‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 298 sur 368 · Moniteur d\i 11 avril, p · texte numérisé non relu

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322 AMÉRIQUE dIj WORD. (n~ 259-272)

S 2. L'édQcatioti générale et rédncaUon scientiflqne ta Mexique.

Un correspondant du Moniteur ^ qui a ëcrit du Mexique à notre journal officiel une série de lettres d'un très-grand intérêt, donne sur l'éduoation du pays en général, et en particulier sur l'éducation primaire, des renseignements qui changent un peu les idées communément répandues en Europe.

LMnstruction primaire, dit M. Chauveau, est beaucoup plus développée au Mexique qu'on ne le croit généralement. Il ne manque pas de contrées en Europe qui, sous ce rapport, ne pourraieint pas soutenir la comparaison avec le nouvel empire. Les villages indiens ont leurs écoles tout aussi bien que les {j:randes villes, écoles de filles et écoles de garçons, non moins assidûment fréquentées les unes que les autres, et entretenues aux frais du gouvernement.

On y apprend, outre la lecture et récriture, la doctrine chrétienne, les éléments de la langue espagnole, les quatre règles et les fractions, et les principes de la géographie. L'industrie n'étant pas àlarecherche de bras, le travail agricole manquant d'activité, les parents n^ont aucun intérêt à détourner leurs enfants du chemin de l'école. Toutes les classes de la population apprennent donc à lire couramment réspagnol. Aussi, lorsque l'autorité fait apposer quelque affiche au coin des rues, voit-on tous les leperos — vagabonds et gens sans aveu — s'arrêter devant elle et prendre, un peu platoniquetkient, connaissance de leurs devoirs civiques.

Outre ces écoles primaires gratuites, chaque ville un peu importante possède un certain non^bre d^institutione particulières très-prospères, où Ton donne un enseignement analogue mais plus développé. La jeunesse des deux sexes y apprend à connaître et à parler les langues étrangères, l'anglais et le français.

Mexico est certainement l'une des capitales, je ne dis pas seulement de l'Amérique, mais des deux hémisphères, où la connaissance de notre langue est le plus répandue. Si l'usage n'en est pas général, il faut l'attribuer non pas à l'ignorance, mais à Tamour-propre, très-vif ici, à la crainte de se rendre

l'éducation au MEXIQUE. 323

ridicule en altérant la grammaire, la syntaxe ou la prononciation. C'est là surtout ce qui empêche la plupart des personnes de la classe aisée, les dames surtout, de converser avec nous au moyen d'un idiome fréquemment employé dans leurs entretiens particuliers, de préférence au castillan.

Que réducation primaire Boit aussi répandue qu'il est dit ici , du moins dans les grands centres de population, sans que cette diffusion du premier degré d'instruction ait mis le moindre frein à la dégradation des intelligences chez les classes inférieures, c'est un triste indice qui n'appartient pas seulement au Mexique ; la nécessité d'une forte éducation morale n'en devient que plus évidente. Sur les classes plus élevées, le correspondant ajoute :

Les élèves mexicains procurent une grande satisfaction à leurs maîtres jusqu'à Page de quatorze à quinze ans environ. Les professeurs n*ont alors qu'à se louer de la vivacité de leur intelligence, de la promptitude et de la fidélité de leur mémoire, de la délicatesse de leur esprit, que signalent une verve d'inspiration et des traits peu communs sous nos latitudes septentrionales d'Europe. Mais quand les qualités juvéniles cessent d'être seules en jeu et qu'il faut s'adresser aux facultés viriles^ la patience des professeurs est mise à une plus rude épreuve. L'absence des aptitudes philosophiques est sensible chez les jeunes Mexicains.

La géographie est leur triomphe, mais non les sciences exactes. Aucune vérité mathématique ne peut être saisie par eux a priori, Ilest nécessaire, pour arriver jusqu'à leur intelligence, de frapper leurs sens, de répéter devant eux les expériences qui ont amené la découverte des lois qu'on leur expose, de fractionner par exemple un fruit et d'en réunir ensuite les morceaux pour leur inculquer la théorie des fractions.

Dans toutes les écoles mexicaines on apprend en lisant tout haut. Vous trouverez facilement une classe de jeunes garçons ou de petites filles si vous connaissez la rue où elle se tientvotre oreille vous guidera. Les étudiants en médecine, se promenant sous les larges galeries sur lesquelles s'ouvre la portb de leurs cours, ne font pas un moindre tapage que les petites filles récitant leur catéchisme. .

324 AMÉRIQUE DU NORD. (iT** 859-272)

Le 6 juillet, Tempereur Maximilien a présidé solennellemenl à rinstallation d'une Académie des sciences % destinée, comme les académies d'Allemagne et du Nord, à représenter. en nn centre unique toutes les branches du savoir humain^. Nous ne dirons pas que c'est là une institution prématurée, parce qu'en définitive la capitale du Mexique possède des hommes d'une haute intelligence et d'un savoir étendu, — particulièrement dans les sciences astronomiques et dans l'érudition locale, — qu'une communication habituelle avec les corps savants de l'étranger aura bientôt fait entrer dans le mouvement philosophique des hautes études européennes; mais ce n'est pas le premier besoin du nouvel empire.

Jusque-là les sciences historiques étaient exclusivement représentées à Mexico (comme à l'heure qu'il est elles le sont encore) par la Société de Géographie et de Statistique. Cette société, qui existe depuis 1 839, et qui pourrait s'intituler aussi société d'archéologie et d'histoire nationale, a montré depuis son origine une louable activité ; elle a provoqué dans les provinces beaucoup d'investigations statistiques (c'était là, originairement, sa destination principale), et elle en a publié les résultats dans un Bulletin qui est arrivé aujourd'hui à son onzième volume. Un certain nombre de morceaux d'un caractère plus rigoureusement scientifique ou d'un intérêt historique plus général ont trouvé place dans ce Bulletin, qui fait aussi une large part à l'histoire naturelle et aux études agricoles ou économiques. Nous avons fait, dans notre bibliographie (n"" 260), le relevé

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