ETHNOLOGIE MEXICAINE
y Berra — lui-même le déclare avec une rare bonne foi — est complètement étranger à la connaissance pratique des langues indiennes ; son travail est exclusivement une œuvre de compilation et d'arrangement. C'est presque une œuvre impersonnelle. La classification des langues mexicaines, leur arrangement en groupes, leurs embranchements, leurs ramifications en dialectes, rien de tout cela ne lui appartient en propre. Il a partout suivi les travaux et les indications des missionnaires. Ces indications peuvent être exactes, et il est à présumer qu'elles le sont pour la plupart; mais enfin il leur manque la sanction du contrôle personnel et de la vérification auxquels un philologue spécial pouvait seul les soumettre. Cette œuvre de critique est don6 k reprendre ; elle est à reprendre surtout au point de vue de rétude des origines par la philologie comparée ; mais, nous le répétons, le travail de M. Orozco y Berra restera comme une élaboration préparatoire d'une utilité inestimable, et il nous apporte dès aujourd'hui un ensemble de notions tout à fait neuves et d'un extrême intérêt historique.
L'ouvrage est divisé eu trois parties : l"* un Essai de classification des langues du Mexique ; 2** des Notes sur les émigrations originaires des tribus mexicaines ; S"" la Géographie des langues du Mexique.
Les observations qui précèdent disent assez quelle valeur scientifique il faut attacher aux deux premières parties, à la deuxième surtout, qui n'appelle rien moins qu'une révision comparative de toutes les langues américaines. Encore une fois, le travail de M. Orozco y Berra ne vaut réellement que par la classification géographique qui fait le sujet de la troisième partie.
L'auteur range les langues qui se parlent dans toute rétendue du Mexique, depuis le Yucatan et le Guatemala inclusivement jusqu'au rio Grande del Norte, au rio Gila et au fond du golfe de Californie, sous onze groupes ou familles, chacun de ces groupes partagé en un plus ou
moins grand nombre de dialectes et de soas-dialdctes. L'arrangement de ces subdivisions est loin d^étre positivement ' défini ; mais au total le nombre des langues parlées, ou de dialectes assez différents pour nécessiter une élude à part, parait être de cent vingt environ, y compris seize langues ou dialectes non classifiés, faute d'éléments d'étude suffisants. M. Orozco y Berra estime que le nombre des tribus encore existantes chez les Indiens du Mexique n'est pas de moins de sept cents, ce qui donne en moyenne six tribus par langue ou dialecte ; à quoi il faut ajouter une soixantaine de langues ou dialectes éteints. Si ces supputations sont exactes, et elles doivent être au moins approximatives, il y a eu autrefois, avant la domination espagnole, près de deux cents idiomes distincts, quoique plus ou moins affiliés entre eux, parlés dans l'étendue du Mexique.
Voici le tableau résumé des langues actuelles^ d*après M. Orozco y Berra :