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LES MAÏNOTES

forme d'une flèche acérée, dont la pointe extrême ^'appelle le cap Matapan (ancien Ténare). Les pilotes ont surnommé ce cap < le tueur d'hommes » à cause des fréquents naufrages que causent les tempêtes sur les écueils de cette côte. Du haut dtt cap Matapan, l'on aperçoit, de l'autre côté du golfe de Laconis, son rival le cap Malée ou Saint-Ange. Ces deux promontoires aigus, environnés de récifs, battus par une mer toujours furieuse, semblent se porter un continuel défi et se disputer^ suivant l'expression d'une poésie populaire, « la sinistre gloire de dévorer le plus de navires et de matelots. » Les côtes du Magne, rongées, découpées, fouillées profondément par les flots, trop fameuses dans les annales de la piraterie, offrent un aspect terrible et désolé. Des rochers à pic, complètement arides, torréfiés par un soleil brûlant, semblent interdire aux navigateurs l'abord de ce dangereux pays ; les anfractuosités du roc recèlent çà et là de petits villages, nids d'aigles suspendus sur les précipices, hérissés de forteresses anciennes, les unes démantelées, les autres encore entièrement debout. D'innombrables anses, souvent inabordables ou accessibles* seulement à des navires d'un faible tonnage, assuraient un refuge aux écumeurs de mer, qui, du temps de Gapo d'Istria, infestaient encore l'Archipel.

La physionomie de cette contrée n'est pas moins sévère à l'intérieur. Le district qui termine le Magne vers la mer offre une véritable image du chaos. On dirait que la main des cyclopes a bouleversé , ravagé ce coin du monde. De toutes parts, la roche brûlante et nue se dresse sous les formes les \.\\is inattendues et les plus bizarres, revêtue ici des plus vives couleurs, et là des teintes les plus sombres, suivant que sa surface est exposée aux ardeurs torrides du soleil, ou qu'elle plonge dans les ravins obscurs et profonds. Nulle trace de végétation; quelques maigres troupeaux broutent seulement çà et là, au bord de précipices vertigineux, une mousse rougeâtre pénétrée de saveurs salines. Ce district est désigné sous le nom de Kakovouni (la mauvaise montagne) ou Kakovouli (la terre du mauvais conseil), sinistres appellations que justifient la nature des lieux et les mœurs féroces, les instincts de brigandage des redoutables tribus disséminées sur ces roches incultes. Si l'on remonte vers le nord, la contrée s'élargit et la nature s'adoucit un peu. Le caroubier, le myrte, le laurier-rose commencent à se montrer au fond des ravins, dans le lit desséché des torrents ; plus loin, des bois d'oliviers et de chênes

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verts reposent le regard fatigué de Paspect tourmenté du paysage; enfin, sur les confins de la Messénie, au pied des contreforts du Taygète, croît une végétation plus abondante et plus variée. Le mûrier apparaît dans les plaines; sur le penchant pierreux des coteaux, quelques alpes verdoyantes naissent audessous des cimes accidentées : mais Tâpreté générale du paysage persiste toujours, et d'étroits défilés, des murailles perpendiculaires, de profonds précipices, isolent le sévère pays de Maloa du reste du Péloponèse.

On vient de visiter le théâtre ; voici les acteurs :

Les Maïnotes occupent une place importante dans les annales de la Grèce moderne. Cette importance tient à l'incontestable antiquité de leur race, aux caractères particuliers qui les distinguent des autres Grecs , à leur indépendance de tout temps reconnue, aux combats sans trêve quUls ont livrés pour la conserver jusqu'au jour où ils prirent une part glorieuse à la lutte nationale sous des chefs restés célèbres. Les Maïnotes se regardent comme les descendants directs des Spartiates. Il n'en est pas un, du plus fier au plus humble, qui ne prétende remonter par une filiation directe aux enfants de Lycurgue et de Léonidas. Leur contester cette origine équivaudrait à une mortelle injure, qu'il ne serait peut-être pas prudent de leur adresser en face. Une tradition constante dans le pays, avouée de tous les Grecs « confirmée par mille indices, un idiome composé de mots et de tournures antiques, le témoignage enfin des voyageurs qui ont tenté de résoudre les difficiles problèmes de Tethnograpbie, justifient en grande partie ces hautes prétentions. Il est certain que fuyant le déluge .de barbares, Slaves, Bulgares, Albanais, qui envahirent la Morée .pendant la dernière période de l'empire grec, les habitants de Sparte abandonnèrent leurs foyers et se retirèrent au sein des cavernes et des rochers du Magne. Ils y rencontrèrent, établis là depuis longtemps, d'autres transfuges, les Messéniens, qui avaient, eux aussi, émigré dans ces impénétrables montagn^es pour fuir le joug de Lacédémone. Ainsi les Lacédémoniens trouvaient l'asile de leur indépendance dans le pays môme qui avait servi de refuge à leurs vaincus; Spartiates et Messëniens étaient à la fin réunis sous l'empire d'une commune adversité. Bien que le souvenir instinctif de l'ancienne rivalité ne soit pas éteint parmi eux et engendre encore aujourd'hui des

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