Décret du 24 décembre
SÉNÉGAL. dl
pont d6 quarante-deux bateaux en fer construits en France, et qu'on est occupé à jeter sur le grand bras du Sénégal qui sépare nie Saint-Louis de la Grande-Terre, y» faciliter le commerce que font avec le chef-lieu de ^otre établissement les caravanes du Oualo, actuellement obligées d'employer, pour arriver à Saint-Louis, des bacs souvent dangereux et toujours d'un service si lent.
s 3. Notre colonie du Sénégal appréciée par les Anglais»
Un journal anglais a consacré à notre colonie du Sénégal un article étudié qui en résume bien le développement et l'état actuel ; il ne nous parait pas sans intérêt de mettre ce travail sous les yeux des lecteurs français , qui donnent en général moins d'attention à ce sujet que nos voisins d'outre- Manche.
La colonie française du Sénégal offre par elle-même des points d'un grand intérêt, et plus encore par les curieux contrastes qu'elle présente avec les colonies anglaises de la même côte. Son développement actuel est considérable, ses avantages naturels très- grands, et son avenir plein d'espérances ambitieuses. Depuis dix ans, les affaires du Sénégal ont été administrées, sauf quelques interruptions, par un officier zélé, le général Faidherbe, qui a mis toute son âme dans cette œuvre colonisatrice. Il a gouverné la colonie avec autant de vigueur que de suite, et il en a servi les intérêts avec une ardeur d'entreprises peu commune. Le Sénégal n'est plus le simple établissement commercial dont l'importance a grandi par la seule action de ses propres ressources : il est aujourd'hui l'expression d'un remarquable effort de la part de la France pour étendre son commerce chez les populations nègres, et leur imposer son influence.
Un navigateur qui côtoierait TAfrique en se portant au sud depuis Gibraltar, aurait à sa gauche, sans interruption, les sables du Sahara, jusqu'à ce qu'il eût dépassé de beaucoup les parallèles de Madère et de Ténériffe. Ce serait seulement après une course de 1800 milles qu'il verrait le désert cesser tout à coup^ et un grand fleuve d'un miile de large verser à la mer ses eaux profondes en arrière d'un long banc de sable. Ce fleuve est le
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Sénégal, qui marque au nord la limite du sol fertile dans Ponest de TAfrique. Le passage du sable à la culture a lieu en quelques endroits brusquement, sans transition; généralement, néanmoins, il se fait d^une manière plus graduelle. La colonie du Sénégal occupe le territoire de transition, habité lui-même par des populations qui marquent le passage d'une race à une autre. Ce sont les Foulahs d'un côté, et de l'autre les Mandingrès et les Djolofs. Les Foulahs sont un peuple à peau légèrement colorée, mais inférieurs comme race aux Berbers du désert au nord du fleuve ; les deux autres peuples sont complètement noirs, mais de beaucoup supérieurs par Tintelligence» et physiquement moins éloignés de la race caucasienne, que les tribus nègres du sud.
Le fleuve du Sénégal, dont la carte a été levée, est remonté par la navigation française jusqu'à la distance de 500 kilomètres en ligne directe, et de deux ou trois fois cette distance en suivant les sinuosités de la rivière. Les Français ont ainsi pénétré plus avant dans l'intérieur du grand continent africain, que nous ne l'avons fait, nous autres Anglais, en partant de n'importe laquelle de nos colonies sur la môme côte; plus ayant que l'établissement le plus avancé que nous avions formé (et que depuis nous avons abandonné) sur les rives de Kouara. Les facilités que présente la navigation du Sénégal sont grandes, et elles pourront le devenir plus encore. Comme beaucoup de rivières tropicales, le Sénégal n'est plus partout navigable qnand vient la saison sèche. De grands bâtiments peuvent toujours pénétrer jusqu'à la distaoce de 150 à 200 kilomètres de la mer; mais pour aller plus loin il leur faut attendre la période des hautes eaux. Quelque insuffisants que soient ces moyens de communication interrompus pour les besoins d'un grand commerce, ils ne sont pas à mépriser pour les besoins d'une jeune colonie africaine. Ils permettent aux Français d'exercer une stricte surveillance sur un territoire étendu, et en môme temps d'alimenter et de ravitailler régulièrement chaque année leurs dépôts éloignés.
La colonie du Sénégal est une Algérie en miniature. Sa capitale, Saint-Louis, est à 33 kilom. environ de la bouche de la rivière; c'est, affirme le général Faidherbe, la ville la mieux bâtie de toute l'Afrique occidentale. Le capitaine Aube, de la marine impériale, qui a écrit un fort bon mémoire sur la navigation de la rivière ', fait de Saint-Louis une description ani«