‹ L'Année géographique (volume 2)Chapitre 307 sur 368 · Voir noire précédente i4nïwf^, p · texte numérisé non relu

Voir noire précédente i4nïwf^, p

contribué pour une part notable à l'agrandissement de nos connaissances sur une région du globe, qoels que soient leur état et leur nationalité, y seraient admis. Toutes les relations importantes seraient reproduites intégralement ou traduites sur les meilleurs textes ; les relations secondaires seulement pourraient ^tre données par extrait, pour n'en garder que ce qu'elles ont d'utile et de neuf. Ghaquç voyageur serait, autant que possible, confié à un éditeur désigné par des études spéciales ou une aptitude notoire. Sa tâche ne se bornerait pas h la révision du texte ; il y joindrait une introduction bien étudiée, et des éclaircissements historiques; bibliographiques et géographiques, toujours à la hauteur de la science. Une telle œuvre, telle que je la conçois, serait digbe au plus haut degré de prendre rang parmi les plus beaux monuments historiques de notre époque. Car, après tout, les bonnes relations de voyages sont la meilleure source, et souvent la seule que nous ayons, pour étudier les contrées et les nations étrangères ; et la période ouverte par Christophe Colomb et Yasco de Gama est un des chapitres les plus vivants de l'histoire du monde. Il serait aisé de déterminer d'avance les limites de la collection et d'en arrêter le plan. Une telle entreprise ne me paraît pas seulement possible, je la crois très-facilement réalisable. Et certes, les encouragements ne lui manqueraient pas ; car elle aurait pour elle, indépendamment de sa portée scientifique, tout ce qui éveille la curiosité et captive l'intérêt. Si c'est une utopie, on conviendra du moins qu'elle eat de celles dont la réalisation serait désirable.

S 2. Les relations actuelles.

Les vieux voyageurs nous ont un peu éloignés des voyageurs actuels. Il n'y ei^ a qu'un, du reste, pour l'Amérique, anglaise, dont la relation ait eu cette année un certain re-

346 AMÉRIQUE DU NORD. (iT" 291-312)

tentissement. C'est le vicomte Mil ton (n^ 296), qui a fait la traversée du Canada à la Colombie anglaise en vue dVtndier la meilleure ligne à suivre pour une communication habituelle entre les provinces du fleuve Saint-Laurent et la nouvelle colonie de la côte Nord-Ouest. Le livre de M. M il ton, sans avoir une grande portée ni rien contenir de bien nouveau, est loin de manquer d'intérêt. La Colombie elle-même, et l'île de Vancouver dont on a fait une double reconnaissance par mer et par terre, ont donné lieu à de bonnes publications d'un caractère plus strictement géographique (n<>« 291 à 295).

Un géologue français, qui dans ces dernières années a visité plusieurs parties de rAmérique du Nord, M. Jules Marcou, a donné de curieux détails sur les changements qui s'opèrent dans la chute du Niagara (n° 306).

Pendant les années 1848, 49 et 50, j'ai fait cmq visites aox cataractes du Niagara. Plusieurs de ces visites ont été de véritables séjours, se prolongeant pendant plusieurs semaines, et j'ai pu avoir ainsi une connaissance assez exacte des localités et du grand phénomônp de-dénudation qui 8*j passe. Dès 18M, j'avais remarqué plusieurs points de repères, notamment près de la tour de la chute canadienne. Quinze années après, en septembre 1863, j'ai parcouru de nouveau tout le terrain qui encadre les célèbres chutes du nouveau monde, et voici les im* pressions que j'en ai rapportées.

Disons-le tout de suite, au point de vue du pittoresque, ce laps lie temps a été fatal au Niagara. Partout des maisons, des hôtels, des cafés, des magasins; on ne peut plus retourner la tête sans être assailli par une armée de guides, de voituriers;" c'est Chamouni transporté en Amérique. Il n'y a que l'île à la Chèvre qui ait été respectée, et aussi quelques arbres au milieu des abruptes^ là où il est impossible d'aller les couper pour en faire des barrières. Au point de vue géologique, les changements, sans être aussi frappants, sont néanmoins considérables, et pour la première fois j'ai eu une idée bien nette des dénudations niagariennes.

A*i Niagara l'eau agit comme le marteau du démoUsseiir;

LE IflAGARA. 347

elle frappe brutalement, ou bien s'appuie comme un levier à force irrésistible, et précipite dans le gouffre les roches par blocs énormes, sans s'inquiéter de la taille des morceaux.

J'ai été très-frappé des changements arrivés à la grande chute la plus à droite, et qui est conflue sous les noms de c ataracte Canadienne ou cataracte en forme de fer à cheval (Horse Shoe fall). D'abord la forme de fer à cheval, qui était encore passablement régulière en 1850, s'est modifiée profon* dément, en s'enfonçant et en s'ébréchant fortement vers le milieu. La célèbre table de roches {table rock)^ que j'avais l'habitude de voir, a presque entièrement disparu, une partie s'étant écroulée peu après ma dernière visite en 1850, et une autre en 1857; de sorte que cela ne forme plus un des points proé* minents du panorama. De plus, la tour connue sous le nom de Terrapine est plus près du bord de la chute, et plusieurs des gros blocs qui se trouvaient en avant de cette tour et un peu à Touest ont disparu, emportés dans le gouffre....

Le fleuve Niagara se divise en trois parties complètement distinctes et des plus contrastantes. Du lac Ërié aux cataractes, le fleuve est large et coule à pleins bords, au milieu de vastes plaines. Il est parsemé de belles, nombreuses et grandes îles, et partout les plus gros bateaux à vapeur peuvent circuler sans difficulté.

Des cataractes à Lewiston, sur une étendue de 7 milles anglais, le fleuve se contracte ; des murs gigantesques de 200 à 250 pieds de hauteur le resserrent et l'obligent de couler comme s'il traversait les portes d'un canal, avec une différence de niveau de 100 pieds entre le pied des chutes et Lewiston. La largeur de cette vallée d'érosion, creusée entièrement par le fleuve, varie entre 800 et 1200 pieds. Cette espèce de canal ou véritable canon du fleuve atteint sa plus grande largeur vis-à-vis de l'hôtel de Clifton, et il va en se rétrécissant en descendant vers le célèbre pont suspendu, où il atteint son minimum qui est de 800 pieds de l'un à l'autre bord du précipice. Des cataractes à Lewiston, le fleuve coule en tourbillonnant et en bouillonnant continuellement, ce qui en rend la navigation impossible, excepté sur un espace d'un mille, vers le pied des chutes, où des bateaux traversant, et où un petit bateau à vapeur (Maid of the Mist), construit sur place, a fait Jadis des excursions de plaisir. Cette très-grande agitation des eaux rend les sondages impossibles, et l'on n'a pu encore arriver à aucun chiffre même approximatif sur ce sujet.

La troisième partie de la rivière Niagara s'étend de Lewiston au lac Ontario, sur une étendue de 7 milles, avec une différence de niveau de k pieds seulement. La rivière ici est navigable; elle ne coule pas à pleins bords, cependant, comme dans la première partie de son parcours, car elle est un peu resserrée entre des collines qui la dominent de 20 à 80 pieds, et en même temps il y a des bouillonnements et des contre-courants, qui font ressembler cette troisième portion de la rivière à la seconde, plus qu'à la partie qui s'étend du lac Ërié aux cataractes.

Il y a une force, dit en finissant M. Marcou, qui peut déjouer tous les calculs de rétrogradation des cataractes du Niagara et les amener à une stagnation presque absolue : c'est la prodigieuse activité industrielle des Américains. Déjà un joli filet d'eau formant une véritable rivière a été détourné sur la rive américaine pour faire rouler des usines; et cette rivière vient se jeter plus bas que les chutes. Une trentaine ou une quarantaine de saignées comme celle-là, faites des deux côtés canadien et américain, et le Niagarane sera plus qu* un modeste ruisseau comme le Rhin à SchafTouse, la chute du Bois de Boulogne, ou les cascades de Tivoli. Le Tonnerre des Eaux (c'est ce que signifie le mot Niagara en iroquois} ne sera plus alors qu'un roulement de tambour. L'industrie aura désarmé Jupiter Tonnant. Avec l'énergie des jeunes peuples du nouveau monde il n'y a rien d'impossible, et c'est pour eux surtout que ce m'^t ? été rayé du dictionnaire.

BÉOION ARCTIQUE.

313. Oapt Sherard Osrorn. On the exploration of the North Polar région (23 jan^. \S6h) . Proceedings of tf^ Royal Geogr, Society^ vol. IX, n" 2, mars. p. 42-58.

— Discus'^ion. Ihid.^ p. 58-70.

314. D' Augustus PETBRifANN. On tho proporod expédition to the

Page 1