GRÈCE
$ 1. La Grèce. Étude morale et politique. Un chapitre d*ethnoIogie
grecque.
Le livre posthume de sir Thomas Wyse sur la Grèce (ii° 366) tire de la position qu'occupait l'auteur une impor- , tance particulière. Envoyé extraordinaire du gouvernement britannique et ministre plénipotentiaire à Athènes durant une période dé plus de douze années, M. Wyse a eu les meilleures occasions de s'instruire à fond de l'état du pays. Bien plus, les mémoires et les observations contenus dans ces deux beaux volumes ont eu pour occasion immédiate une tournée dans le pays entreprise dans le but spécial de réunir les informations réclamées par la Commission d'enquête pour l'étude des ressources de la Grèce, commission dont sir T. Wyse était président. Lorsqu'on voit l'inertie morale, l'indolence jointe à l'esprit de désordre, et la misère, et la dépopulation, dont la plus grande partie de la Grèce présente encore, comme au premier jour, le triste spectacle après trente ans d'affranchissement politique, on se demande à quelle cause il faut attribuer une pareille stagnation. La faute en est-elle au peuple, ou au gouvernement, ou bien à l'influence persistante d'un long afiaissement sous un régime de dégradation morale? Un des grands mérites du livre de sir T. Wyse est de jeter une vive lumière sur ces questions vitales.
Il est au cœur du Péloponèse, dans ce qui fat autrefois la Laconie, un petit peuple peu visité et très-peu connu : ce sont les Maïnotes. Une intéressante et vive monographie écrite par un Grec même (n® 367) nous conduit au milieu de ces agrestes montagnards et nous initie aux habitudes de leur vie. L'esprit et le but de cet excellent morceau sont bien indiqués dans les pages qui lui servent d'introduction :
La Grèce est tourmentée aujourd'hui d'une grande ambi-
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tien, et donne en même temps à ses amis un inquiétant spectacle. Cette grande idée dont elle parle tant, et qui signifie raffranchissement complet de la race hellénique, elle rêve de la propager par les armes, par les aventures révolutionnaires, et ne s*aperçoit pas qu'il est uq moyen bien plus simple et bien plus sûr de la faire triompher : c'est de travailler sérieusement à l'œuvre de sa régénération intérieure, à peine ébauchée pendant le cours des trente dernières années. Ce n'est plus en effet par l'héroïsme ni par la force des armes, mais bien plutôt par la force du progrès moral et de la civilisation, que la Grèce pourra s'emparer du rôle qu'elle ambitionne en Orient. Avant d'élargir ses étroites limites, que de conquêtes n'a-t-elle pas à faire sur elle-même ! Surtout à cette heure où elle commence à s'interroger non plus seulement sur 4ses forces morales, mais sur ses ressources matérielles, ce n'est pas remplir une tâche inutile que de lui montrer, par quelques exemples significatifs, combien de travaux pacifiques lui sont encore imposés par l'état de plusieurs parties de son territoire. Il est une contrée entre autres que nous visitions il y a quelques années, et qui aujourd'hui encore n'a rien perdu de la physionomie sauvage qui nous frappait alors. C'est le Magne, région inculte, sauvage, inexplorée des voyageurs, redoutée des Grecs eux-mêmes. Nulle part cependant les Grecs n'auraient à employer plus utilement leur énergie renaissante, et les souvenirs que nous recueillons ici serviront peut-être à le prouver.
Le Magne forme l'extrémité la plus méridionale de l'ancienne Éleuthéro-Laconie. Il s'étend au pied de l'imposant et sombre massif du mont Taygète ou PentedactyUm*^ dénomination sous laquelle les Greos désignent cette grandiose montagne à causé de ses cinq sommets, escarpements gigantesques dont le plus élevé, le mont Hélias, inaccessible et presque toujours couvert de neiges, est l'objet d'une terreur superstitieuse et de mille croyances légendaires. Borné à l'ouest par le golfe de Coron ou de Messénie, à l'est par celui de Kolokythia ou de Laconie, au nord par la Messénie, le Taygète et la splendide vallée de Lacédémone, le Magne a une étendue de quinxe à vingt lieues du nord au sud, sur une largeur de six à huit lieues à sa base. A mesure qu'il s'avance vers la mer, il se rétrécit sensiblement et finit par se plonger daus les flots sous la