Allahabad {Prayâga). 26. Kâbar
Cette liste promet une longue suite d'études et d'édair* cissements du plus haut intérêt pour Tancienne géographie de rinde; mais M. Gunningham ne les aborde pas encore dans son deuxième Rapport. Ce document, malgré son étendue, est consacré tout entier à la ville de Delhi. C'est une complète monographie historique et archéologique de la ci-devant capitale de la dynastie mongole, dans les périodes successives qu'elle a traversées depuis les temps héroïques.
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BARMAH. SIAM. PBESQU'lLE MALAIS. COCHINCHINE FRANÇAISE.
CAMBODJ.
155. D' Clément Williams, agent to chief Commissionner, British Burmah. Mémorandum on the question of BrJtish trade with western China via. Burmah. Journal of the Asiatic society of Bengal, i864, n«* 4, p. 407-433 ; avec 2 cartes.
156. Du même. Extract from journal of a trip to Bhamo. Ihid.^ n" 2j p. 189-195; avec un plan d'une portion du cours de rirâvadi.
Bahmo est une position sur la gauche du haut IrÀvadi. C'est la ville birmane la plus rapprochée de la frontière du Yun-nan.
157. Les Colonies françaises. Cochinchine. Revtie maritime et coloniale, 1865, mai et juin, p. 121-156, 299-336. Avec une belle carte de la Cochinchine française, par M. Manen, sous-ingénieur hydrographe.
Tableau historique, géographique, agricole et commercial.
158. D'RicHAUD. Essai de topographie médicale de la Cochinchine française. Archives de médecine navale, t. I, 1864, p. 198-225, 340-362.
La première partie de ce travail renferme un tableau physique et climatologique du pays.
159. ViAUD, chirurgien de marine. L*île de Poulo-Condore, Topographie médicale. Ihid.j p. 80-88. Avec une carte levée en 1862 par MM. Manen et Heraud.
160. Code annamite. Lois et règlements du royaume d'Annam, traduit du texte chinois original, par G. Aubaret, capitaine de frégate. Paris, 1865, 2 volumes grand in-8.
Ce n*est pas seulement comme recueil des lois civiles et criminellei de TAnnam que ce livre a une grande valeur; c^est surtout comme offrant le tableau des mours publiques et des idées nationales sur tous les points Importants de l'organisation sociale.
L'ANHél OÉOGR. IV — 16
24S ASIE. (ir* 155-165)
161. Annuaire de la Cochinchine française pourPannée 1865. Saigon.
impr. impér., 1865, in-8, 128 pages.
Des notes et des documents intéressants sont ajoutés en appendice : Notice sur les yilles de Saigon et de Cholen ; aperçu sur la prorin je de Mytho ; notes sur le cercle de Baria, sur l'Ile de Ponlou-Condore, etc.
162. D' Bastian. Vibit to tbe ruined palaces and buildings of Cambodia. Proceedings of the Roy. Geogr. soc, vol. IX, n* 3, p. 85-86.
. Court extrait d'un mémoire destiné au prochain Tolome do Journal de la Société.
163. A. SpowNER. Renseignements topographiques, statistiques et commerciaux sur le Cambodge. Annales du commerce extérieur , n»1607, 1865, p. 34-50.
Notice importante et fort instructive. M. Spowner avait été chargé, en 1862, par M. ramfral Bonnard, d'une mission d*étnde atatiatiqne et commerciale au Kambodj.
164. Lettres sur le Cambodge (traduites du cambodgieo). Hevue maritime et coloniale, juin 1865, p. 403-412.
On ne désigne ni l'auteur de ces lettres, ni le tradoctear ; elles sont tirées du Courrier de Saigon^ qui renferme fréquemment dea morceaui de ce genre. Celui-ci fournit beaucoup de détails intéreasanta.
165. John Cambron. Our tropical possessions in Malayan India: ])eiiiK a descriptive account of Singapore, Penang, province Wellesley, and Malacca, their peoples, products, commerce, and government. Lond. 186.5, iu-8, 420 pages.
$ !•'. Territoires anglais. Études d'une route commerciale entra llnde et le sud de la Chine, par l'intérieur du Barmah.
Lorsque dépassant le delta du Gange on est sorti de Tlnde pour entrer dans rindo-Ghine, on n'a pas quitté pour cela les territoires de Tlnde anglaise : l'Ârrakan, le Pëgou et le Ténassérim forment une longue zone annexe de provinces maritimes qui bordent à Torient ie golfe du Bengale, et qui relèvent encore du gouvernement colonial de Calcutta. Maîtresse de ces territoires conquis sur le Barmah on Royaume d'Âva^ l'Angleterre a songé depnis longtemps à tirer parti de sa position pour s'ouvrir par l'intérieur un
COCHINCHINK FRANÇAISE. 243
accès direct vers la Chine méridioDale, dont le Barmah est limitrophe, et rétablir ainsi une route commerciale dont le Périple alexandrin de la mer Erythrée fait mention à la fin du premier siècle de notre ère. Le traité de paix et d amitié conclu avec le gouvernement birman au mois de décembre 1862 n'a pas perdu de vue cet objet essentiel, et déjà des études ont été plus d'une fois poussées dans cette direction par les agents de Tadministration anglaise. C'est une étude de ce genre, avec projet de chemin de fer, que publie un ingénieur attaché au bureau topographique de Tludo-Chine anglaise, M. Clément Williams (n"" 155). M. Williams a fait des excursions fort avant dans l'intérieur en remontant riravadî (n? 156), et il paraît avoir réuni de fort bons renseignements sur le pays et les populations que la route projetée aurait à traverser ; son mémoire est accompagné d'une carte, ou plutôt d'une esquisse intéressante de la région N. E. du Barmah, entre l'Iravadî et le Yun-nan.
S 2. Cochinchine françai|ie.
De notre côté aussi des projets d'explorations s'élaborent, peut-être dans un but moins nettement défini, mais qui ne seront pas moins profitables à la science. Il y a uù an, dans une réunion scientifique, le ministre de la marine, M. le Marquis de Chasselou-Laubat, exprimait un espoir qui était presque une promesse.
< Je vous exprimais naguère, a dit le Ministre, — dont le zèle pour l'avancement de nos connaissances géographiques est bien connu, — je vous exprimais naguère l'espérance de voir s'ouvrir la route pour des voyageurs, qui, de nos possessions de la Cochinchine, pourraient parcourir les parties encore inconnues de l'Asie. Ce projet, je l'espère, se réalisera bientôt.
« Aujourd'hui, notre domination est assurée sur les con-
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trées qu'un traité de paix nous a cédées, et qui chaque jour comprennent mieux les bienfaits que notre civilisation chrétienne sait répandre.
« Notre influence commence k s'étendre aussi sorVancien royaume du Cambodge, que nous n'avons jamais eu l'intention d'envahir, mais dont nous voulons, au contraire, protéger l'indépendance.
< Déjà le souverain qui règne à Houdon Qst venu dans la capitale de nos provinces voir par lui-même ce que sont notre administration, nos mœurs, nos soldats, et, plein de confiance, il est retourné dans ses États sur le bâtiment à vapeur que TEmpereur lui a donné, et sur lequel il peut aujourd'hui parcourir une partie du grand fleuve.
« Vous le savez, ce fleuve du Laos, du Meicong, du Songlong, je ne saison vérité comment l'appeler, car son nom varie, change et semble presque aussi, inconnu que son cours; ce grand fleuve, enfm, dont les embouchures, aujourd'hui françaises sous les murs de Mitho, forment un magnifique delta, ce grand fleuve prend, dit-on, sa source dans les montagnes du Tibet, traverse quelques provinces de la Chine, puis un pays que, sous le nom de Laos, nous connaissons à peine.
« C'est ce fleuve qui chaque année vient comme le Nil, par ses biehfaisantes inondations, fertiliser les plaines de la basse Cochinchine ; mais la nature, plus favorable encore, si c'est possible, pour ces contrées que pour TËgypte, a voulu lui permettre, en quelque sorte, d'emménager ses eaux dans un de ces réservoirs comme la main de Dieu seni sait les créer.
c £n effet, lorsque la crue du grand fleuve s'est élevée à une certaine hauteur, elle refoule le courant d'une rivière qui s'écoule du lac immense du Cambodge, remplit le lac, qui ne laisse plus échapper ses eaux que lorsque la crue a cessé complètement, et alors il vient à son tour augmenter le volume du fleuve pour toute la basse Cochinchine.
« Il y a là, messieurs, de grandes et magnifiques exploralions à faire ; sans vous parler des ruines d'Angor que déjà nos marins ont visitées, il y a tout ce cours du fleuve que nous n'avors remonté que jusqu'aux premières cataractes. Sera-ce un jour une nouvelle route qui servira au commerce d'une partie de l'intérieur de la Chine? La Providence at-elle réservé ce bonheur à la civilisation, cette récompense aux efforts, aux sacrifices, que, dans son désintéressement, la France a faits en portant dans ces contrées le drapeau qui protège la croix du Christ ?
« C'est ce que l'avenir dira; c'est ce que chercheront à découvrir les hardis voyageurs que nous verrons bientôt sans doute partir de Saigon. »
Le succès de ces futures explorations des contrées à peu près inconnues qui s'enfoncent dans l'intérieur de Tlndo- Chine repose sur le développement et la sécurité de notre nouvelle colonie. De ce côté tout marche de la manière la plus favorable. Voici, du reste, les paroles officielles que le tableau de la situation de l'Empire a fait entendre au mois de janvier 1865 :
Ea Cochinchine, notre établissement s'affermit de jour en jour. L'ancienne organisation si fortement constituée de la commune et du cantou annamites, mieux comprise par nous après deux ans d'expérience, a été complètement respectée et suffit aux nécessités de l'administration secondaire des districts ; de sorte que nous n'avons qu'à pourvoir aux besoins de l'administration supérieure des provinces.
Di leur côté, les indigSnes ont commencé à apprécier les bienfaits de notre civilisation, à se rapprocher de nous.
Au nord, les frontières, si fertiles en troubles sous le gouvernement de Hué, nous offrent aujourd'hui une entière sécurité, confinées qu'elles sont par le royaume du Cambodge, qui, loin de nous être hostile, s'est placé sous notre protectorat; et, si, à l'est, du côté de Binthuan, nous avons vu quelques malfaiteurs venir piller des villages isolés, c'est par les populations annamites elles-mêmes qu'ils ont été repoussés. Ce sont elles qui ont dénoncé les rebelles à notre autorité; enfin ce sont des
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Annamites seuls qui ont poursuivi et attaqué le mandaiin Quan-Ding, et, après qu'il eut été tué dans le combat, ont rapporté son corps à Gocong, c'est-à-dire au lieu même où diz-hoit mois auparavant ce mandarin, par sa rébellion, s'était acqdis une certaine renommée.
La piraterie, cette plaie de l'extrême Orient, qot trouvait dans les nombreux cours d'eau de la Goobincbine de si faciles refuges, sans cesse poursuivie par nos petits bâtiments, a presque disparu de notre territoire, et nous avons pu désarmer quelques-unes des canonnières employées à ce service.
Avec la tranquilité, l'organisation de nos provinces s'est régularisée....
Si les tribunaux indigènes institués par le Gode annamite ont été maintenus, et si la loi annamite régit les contestations entre indigènes et Asiatiques, ils sont libres cependant de déclarer qu'ils entendent contracter sous la loi française, qui, dans ce cas, leur est appliquée par les tribunaux francais. .• •
Des travaux considérables ont été entrepris avec les ressources du pays, et aussi au moyen de prestations en nature dont le régime existait sous le gouvernement de Hué.
Ces prestations, mieux employées, ont pendis d'ouvrir 300 kilomètres de routes carrossables.
Un réseau de 400 kilomètres de lignes télégraphiques, s'étenuaut sur les trois provinces, relie les villes de Saigon, Bienhoa, Mitho, ainsi que le phare Saint- Jacques et quelques points principaux.
Un bassin de radoub, de 53 mètres de long et 4»*,50 de profondeur, a été construit.
Un dock flottant, pouvant recevoir les navires du plus fort tonnage, sera terminé dans quelques mois.
Enfin, on continue l'approfondissement des canaux, qui offriront bientôt de nouvelles facilités au commerce maritime.
A côté de ces travaux, on a élevé des établissements destinés fi étendre leur bienfaisante influence sur les populations indigènes.
Un hôpital annamite a été établi, dans lequel les soins sont donnés aux malades, sous la direction d'un service frangaisf par des religieuses annamites.
Un séminaire, dans lequel se forme et se recrate le dergë indigène, a été fondé.
Une école de petites filles, dirigée par les sœurs de Saint-
KAirooDJ. 247
Paul de Chartres, qui sont également à la tôte de TorpheliDat, a été organisée.
On a créé le collège des interprètes français, dont les études portent exclusivement sur la langue annamite écrite en caractères latins, et Ton a établi dans différents centres des écoles pour les indigènes, auxquels on enseigne Part, qui n'existait pas chez eux, d'écrire leur langue. En effet, tous les actes, sous le gouvernement de Hué, étaient rédigés en chinois par les lettrés, les mandarins, et écrits en caractères chinois, que ne connaissaient point les populations annamites, et qui d'ailleurs ne pouvaient s^appliquer à leur langue.
L introduction des caractères latins, au moyen desquels on peut aisément écrire la langue annamite, sera pour notre établissement d'une grande portée; elle aura pour conséquence de dispense!* les indigènes de l'obligation oii ils étaient d'avoir recours à un autre idiome que le leur pour écrire leurs conventions ou exprimer leur pensée, et de substituer peu à pea, pour nous, un langage facile à apprendre à celui qui existait seul pour les actes de l'autorité, et qui exigeait des études devant lesquelles bien des intelligences reculent. Elle nous affranchira ainsi des interprètes et des anciens lettrés.
L'ardeur avec laquelle sont suivies ces écoles, les progrès que les indigènes y font, montrent à quel point ils ont su se rendre compte de l'importance de Tapplication de l'écriture à leur langue.
Le commerce a pris, en 1864, à Saïgon, un développement qui n'est pas sans importance; sans doute il devitndra plus considérable lorsqu'on saura mieux quelle complète sécurité est assurée à l'avenir dans ces riches provinces que le traité de paix de 1862 a cédées à la France, où elle fonde un établissement digne d'elle.
S 3. Le Kambodj.
An-dessus de la Cochinchine française à laquelle il confine au N. s'étend un grand pays, le Kambodj, que des rapports chaque jour plus étroits d'intérêts et de bonne entente unissent à notre colonie. C'est la première contrée de Tlndo- Ghine orientale, après nos propres provinces, dont notre position nouvelle dans cette partie extrême de TÂsie nOiis
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aura mis à même d*explorer et de faire connaître la géographie intérieure, sur laquelle on n'avait jusque-là que de rares et vagues informations. Un rapport de M. Spowner (n"" 163), que le chef de notre station navale dans les mers de l'Orient avait chargé en 1862 d'étudier le Kambodj, principalement au point de vue des ressources naturelles, nous apporte des informations remarquables à la fois par leur étendue et par leur caractère; sur un pays dont hier on ne connaissait guère que le nom, nous avons aujourd'hui non pas seulement des détails précis de géographie politique, mais une véritable géographie commerciale. Cet excellent travail mériterait d'être transcrit ici tout entier; .son étendue nous oblige d'en détacher seulement quelques passages de l'intérêt le plus général .
Le royaume du Camboge se compose de cinq provinces, savoir :
lo Srok-Tran, qui s'étend de Houdon, la capitale, jusqu'à la province de Chaudoc ;
2® Poursate, limité au nord par la province de Batang-Bang, au sud par Srok-Tran, à l'est, le grand lac, et à Pouest, la mer.
30 Compong-Sodïf à Test du gran4 lac, s'étendant au-dessous de la province d'Angkor, sur la rive gauche du canal de Tonleh-Sup, jusqu'à la province de Ton-leh-Thom ;
4** Ton-leh-Thom, comprenant les deux rives du Meinamkong ;
5® Bâ-Penoum , terrains intérieurs , s'étendant du grand fleuve, rive gauche, jusqu'aux provinces de Winh-Luong et de Tay-Ninh.
Les gouvernements des cinq provinces sont confiés à cinq mandarins, qui souvent achètent ces fonctions ; ils ont sous leur dépendance des mandarins de grades inférieurs, résidant dans les grands centres de population, et qui ont eux-mêmes autorité sur un certain nombre de villages, dont chacun a son chef ou maire. De plus , cinq ministres , formant le conseil privé du roi, sont chacun, à la cour, représentant d'une province. C'est à eux que s'adressent les gouvernements pour toutes les affaires, et c'est par eux que les ordres du roi sont transmis.
KAMBODJ. 249
Les reyenus de l'État se confondent avec ceux du roi, et n'ont rien de ôx^, le roi ayant le droit dlmposer les coryëes quMl juge nécessaises. Les revenus réguliers sont les fermes des jeux et de Topium, établies dans chaque village de quelque importance, et doDt les recettes sont relativement considérables (plus de 150 OOO.piastres par an). Ces fermes sont entre les mains des Chinois. Le produit des douanes établies sur les quatre grands cours d'eau s'ajoute à ces revenus ; mais, bien que le tarif régulier de perception impose un droit de 10 p. 0/0 sur les marchandises descendant le fleuve, il ne se fait point de vérifications exactes, et le tribut est toujours payé à l'avan*tage de l'exportateur.
Tout le territoire étant la propriété du souverain, la location annuelle des terrains sur lesquels on cultive le coton, le riz et le tabac se paye, en moyenne par an, 1 ligature 1/2 par coudée de façade sur le fleuve * ; le locataire peut s'étendre indéfiniment vers l'intérieur.
La population du Camboge, déjà minime avant les troubles qui ont éclaté en ce pays, se trouve aujourd'hui diminuée par les proscriptions et par la fuite des révoltés ; il est impossible de l'évaluer à plus d*un million d'habitants, et encore ce chiffre est-il peut-être au-dessus de la réalité. Cette populatiour ne suffit plus maintenante peupler les terres riveraines, qui seules sont cultivées. Les terrains, en ces endroits, sont généralement plus fertiles que dans l'intérieur, et bien que dans les inondations annuelles le fleuve dépose peu de limon, il amollit et rafraîchit le sol, et le rend ainsi plus facile à travailler. Une autre cause de cet abandon des terres intérieures, qui sont très-riches, est due au caractère des Cambogiens. Moins intelligents qui les Annamites, ou, pour mieux dire, moins civilisés, ils ont de plus toute la nonchalance que les Hollandais ont signalée dans les naturels des lies de la Sonde. Ils habitent des cases en bambou, bâties sur pilotis, au bord des cours d'eau, lesquels sont, comme en Cocbinchine, leurs principales voies de communication. Dans l'intérieur, un grand nombre de forêts, presque impénétrables, sont peuplées d'animaux sauvage^; les tigres surtout y abondent, et les populations, déjà peu nombreuses, trouvant au bord des rivières toutes les res-
1. La ligature (ou kouan) est la réunion de 600 sapèques, monnaie d^ cuivre, et sa valeur varie suivant le cours de Targent. On compte 5 ligatures pour 1 piastre.
sources nécessaires à leur existence, se hasar^nt rarement dans rintërieur. Dans le Ton-leh-Thom, on compte à peine quatre ou cinq établissements loin des grands cours d'eau : ce sont les endroits où les bois étaient exploités, soit par les Gambogiens, lorsque le roi en exigeait tribut, soit par les Annamites de la Basse-Gocbinchine, qui, avant la guerre, venaient en grand nombre couper le cay-chao et quelques autres espèces pendant la saison sèche, et qui profitaient des hautes eaux pour redescendre dans leur province avec leurs radeaux.
Les étrangers établis au Camboge sont :
1® Les Chinois , venant des villes maritimes du sud de cet
• empire : ils sont tous négociants; ceux qui sont établis dans le
haut du fleuve viennent des provinces de Se-tchuen et de Yun-
nan, par le Meinam-koug : ils sont cultivateurs et fonciers ;
2<> Les Malais, qui ont évidemment la même origine que les Gambogiens. Ils ont plusieurs campongs sur les bords du grand fleuve, où ils cultivent le coton ; près de Penom-penh et de Houdon, ils se livrent à la pêche qui approvisionne les mar. ehés;
30 Les Annamites, autrefois en grand nombre, mais maintenant assez mal vus et peu nombreux;
k^ âur les frontières de Siam, quelques Siamois;
5<> Les Tiams , mahométans formant trois ou quatre petites colonies; ils ne se mêlent pas à la population, dont ils sont craints.
De temps à autre, quelques Européens, Portugais, Hollandais , Français , sont venus isolément se fixer au Camboge pour quelque temps. Aucun n^i fondé d'établissement sérieux.
Le grand fleuve du Camboge, dont le cours et le nom, dans les régions supérieures , sont à peu près inconnus , porte au Laos, le nom de Mei.;am-kong (mer de Kong) dont, par abréviation, on a fait Mek-kong. Kong est une riche province du Laos formée de quatre grandes îles qui comptent plus de 50 000 habitants*. Les Gambogiens Tappf lient Ton-leh-Thom (fleuve grand) et les Annamites, Chong-Haï, qui a la même signification. Il sort du Laos par la province de Strang-Tréng, et entre dans le Gambogo pour former sa plus vaste province, le Ton-leh-thom. Aux mois de septembre et d'octobre, chaque année , les eaux du Mek-kong montent rapidement d'environ
1. Nous avons tout lieu de croire inexacte cette dérivation du ndbi
du fleuve tirée d'un district du Laos. {Héd.)
KAMBODJ. S51
sept à neuf mètres, et iaondent tout le bassin du Camboge^ à rezoeption des terres haotès qui commencent à Gholan et remontent au nord. Ge volume d'ean considérable, qui proyient sans doute de là fonte des neiges daos les bassins supérieurs, inonderait infailliblement les provinces de la Basse*Gochinchine, s'il ne trouvait ani Quatre-Bras deux immenses déversoirs, le Bassac allant directement à la mer, et le Ton-leh-Sup. Les Quatre-Bras, situés au centre du royaume, sont formés, savoir, les bras supérieurs par le grand fleuve Meinam-kong à Test, et le canal du Ton-leb-Sup à Fouest ; et les bras inférieurs par la suite du Meinam-kong, £., le Bassac, 0. Bu cet endroit est situé Penom-penh , le principal, ou plutôt le seul marché important du Gamboge.
M. Spowner passe en revue les productions du Kambodj les plus importantes, le coton, le tabac, la soie et le rit» puis il énumère, avec de nombreux détails topographi^es, les principaux marchés du pays, tons situés dans la vallée du grand fleuve et dans les lies dont il est semé, ou sur le canal naturel qui communique du Mé-kong an grand laô.
Pénom^penh (montagnes d'abondance), que les Annamites nomment Nan-Nân (richesses de l'Est), est le* grand marché où sont apportés tous les produits du Gamboge, et même des provinces limitrophes siamoises et laotiennes. Cette ville est située aux Quatre-Bras sur la rive du Bassac. La première de ces grandes artères (les Quatre-Bras) apporte à Penom-penh les produits du Laos et du grand fleuve; la deuxième, ceux du grand lac et des riches contrées qui Tentourent; la troisième est la voie de conmiunication avec tous les marchés de la Cochinchine; la quatrième, enfin, communiquant par le canal de Waninao avec le Meinam-kong, au-dessus de Vinh-long, passe à Ghaudoc, qui, par le canal d'Atién ou Kankao, communique avec Kampoot. Ge port, presque impraticable, est le seul du Gamboge ; U expédie sur Siam et Singapore, par des jonques, et souvent même par des navires anglais, le riz, le coton, les peaux, les cornes, la gomme-laque et la gommegutte, le tabac et le poisson sec. £n échange, Kampoot reçoit
252 ASIE. (n** 155-165)
des tissus, de ropîum, quelques produits des détroits, et, trop souvent peut-être, de la poudre et des armes anglaises.
La- population de Penom-penh est actuellement d'environ 5000 habitants, mélange de Gambogiens, Chinois, Malais et Annamites. La position exceptionnelle de ce marché en a fait autrefois la ville la plus riche du Camboge; plusieurs roisTont habitée, et dans des circonstances plus favorables elle reprendra certainement toute son importance. Les habitations en briques, couvertes en tuiles, y étaient nombreuses ; mais presque toutes ont été détruites pendant les dernières guerres, et des cases en bambou les ont remplacées. La disposition delà ville, comme celle de tous les centres de population de ce pays, est une longue rue parallèle au fleuve, et quelques petites voies sans importance, qui de Tintérieur viennent y aboutir à angle droit. Dans la partie haute de la ville est une colline artificielle entourée de bonzeries, et surmontée d'un temple moderne de Bouddha.
Les Chinois, qui sont installés depuis longtemps dans tous ces pays nouveaux pour nous , y forment une grande partie de la population commerçante, et certainement la plus riche. Les rives sont couvertes de leurs bateaux, les plus belles habitations leur appartiennent. Un grand nombre d'entre eux, agents ou correspondants des riches maisons de l'Inde, vendent toutes les marchandises importables au Camboge : produits européens manufacturés, shirtings, madapdam, coutellerie, quincaillerie ordinaire, opium, thé, camphre, médecines chinoises, porcelaines de Chine grossières, poivre, épices, gambier de Singapore, bétel, sels et noix d'arreck. Telle est, du reste, la base de tous les assortiments des marchés cambogiens, et il faut y ajouter les produits indigènes : riz, poissons, légumes, coton, tabacs, soies, tissus, etc. Au-dessous de Penompenh, sur la rive gauche du Bassac, est établie la douane cambogienne. Le courant du fleuve devant cette ville est ordinairement très-rapide, et dépasse souvent quatre nœuds, ce qui est un inconvénient pour toute communication en barque.
Une partie duKambodj présente, comme la Basse-Cochinchine, un réseau très-compliqué de rivières et de canaux naturels. M. Spowuer a recueilli de. nombrensos informations sur ces voies de communication intérieure; mais les détails de cette nature ne seront parfaitement intelligibles
KABIBODJ. 253
que lorsqu'une bonne carte les aura mis sous nos yeux. Le rapport se termine par cette vue générale :
Comparées à l'immense étendue du Gamboge, les productions de ce pays sont complètement iosignifiantes. Deux grands obstacles se présentent à Pexploitation : pour Pagriculture, le manque de bras; pour le commerce, le manque de ports accessibles et la difficulté des relations par voie fluviale , embouchures impratici^bles aux navires, longues distances, pays étrangers à traverser. Du côté de Siam, toute relation est impossible, car ses produits, d'un prix généralement bas, ne peuvent supporter les frais énormes d^un voyage par terre au travers des forêts.
Il résulte de ces faits que l'avenir commercial et industriel du Gamboge est intimement lié à celui de la Basse-Gochinchine, dont les habitants venaient autrefois en grand nombre féconder le sol, et dont les marchés pour lui étaient un grand débouché par le fleuve, seule voie de communication possible. Pour rendre le Gamboge riche, populeux et cultivé, comme un si beau pays mérite de Tètre, on serait probablement obligé d'y introduire quelques colonies de ces infatigables travail' leurs, les Ghinois. Mais il y a là un grand écueil, et pour employer ce moyen il faudrait sur les lieux un gouvernement puissant, capable de réprimer les abus : le peuple chinois est Tennemi né de l'Europe, en Asie. D'ici à quelques années, ces émigrations en grand nombre ne pourraient qu'être préjudiciables à la nouvelle colonie.
En atteodant, on ne saurait trop encourager la création de quelques comptoirs européens aux Quatre-Bras. Get endroit sera toujours le seul grand marché d'où les expéditions pourront rayonnir en tous sens dans l'intérieur. Quant à l'agriculture, les plantations qui se créeraient devraient apporter de grandes réformes dans la plupart de ses branches, qui sont exploitées d'une façon tellement primitive, qu'elles en rendent les produits ou inutiles à nos besoins, ou d'un prix exagéré.
Il est à peu près évident que la France, par des établissements au Gamboge, pourrait doubler l'importance et la richesse de la Basse-Gochinchine. Tributaires d'Annam aussi bien que de Siam, les Cambogiens seraient heureux de trouver dans notre assistince une protection pour Houdon, contre les envahissements constants de la cour de Bangkok. Le peuple cam-
bogien, dernier rejeton d'une grande race passée, ne parait pas avoir la force de lutter contre ses envahisseors, et disparaîtra peut-être sUl n'est soutenu par une influence étrangère forte, juste et respectée.
Il y a aussi, à d'autres points de vue, au point de vue ethnographique en particulier, des renseignements d'un grand intérêt dans les lettres indigènes qu'a publiées le journal de Saigon (n^ 164). On en jugera.par les extraits suivants :
Nous nous appelons Kmér comme notre pays. Les Siamois nous connaissent sous le nom de Kammen^ les Annamites sous celui de Kaomen , les Chinois nous désignent par le nom de Tang-pO'Cha, enfin les Malais par celui de Cambodia; c'est ce dernier qui a prévalu en Europe, puisque vous nous appelez Gambogiens ou Cambodgiens.
Je voudrais vous dire notre histoire; mais comment démêler la vérité des mille légendes fabuleuses qui l'enveloppent et la dénaturent depuis des siècles! Quant aux livres diinois, ils ne sauraient jeter beaucoup de jour dans ces ténèbres, car ils sont, comme nos traditions, tissus de superstitions et de mensonges.
La religion, la langue, les mœurs et le type de notre race me font croire que nous provenons, comme les Siamois, d'un mélange d'Indiens et de Malais ; seulement le sang indien domine chez nous, tandis qu'il est dominé chez les Siamois par le sang malais. Je pense que les Birmans, les Laos et toutes les grandes tribus qui habitent la vallée du Grand Fleuve jusqu'au Yun-nan ont une origine analogue. Le type change naturellement beaucoup à mesure que l'on approche de la Chine.
Les races aborigènes étaient celles des Mot et d|BS Lm, que vous appelez Tsiampas ou Champas; elles venaient aussi probablement de l'Iode , mais à une époque plus reculée. Les Tsiampas formaient un petit royaume dont la capitale était Phau-yi, dans le Binh-thuân actuel. Leurs relations avec la Malaisie étaient fréquentes : on assure qu'au seizième siècle une princesse tsiampa était reine de Java. Beaucoup avaient, avant cette époque, émigré vers les contrées malaises et sur la côte du golfe de Siam, où ils étaient convertis af n^bomtf • tisroe. Je pense que les tribus appelées Chàm qui se trouYSOt
KAMBODJ. ses
chei nous Bt sur votre territoire, sont des deacsndanU de cette race de Champas -, ils sont en effet miJiométuu, et leur langue écrite et parlée a beaucoup de ressemblance avec le malais, qu'ils compreQ&ent presque tous. lU sont très-doux et très^ travailleurs. Comme nous ils détestent les inuamites et tes Siamois, parce que, comme nous, ils ont eu beaucoup à souffrir de leur tyrannie et de leurs injustices. Ils sont tons trè>riches.
Je vpus parlerai plus tard des Stiengg, des Gtanà et des antres peuplades qui habitent entre la rive gaudie du Grand Fleuve et les montagnes de Coohinchine. Cbes noui, tons ou peuples sont appelés des sauvages, des hommes des toréts ; mais quand je vous les aurai fait connaître, tous jugeret s'ils méritent absolument ce nom.
Je dois cependant vous dire dis uqonrd'bui qu'ils n'ont aucune idée de l'écriture; que l'on ne trouve cbex eux ni croyances, ni pratiques religieuses, enfin qu'ils n'ont que deux points cardinaux : ■ la terre qui voit naître le soleil, le pays que le solei) échauffe k son coucher. ■
On ne croirait guère, l voir l'état actuel de notre malheureux pajs, qu'il était autrefois un des plus puissants empires de la presqu'île indo-chinoise. Pourtant rien n'est plus vrai. Nos voisins de Siam, de Cochinchine, de Laos, nous redoutaient et recherchaient notre protection. Dès l'année 616 de votre ère, nos smbassadeurs se rendaient cbaqoe année à la cour de Chine offrir h Sa Uajesté les prémices de nos récoltes.
Basséte, on plutAt Jouatat, Angcor, Louvek, iugeolhor^, qui ne sont plus que des ruines aujourd'hui, étaient à cette époque de belles viUes redoutables.
Je pense que c'est du neuvième au douzième siècle qns notre royaume atteignit à l'apogée de sa puissance : c'est alors qu'il soumit à ses lois une partie de la Cochinchine et de Siam. Les documents qai nous restent de ce temps glorieux ne sont pas, je vous le répète, bien dignes de foi, et en rétabliraient difficilement l'histoire; d'ailleurs, les guerres civiles les ont détruits en partie....
En effet, lorsqu'on 1717 les Siamois envahirent le Cambodge, le roi se bfita de demander du secoure aux Gochinchinois. Les ■Siamois furent repoussés aisément, mais de ce jour le Cambodge se reconnut vassal de l'Annam. C'est de cette époque que datent tous nos malheurs. Vers 1750 les Annamites n'eurent qu'il sa présenter pour conquérir les belles provinces si-
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tuées au-dessus de la rivière de Saigon, et imposer à notre cour des représentants civils et militaires.
Siam n'attendait aussi qu^une occasion favorable pour prendre sa part de notre pays. Elle ne se fit pas attendre.
En 1786 Âng-tong mourut. Un de ses ministre^, qui était en môme temps son gendre, fut nommé régent pendant la minorité du fils du roi, âgé seulement de quelques années. Le régent mit alors le royaume sous la protection de Siam et emmena à la cour de Bangkok le fils et la fille de Âng-topg. Le Cambodge devint ainsi dépendant de Siam, état de choses qui dura jusqu'en 1809. A cette époque, un neveu du dernier roi parvint à se former un parti et s'empara d'une partie du royaume. Le régent appela aussitôt le secours des Siamois, et le neveu celui des Annamites. Tai-kun , vice-roi du Cambodge, homme actif et énergique, décida bientôt par la supériorité de ses armes du sort du pays. 11 entra au Cambodge avec une armée de 30 000 hommes, et rencontra sur le chemin de la capitale (Pnoum-penh) Tarmée siamoise nullement en état de se mesurer avec lui. On entra en négociation; la paix en résulta, avec un traité par lequel on décida que tout le Cambodge serait désormais tributaire de la Cocbinchine, moins la province de Batambang qui confine à Siam et serait cédée à ce royaume.
Ainsi, au commencement de ce siècle, il ne restait plus de cet ancien empire cambodgien, jadis opulent et redoutable, qu'une petite contrée désolée par la guerre extérieure et la guerre civile, qu'un petit peuple opprimé, mourant sous le joug de ses nouveaux maîtres. Notre souverain n'était plus qu'un roi de paille surveillé par les Siamois et les Annamites, dont l'oppression paralysait les volontés. Qu'eût-il pu faire, d'ailleurs? Le pays était partagé entre deux pastis toujours en lutte. Siam prenait des soldats chez nous et nous envoyait les siens; toutes nos richesses avaient été enlevées par les vainqueurs, et le peuple fuyait bien haut sur les rives du Méicon, au milieu des forêts des sauvages.
Le jour de votre arrivée en Gochinchine, particulièrement à Saigon, fut pour nous un jour de fête. Votre protectorat est venu heureusement adoucir un peu notre sort; mais nous sommes encore bien malheureux.
Le territoire formant le petit royaume cambodgien d'aujoard'hui n'a pas de limites bien déterminées, au moins Tera le sud, vers le nord et vers l'est; à l'ouest il finit au golfe de
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Siam par la province montagneuse de Gompong-som, à Test à peu près au 104« degté de longitude orientale en n'y comprenant pas les tribus Stiengs, Bonong bj, Redès etc., qui de fait ne nous appartiennent guère.
En 1823, les Birmans envoyèrent à la cour de Gochinchine une ambassade dont le but principal était d'ouvrir des communications entre le Tonkin et leurs établissements du nord à travers la vallée du Grand Fleuve. Depuis 1830, le gouverneur des Indes anglaises nous fît connaître plus d'une fois l'intérêt qu'il prenait à notre pays, et nous assura de ses dispositions amicales. Bang-kok était charge d'entretenir ces bonnes relations. Aussi, dans notre^ capitale, nos officiers et nos soldats étaient habillés et 'manœuvraient à Tanglaise; un de nos rois ne portait jamais qu'un frac de dragon de la reine. Je dois dire que les Anglais ne nous ont jamais donné d'autres preuves de dévouement que ces défroques, mais je crois que, de même qu'à Siam, ils ne comptaient pas en rester là.
C'est, en effet, un pays de bien grand avenir que cette vallée du Cambodge, de la Rivière-Grande, comme nous l'appelons. N'est-ce pas une grande route toute faite, qui pourra vous apporter plus tard les produits les plus précieux de la Chine , et par laquelle doit pénétrer votre bienfaisante civilisation? Je sais bien que la navigation de ce fleuve Ji'est pas toujours facile, que ses rives appartiennent à des peuplades souvent barbares; mais ces obstacles, d'ailleurs exagérés, sont précisément une garantie des trésors que vous trouverez pour votre commerce , et ne sauraient vous arrêter. Puisqu'un fleuve n'appartient pas à un seul riverain, Siam ne saurait arrêter le commerce du Meïcon parce qu'il a un fort sur ses rivages.
Le Meïcon prend sa source aux confins du Tibet ultérieur et du Koko-nor. Il coule d'abord presque du nord au sud sous le nom de Lan-San-kiang, parallèlement au Yan-tze-kiang et au Nu-kiang ou Sulwen (rivière de Martaban). Quand ces trois rivières font leur entrée dans le Yuman, entre le 27» et le 28» degré de latitude, elles n'occupent pas un espace de plus de 30 lieues de largeur, mais elles sont séparées entre elles par des montagnes fort élevées. Aussi leur cours est-il extrêmement torrentueux.
Le Lan-San-kiang traverse le Yuman (sud-nuageux) dans ' son plus grand diamètre, dans une direction à peu près S. E. 11 est navigable dès le 22^ et se trouve être la plus belle voie
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de communication de la province, dans laquelle il reçoit quelques gros tributaires.
Toutefois les Chinois ne s'en servent pas beaucoup pour transporter les riches produits de leur province; ils saveat trop bien qu'une fois dans le Xieng-maï ou chez les L^Q-LantaOf peuplades sauvages ou n'obéissant qu'h, Siami leurs bateaux seraient ou pillés ou frappés d'une douane exorbitante au profit de Bang-kok. Aussi préfèrent-ils copimercer avec le marché de Bâhmo sur l'Irâvadi , où quelques petites foite^ resses birmanes leur assurent protection. C'est ainsi qu'ils transportent à dos de bêtes àr cet immense marché des soies brutes ou manufacturées, du thé, du cuivre, des tapis, du mercure, du vermillon,' des drogues, des fruits, etc., qu'ils échangent avec les Birmans pour du coton, de rivoire, de la cire, des cornes, des pierres précieuses, des nids d'hirondelles, des plumes et des articles étrangers. Ce commerce, qui oe fait que croître depuis quelques années, atteint par au le chiffre de douze millions et demi.
Le commerce de Yuman avec le Tonkin par la rivière de Ke-tcho, et avec les provinces de la Chine parle Tan-tze-kiang, n'est pas moins considérable.
Le L^-San-kiang, après avoir quitté le Tuman, preud différents noms, et bientôt celui de Menan-kong, Me-oong ou Melcon ; les Birmans l'appellent Mekoan-mit. Ils ont eu, sur uu affluent delà rive droite, quelques établissements que l'oppression siamoise Itur a fait à peu près abandonner pendant leur première guerre avec les Anglais en 1824.
C'est vers cette époque que l'Anglais Gibson, aud>a98a()ear de S. M. Birmane à la cour de Hué, proposait d'établir une route d'Ava au Tonkin. D'après les études de ce savant il n'y a que cent lieues géographiques d'Ava au Melcon, et, de là, soixante-dix lieues jusqu'à l'Irâvadi; du Sulween, 4u Meqam, du Melcon et des rivières du Tonkin, celte comniunication eût été, disait-on, très-facile à établir. Malheureusement encore les Siamois poussèrent les Lao situés à l'est du Melcon à 8'op« poser à ce travail. C'est ainsi qu'échoua le beau projet de cet habile et entreprenant Anglais, de réunir directement la Cochinchine et la Chine à la Birmanie.
- Le Meïcon arrose toutes ces grandes tribus que vous appelez Lo/os, LaoSy Uietuf-mai, etc., et auxquelles nous.donupns nous-mêmes vingt noms différents. C'est alors, jusqu'un peu au-dessous du 15« degré, une magnifique rivière coulant au
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milieu d'une vallÉe tertile, qu^elle couTre tous les ans de son limon. Bien que la plus grande partie au sol soit couyerte de forêts, il y a d'immenses plaines d'herbes oi!i toutes les. cultures seraient faciles et avantageuses. C'est dans ces plaines, au sol argilo-calcaire, que vivent d'immenses troupeaux de bœufs, de buffles sauvages, d'éléphants, de rhinocéros et de cerfs de dix espèces. Tous ceux de nous qui ont vu ces contrées s'accordent i. dire qu'il ne peut point y en avoir de plus riches. Je regrette que sur ce sujet aussi lus renseignements me manquent ou ne soient pas assez dignes de foi.
Vers le 16' degré, on trouve sur te Melcon la ville de Langchang ou Viengchan appelée aussi quelquefois Chanlanaluri . C'était, d'après nos livres, une cité immense et riche, capitale - de l'ancien royaume de Laos, tantût indépendant, tantût notre vassal, mais ne reconnaissant que la suzeraineté de Siam. 11 s'y fait encore aujourd'hui un grand commerce d'ivoire, de cire, de cornes, de soie, de fer et d'argent. La monnaie employée est gënëralemeut de la poussière d'or enferniée dans des tuyauï de plume.
A la hauteur de Lang-chaag, le fleuve, resserré entre les montagnes qui le séparent de l'empire annamite et des possessions de Siani, devient d'une navigation plus dîfëcil^, mais encore fort praticable. 11 reçoit sur ses denx rives de nombreui nduents dont les vallées sont aussi fertiles que la sienne propre. On y trouve les bois les plus précieui en três-prande quantité, le saudal, l'ébènc, le bots d'aigle, le camphrier, le caonelitr, des arbres à gomme, à teinture et à vernis.
On assure que la rive gauche est très-riche en pierres et en métaux précieux. Les peuplades de ces contrées appelées Laol.iin-lno, Lao-khong, Lao-ubông, ne savent point tirer parti i)e ces richesses, et seuls les Chinois, occupés au nombre de ■10 000 environ dans les mines d'argent du Tonkîn occidental, viennent parfois les exploiter. Nous ignorons s'il s'y trouve du charbon de terre. Les indigènes n'en ayant aucun besoin, n'ont nui intérêt à faire des fouilles. Probablement des recherches dirigées par vous donneraient de bons résultats, caries provinces du sud de la Chine, le Kouei-chsu, le Kousng-si et le Yun-nan, en contiennent beaucoup.
Comme je vous l'ai dit, le fleuve est d'un parcours difficile depuis Lang-chang. Vers le U' degré on trouve sur sa rive droite des mines de sel gemme três' abondantes,
A une vingtaine de lieues au-dessous, les cataractes d' A ttopec
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devienoent un obstacle réel. Pour faire passer les marchandises on Iqs embarque en amont sur de forts radeaux, et on les charge en aval sur de nouvelles barques. On se sert aussi de chariots à buffles. 11 serait aisé rl'établir sur la rive un canal praticable pour les barques. Ce travail, dit-on, a même été commencé.
Après avoir passé les cataractes d'Attopec, la grande rivière reçoit sur sa rive gauche un affluent considérable, le Stongstreing, formé de plusieurs rivières descendant toutes des montagnes de la Cochinchino. Les principales sont : le Dial qui arrose le pays des Gédans, des Braïc et des Giaral; le Bông dont le cours suit à peu près le 13® degré, et traverse le pays des Moï-dè, des Stienhs, des Bbnông. De toutes ces tribus, la plus importante par le nombre et la force est celle des Giaraï, ' Elle occupe toutes les petites vallées des affluents de gauche du Dial; c'est la plus riche en métaux. Son sol est très-accidenté, et ses montagnes élevées couvertes de forêts; son climat nous paraît très-rigoureux.
Les Giaraï, pas plus que les peuplades environnantes, ne songent à faire du commerce avec leurs voisins. Ils trouvent chez emc presque sans culture, ou du moins sans culture pénible, plus de riz et de maïs quMl ne leur en faut pour vivre. Les rivières et les lacs fournissent le poisson. Les forêts sont peuplées de bestiaux et de bêtes fauves qu'ils abattent aisément avec leurs flèches. Enfin, ils se trouvent heureux dans leur sauvage ignorance, et ne ^e soucient guère de voir chez eux rinfluence étrangère. Us n'ont ni gouvernement ni religion : la tribu est divisée simplement en villages reconnaissant pour chefs les vieillards. Quelques pratiques superstitieuses, grossières, remplacent toutes les croyances; pour eux. Dieu, c'est la forêt et ses myst^^res. lis ne se reudent aucun compte de la marche des astres, partant, n'ont aucun moyen de mesurer le temps. La fabrication du fer est leur seule industrie; encore en font-ils fort peu, puisque leurs ustensiles sont des plus primitifs.
Vous savez mieux que moi ce que devient le Melcon après s'être grossi des eaux du Stong-streing, puisque vous en avez tracé le cours, ce que nous autres, ignorants en géographie comme en toute autre chose/nous ne savons point faire. Une me reste donc qu'à vous dire ce que je sais de ses rivages, que le temps vous a probablement seul empêché d'étudier.
A partir «le Saiibar nous entrons dans un pays relativement
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civilisé, ie n'ai cherché qu'à vous indiquer les ressources immenses que vos relations pourront vous créer, quand vous le voudrez, dans la riche vallée du Grand Fleuve. Mon regret est de ne pouvoir vous donner des renseignements plus précis et appuyés de chiffres. Mon ambition est de les aller chercher sur les lieux mêmes et de vous les offrir. Je crois que pour mon pays cambodgien comme pour le vôtr-e, auquel je suis dévoué, cette exploration amènerait de grands profits.
1 3. Récoltes scientifiques d'un voyageur allemand. Le Docteur Bastian.
Le docteur Bastian, aujourd'hui de retour en Allemagne, a fait \ diverses sociétés et à plusieurs joumanx littéraires des communications partielles qui laissent entrevoir, aussi bien que ses communications antérieures , quelle riche collection de documents de toute sorte il rapporte de sa course de l'extrême Orienta C'est surtout dans l'intérieur de rindo-Chine que sa moisson a été abondante. Son mémoire sur les édifices ruinés du Kambodj (n* 162) paraît devoir ajouter bien des faits nouveaux à ceux que nous a révélés, il y a deux ans , la curieuse relation posthume de M. Mouhot. M. Bastian, entre autres restes d'anciennes constructions qu'il a vus dans le Kambodj, parle d'un pont en pierre de 400 pieds de long sur 50 de large, supporté par 30 arches encore bien conservées.
M. Grawfurd, qui a pris la parole dans la 'séance de la Société de Géographie de Londres où ce mémoire a été lu, pense que les constructions du Kambodj sont du même âge que les restes brahmaniques de l'île de Java, auxquels des inscriptions bien conservées assignent pour date les douzième et treizième siècles de notre ère. (Le caractère essentiellement bouddhique des ruines du Kambodj rend celte opinion très-contestable.) « Dans l'Indo-Ghine a dit M. Grawfurd, des traces de la civilisation hindoue se reconnaissent depuis