LES ANCIENS VOTAGIS AU CANADA
boldt, et Ton jettera dix louifi »ur une friaqnette d'oî» il n'y a pas à tirer un atome d'intérêt ou d'instruction. Il arrive aussi parfois que la tradition eommerciale crée une sorte de préjugé qui garde force de loi. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, on payera de douze à quinze cents francs, peutêtre plus, lorsqu'elle est complète^ la collection dite des Grands et des petits Voyages, autrefois publiée par les frères de Bry, pure compilation de librairie qui n'a guère en réalité que la valeur du papier comme collection historique, et on laisse à un prix relativement minime des recueils d'une valeur historique inestimable, tels que celui de Ramusio. C'est bien le cas de répéter le vieil adage : Habent sua fata libelli.
Notez que pour un livre, l'extrême rareté est presque toujours en raison de la nullité ; il n'y a guère que les livres inutiles qui se perdent. Je suis bien loin de dire qu'il n'y a rien à prendre dans les récits des premiers voyageurs, j'entends ceux de la fin du quinzième siècle et de la première moitié du seizième. Ceux qui ont su voir et qui savent dire sont au contraire extrêmement précieux, comme témoins d'un état de choses disparu. Ce sont des documents. Mais sans dédaigner, tant s'en faut, les éditions originales de ces vieux voyages, il ne faut pas, même pour les meilleurs, que la recherche se change en manie. Je dis pour les meilleurs, car de ceux-là il n'en est pas un qu'on ne trouve reproduit, soit dans des éditions postérieures, soit dans des collections aisément accessibles; et si j'estime si haut le recueil trop peu apprécié de Ramusio, c'est précisément qu'œuvre d'un homme instruit autant que curieux, il nous a conservé un grand nombre de ces pièces de choix autrement introuvables.
Que les réimpressions actuelles de vieilles relations soient faites avec ce choix et cette intelligence; qu'on y cherche non pas seulement la satisfaction oiseuse du bîbliomane, mais l'utilité de l'homme d'étude, il n'y aura qu*à
applaudir, et l'éditeur ne sera pas obligé de coter à des prix ridicules des plaquettes qui se méritent pas le nom de volumes. Et puis, dans ces reproductions, ce n'est pas assez de s'attacher à la copie minutieuse de l'original, y compris les fautes d'orthographe et de typographie : une loupe et un peu d'attention suffisent à ce genre de mérite. Il en est un autre infiniment supérieur : c'est d'attacher à ces réimpressions, le texte n'aurait-il par lui-même qu'un mince intérêt et une utilité contestable, les éclaircissements que peut appeler une publication de cette nature^ pour dégager et contrôler les renseignements qu'on y peut puiser. La relation la plus médiocre peut prendre ainsi une valeur réelle. Nous avons eu l'an dernier k en signaler une de ce genre *. Le travail du P. Tailhan sur la piètre relation de Nicolas Perrot est un modèle dont ne sauraient trop s'inspirer, sinon pour la disposition, au moins pour le fond, ceux qui entreprennent de rééditer de vieux voyages. Je ne voudrais pas décourager ce genre de publications, mais je leur voudrais un mobile un peu plus relevé qne la satisfaction toute matérielle et très-restreinte du collectionneur de bibelots littéraires.
n est, dans cet ordre d'idées, une entreprise qui me semblerait digne d'occuper les plus savants hommes et de tenter un éditeur intelligent. Ici, du moins, la spéculation aurait un but utile, en même temps qu'elle s'appuierait sur l'attrait littéraire et la valeur scientifique. Je voudrais voir annoncer la Collection choisie des anciens voyages par terre et par mer, jusqu'à la fin du seizième siècUy c'est-à-dire jusqu'à r époque où commence à vrai dire l'ère des voyages d'un caractère tout à fait moderne, et où cesse, du même coup, la rareté bibliographique des anciennes relations. Tous les vieux voyageurs, à beaucoup près, n'auraient pas droit de cité dans la collection; mais tous ceux qui ont