres depuis l'heure où ils entrent en fonctions jusqu'au jour de leur mort, jour qui n'est jamais bien tardif, grâce à la détestable eau-de-vie que les traitants leur vendent.
L'espoir des Français du Sénégal est d'y attirer le commeroe du Soudan, qui maintenant traverse le Sahara, à grands frais et avec de grands risques, vers Tunis et le Maroc, et qui refuse
obstinément de prendre la route de TAlgërie. Ils espèrent aussi encourager le développement d'un commerce bien plus étendu qu'annule actuellement le manque d'un débouché commode. La source du Sénégal est très-Toisine de celle du Niger (lisez le Dhioliba) ; entre les deux points où commence la navigation des deux rivières, il n'y . a pas plus de 200 milles d'intervalle (300 kilom. ou 70 ifeues). Les Français mettent tous leurs efforts à relier les deux rivières par une route sûre, afin d'éten* dre à la haute vallée du Dhioliba la sécurité commerciale qu'ils ont déjà établie sur le Sénégal* S'ils réussissent dans leur entreprise, ils auront créé une grande route de commerce qui s'étendra en un arc immense de l'embouchure du Sénégal aux bouches du Dhioliba ou Kouara, en passant par Timbouktou. Il est malheureusement douteux que l'on puisse développer sur cette ligne un commerce capable de dédommager de ce que coûterait un effort sérieux pour obtenir un si grand résultat, sans quoi Ton pourrait bien mettre à la raison les po{>ulations intermédiaires. Leur extrême intolérance à Fégard d'une intervention européenne quelle qu'elle soit, semble beaucoup trop grande pour céder à des tentatives ordinaires de oontiliation. C'est une chose fort difficile, môme pour un simple voyageur, d'aller du Sénégal à Timbouktou. Le général Faidherbe croit que si la sécurité était établie dans le Soudan occidental» son commerce tout entier descendrait au Dhioliba, et cesserait de traverser le Sahara par le moyen des caravanes. S'il en était ainsi, les tribus qui habitent les oasis du désert verraient grandement diminuer leurs moyens actuels de subsistance. Elles seraient prises par la famine, en môme temps qu'elles seraient attirées hors de leurs demeures actuelles par la perspective d'un bien-être plus grand que ne peut leur en donner le désert. Il croit aussi qu'aucune tribu n'est jamais venue s'établir dans le Sahara que sous une pression extérieure, et que la pression politique cessant aucune ne continuerait longtemps d'habiter ces tristes solitudes. Les chefs, il est vrai, sont passionnément attachés à leurs résidences au sein du désert, mais c'est à cause de l'indépendance qu'ils y trouvent et de l'autorité tout à fait royale qu'ils y exercent. Que leurs sujets soisnt attirés vers de meilleures terres, il faudra bien que les maîtres les suivent..
ZOIfE LITTORALE DE L'AFRIQUE ENTRE LE 8ÉNÉOAL ST I.B CAIRE.