SUISSE
415. A. Joanne. Itinéraire dewriptif et historique de la Suisse, du Mont-Blanc, etc., 4« édit., Paris, 1865, 1 fort vol. grand in-18, avec cartes et plans (Hachette).
Un des meilleurs de l'excellente collection des Guides Joanne.
A 16. J. TscHUDi. Ur-und Sùd-Schweiz. Reisetaschenbuch fur die Kautone Luzern, Unterwalden, Zug, Schwyz, Uri, Wallis und Tessin,die benachbarten italienischen Seen und Thàler, Mailand, und Turin. St-Gallen, 1865, in-8.
417. E. Desor. Der Gebirgsbau der Alpen. Wiesbaden, 1865, in-8, 151 pages. Carie.
418. Jahrbuch des Schweizer Alpenclub. 2** Jahrg., 1865. Bern, 1865, in-8, 540 pages avec cartes, vues et panoramas.
419. L'Echo des Alpes. Publication de la section genevoise du club Alpin suisse. Genève, 1865, in-8.
Le n" 2 de cette publication contient le r^cit d'une ascension à la Jungfrau, au mois de juillet 1862, par M. Thioly; et le n«> 3, une ascension au Finsteerarhorn par le même, au mois d'août 1863.
4'20. Jahresbericht der Naturforschenden Gesellschaft Graubûndens, Neue Folge, IX»" Jahrg. Chur, 1864, ln-8.
L€ mémoire le plus important du volume est l'esquisse géognostique du col de Septimer, par le professeur Théobald.
421. Ch. Martins. Deux ascensions au Mont-Blanc; études de météorologie et d'histoire naturelle. Revue des Deux-Mondes, 15 mars 1865, p. 377-411.
423. Emile de Lavbleyb. Le Mont-Rose et les Alpes-Pennines , souvenirs de voyage. Ihid., 15 juin, p. 819-857.
423. E. Plantamour. Hauteur du lac de' Genève au-dessus de la Méditerranée et au-dessus de TOcéan. Bibliothèque universelle de Genève, t. XIX, pages 5, 382.
/j'i'f. F. Keller. Statistik der rœmischen Alterthiimer in der Ost- Schweiz. MiUfieilungen der Aniiquarisdien Gesellschaft in Zurich. XV, 3" cah. 1864.
425. RuTiMEYER. Die Bevôlkerung der Alpen. Bàle, 1864, in-Vl.
— Rapport de M. Alix à la Société Anthropologique sur l'ouvrage de MM. Rûiimeyer et His intitulé Cranta Uelvetica. Bulletins de la Soc. d'Anthropol., l. V, 1864, p. 583-690.
Dans ce travail, MM. Rûtimeyeret His cherchent à déterminer les formes typiques, pour s'exprimer comme eux, des crânes suisses.
426. His, de Bàle, Sur la population rhétique. Ihid., p. 868-880.
M. His croit aroir reconnu, d'après un certain nombre d'observations, que le type dominant du pays des Grisons, l'ancienne Rhétie, est allongé (dolichocéphale), type qu'il pense avoir été celui des anciens Étrusques.
427. A. Gatschet. Ortsetymologische Forfchungen, als Beitrag zu einer Toponomalik der Schweiz. V heft. Bern, 1865. in-8.
Essai d'étude étymologique sur les noms de lieux de la Suisse.
428. G.-H. DoPOOR. Topographische Karle der Schweiz. Feuille 13.
Bern, 1865. .
Cette feuille termine l'admirable carte topographiqne de la Suisse, levée, réduite et gravée sous la direction du général Dufoar.
429. J.-G. Mayr. Atlas der Alpen-Lânder. Livraison supplémentaire, 2 feuilles. Gotha, 1865. (Perthes).
430. Capit. MiEOLBT. Carte du massif du Mont-Blanc, au 40000*. Publiée par le Dépôt de la guerre. Paris, 1865, 1 feuille.
Cette carte de M. le capitaine d'état-major Mieulet est le fruit de deux années d'études locales, d'ascensions multipliées, et d'une longue suite de déterminations rigoureuses. Elle se rattache à la fois à U triangulation de la Carte de France et à celle de la belle Carte de U Suisse.
431. A.-A. Reilly. Map of the chain of Mont-Blanc, froin*an actual survey in 1863-64. Plublished under the authority of the Alpine Club (au 80000°). Lond. 1865, 1 Aie. (Longman.)
Cette carte est l'œuvre d'un artiste plutôt que d'un ingénieor. Il n'est pas moins intéressant de la comparer avec celle du capitaine Mieulet.
— Notice respecling M. Reilly 's lopographical survey of the chain of Mont Blanc. By Principal Forbes. Proceedings of the Royal Society of Edinburghj jànuaLTy 1865, p. 335-338.
M. Forbes expose l'origine de la carte de M. Reilly, et décrit les observations sur lesquelles elle est fondée.
S 1°' L*ascension du Mont-Blanc.
L'époque est aux ascensions. D'intrépides excursionistes rompus aux courses des montagnes^ de riches amateurs^ des hommes du monde et des hommes d'étude, ont formé depuis un certain nombre d'années, des sociétés mi-partie fantaisistes, mi-partie savantes, dans le but de provoquer ou de diriger des courses hardies aux parties les moins pratiquées des Alpes, d'en escalader les sommets réputés inaccessibles, et aussi d'en étudier la structure et les phénomènes. Non -seulement TAngleterre, mais TAllemagne méridionale et la Suisse elle-même ont des sociétés alpines, — des clubs, pour conserver le terme anglais, — dont les publications ont pris un véritable et sérieux intérêt pour rétude physique du globe. La France seule n'a pas de club alpin, que nous sachions du moins; mais outre qu'elle a donné, grâce à M. Joanne, le meilleur guide, et le plus complet, pour les courses en Suisse (n* 415), et qu'on lui doit aussi la plus belle et la meilleure carte du Mont-Blanc, le grand rendez-vous des touristes et des observateurs (n"" 430), elle possède un homme qui par son insatiable activité, et par sa science de naturaliste et de géologue, représente à lui seul tout un club : je veux parler de M. Marlins.
Le nom de M. Charles Martins doit être familier à nos lecteurs. Déjà nous avons fait avec lui plus d'une excursion lointaine en des contrées fort diverses, tantôt vers la région glacée du Cap Nord, aux dernières limites de la Laponie, tantôt dans les sables brûlants du Sahara algérien, et partout nous avons trouvé en lui, en même temps que l'observateur exact et le naturaliste instruit, un narrateur à la fois élégant et simple, toujours attachant parce qu'on sent
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en lui l'amour passionné de la nature, et que ce qu'il sent vivement il l'exprime avec bonheur.
Dans le morceau que nous avons à noter de lui cette année, ses souvenirs nous ramèuent au cœur même des Alpes. Il a voulu, dit-il, faire connaître deux ascensions scientifiques au Mont-Blanc, faites à cinquante- sept ans d'intervalle, montrer le profit que la science en a retiré et l'utilité qu'elle en attend encore.
La première de ces deux ascensions est celle que de Saussure exécuta du 1*' au 4 août 1787 avec autant de bonheur que de résolution; cette excursion alpestre de l'illustre naturaliste est la première qui ait eu un caractèie sérieusement scientifique, c Elle a servi de modèle à toutes les autres, dit M. Martins, car de Saussure avait en quelque sorte formulé le programme des expériences à entreprendre, des observations à faire et des problèmes à résoudre. »
La seconde ascension a été faite par M. Martins luimême, au mois d'août 1844, en compagnie de M. Auguste Bravais et de M. Lepileur; c'est à celle-là seulement que nous voulons nous arrêter un moment. Il faut lire dans la narration même du voyageur Teffrayant récit des fatigues, des souffrances et des dangers que doit affronter oelui qui ne craint pas d'aborder une telle entreprise. Ce fut seulement après deux ascensions forcément interrompues que le 29 août, à une heure trois-quarts de l'après-midi, la petite caravane atteignit l'étroite arête qui forme le sommet du géant. C'est une de ces heures qui ne s'effacent jamais de la mémoire d'un naturaliste.
Laissons parler M. Martins :
Après avoir repris haleine, notre premier regard fut pour rimraense panorama qui nous entourait : je ne le décrirai pas après de Saussure. Que le lecteur prenne une carte d'Europe et place une pointe de compas sur le sommet du Mont-Blanc, l'autre sur la ville de Dijon, et trace une circonférence dont le
MoDt-Blanc soit te centre. Ca cercle, dont le diamètre est de 420 kilomètres, comprendra toate la surface terrestre que l'rail peut embrasser du haut du Mont-Blanc; mais tout n'est pas
distinct, et au delà de 100 kilomètres les objets, Toilés par ie hâle, sont confus et effacés. Jusqu'à 60 kilomètres, tout est net et reconnaissable. Les points rapprochés me frappèrent d'abord. Au-dessous de nous, Chamounii semblait plongé au fond d'un puits. Le jardin de la Mer-de-Glace, le Col -du- Géant, la superbe Aiguille-du-Midi, étaient sous nos pieds. Il semblait qu'on aurait pu jeter une pierre sur le col de la Soigne. Le Cramont, les glaciers deRuitor, se dressaient comme des rivaux du Mont-Blanc, et au delà les pics décharnés se montraient les uns derrière les autres , comparables aux arbres d'une forêt, sans ordre, sans alignement : c'était le massif immense des Alpes piémontaises et françaises compris'?» entre Aoste et Brian;on. Le théodolitbe fut installé Sur le sommet, et Bravais se mit k relever les angles que les montagnts les plus remarquables forment entre elles : c'est ce qui s'appelle un panorama géodésique'. On comprend de quelle importance il est pour la géographie mathématique de pouvoir mesurer l'angle que font entre eui deui sommels aperçus du haut d'un troisième. A l'aide de ces angles, on construit un rcseau trigonométrique, base de toute bonne carte de géographie.
Comme de Saussure, nous fûmes frappés du désordre des moniagnes qui s'dlèvent au sud du Mont-Blanc; le mot de chaîne leur estinapplicable, mais celui dégroupes leur convient parfaitement, et l'on reconnaît très-bien ceux de l'Oisans ou du Pelvoui, des Housses, des Alpes occidentales comprises entre le Drac et l'Arve, des Aiguilles-Rouges au-dessus de Cbamoifnix, et enfin du Valais.
Si l'on se tourne vers le nord, l'aspect est tout différent : on suit les chaînes qui se prolongent parallèlement au lac de Genève, celle du Jura se terminant à l'ouest par les profila de la Grande-Chartreuse, dont l'horiiontalité contraste avec les sommets aigus et déchirés des Alpes françaises. Avant d'entrer dans le bassin du Léman, le Jura se dédouble en chataons parallèles qui longent le lac de NeuchStcl et vont expirer au pied des montagnes de la Forêt-Noire. En Savoie, au sud du lac' de Genève, nous comptâmes cinq chaînons dont le dernier con-
A. Bravais, le MoiU-Blane, ou Daeriplini [■I qu'on peiii apcrcnoir <le son sommet, i
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tient la montagne des Voirons. Si Ton jette un coup d'œil sur la belle carte géologique de la Haute-Savoie que M. Alphonse Favre a publiée en 1862, on reconnaît que ces chaînes appartiennent aux terrains jurassiques, crétacés et tertiaires. Nous remarquâmes encore celle des Diablerets et du Simmenthal, qui appartiennent, comme celle du Chablais, aux terrains de sédiment; elles sont également parallèles entre elles, mais se dirigent vers Test.
La page suivante intéressera vivement ceux qui aiment k suivre dans leur précision rigoureuse les délicates observations sur lesquelles repose l'étude physique du globe.
.Pendant les cinq heures que nous passâmes sur le sommet du Mont-Blanc, nous observâmes quatre fois la hauteur du baromètre. La hauteur moyenne, réduite à la température ae la glace fondante, fut de 424™™, 29. La température du mercure était au-dessous de zéro, et même à six heures elle était tombée à — 11^0, celle de Tair étant à — 11®,8. Le psychromètre, instrument destiné à mesurer le degré d'humidité de l'air, nous apprit qu'il était sec, car il ne contenait que 57 pour 100 de la quantité de vapeur d'eau qui eût été nécessaire pour le saturer à cette basse température, et changer en brouillard la vapeur aqueuse invisible qui existe toujours en certaines proportions dans l'atmosphère. Nos observations barométriques et thermométriques devaient servir à contrôler celles de Saussure et les mesures géodésiques du Mont-Blanc faites antérieurement par Schuckburgh en 1776, Pictet et Tralles, Carlini et Plana en 1822, le colonel Corabœuf et le commandant Delcros en 1823, M. Roger de Nyon en 1828.
Essayons de faire comprendre l'importance de ces recherches. Pour mesurer la hauteur d'une montagne, l'observateur a le choix entre deux méthodes : la méthode géométrique et la méthode barométrique. La première, réduite à ses éléments, consiste à mesurer une base, c'est-à-dire une ligne droite d'une longueur convenable, sur un terrain aussi horizontal que possible. Cette base mesurée, il se place successivement à ses deux extrémités avec un instrument, appelé théodolithe, propre à déterminer en degrés, minutes et secondes la valeur des angles que le sommet de la montagne fait avec la base mesurée. Recommençant des centaines de fois cette opération, il obtient un triangle dont la base mesurée et les deux angles
adjacents sont connus : le triangle est donc connu lui-même, et par conséquent la hauteur de la montagne. Une autre méthode consiste à se placer sur une montagne d'une altitude bien déterminée, et à obtenir avec une grande exactitude la différence de hauteur angulaire entre cette station et la m'ontagne dont on veut connaître l'altitude. C'est la méthode employée par Bravais à la cime du Mont-Blanc pour mesurer simultanément l'altitude des sommets principaux visibles du haut de cet observatoire. En apparence, ces deux méthodes semblent d'une rigueur absolue, comme la science à laquelle on les a empruntées. Cette rigueur n'est qu'apparente. La ligne qui de l'œil de l'observateur passe à travers la lunette du théodolithe pour aboutir au sommet dont on veut estimer la hauteur, n'est point une ligne droite : c'est une ligne courbe, une trajectoire. La courbure de cette trajectoire varie avec la distance, la température, l'humidité et la transparence de l'air, non-seulement tous les jours, mais à toutes les heures de la journée. La position apparente du sommet que l'on "vise change à chaque instant : suivant l'état de l'atmosphère, ce scïmmet semble s'élever, s'abaisser ou se déplacer latéralement. Sans être géomètre, chacun peut s'en assurer. Qu'on braque sur un sommet éloigné une lunette dont l'objectif soit muni de deux fils d'araignée se coupant à angle droit au milieu de la lentille, de façon que la pointe coïncide exactement avec l'entrecroisement des fils : si Ton fixe l'instrument dans cette position, et qu'on vienne mettre l'Oeil à la lunette une ou deux heures après, on verra que le sommet observé ne coïncidera plus avec l'intersection des fils, mais se sera déplacé. On donne le nom de réfraction terrestre à cette propriété de notre atmosphère de modifier sans cesse la courbure du rayon visuel qui, parti de notre œil, aboutit aux objets éloignés. C'est pour établir une compensation entre ces erreurs que le géomètre répète des centaines de fois ses mesures angulaires. Les plus grands mathématiciens se sont efforcés d'introduire dans les formules qui servent à calculer la hauteur des montagnes mesurées géodésiquement des corrections propres à éliminer les erreurs dues à la réfraction terrestre; mais cette réfraction variant suivant l'état de l'atmosphère, et cet état p'étant habituellement connu qu'à la station inférieure, on ignore quelles sont, au moment où l'on vise la cime, les conditions atmosphériques de l'air intermédiaire et de celui dont elle est entourée. On en est réduit à des hypothèses plus ou moins probables : de là des
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inexactitudes qui enlèvent aux méthodes géodésiques le prestige qu'elles empruntent aux procédés rigoureux dont elles font usage. Ce prestige a longtemps prévalu, et les mesures des, hauteurs de montagnes par le baromètre ont été considérées comme nécessairement inexactes, tandis que les méthodes géodésiques passaient pour infaillibles. Elles le sont en effet lorsque des mesures répétées, faites suivant différentes méthodes, concordent entre elles. C^est ainsi que les mesures géodésiques du Mont-Blanc donnent, pour la hauteur au-dessus du niveau de la mer, 4 809™, 6, hauteur qu'on peut considérer comme parfaitement exacte ; mais une mesure unique, quel que soit le soin qu'on y ait apporté, n'a pas un degré de certitude supérieur à celle du baromètre.
On comprend l'intérêt que nous attachions à nos quatre observations barométriques; nous voulions apporter un élément de plus, emprunté au sommet le plus élevé de l'Europe, dans cette grande lutte entre le baromètre et le théodolithe. On ne peut calculer la hauteur d'une montagne, mesurée par le baromètre, qu'au moyen d'observations barométriques correspondantes, c'est-à-dire faites à la même heure dans une station peu éloignée; il faut en outre que la hauteur de ces différentes stations au-dessus de la mer soit d'abord parfaitement connue. Sous ce rapport, le Monc-Blanc est heureusement placé. Nous avions les stations correspondantes de Chamounlx, où se trouvait M. Camille Bravais; le Grand-Saint- Bernard, où les religieux observent les instruments météorologiques cinq fois par jour; l'observatoire de Genève ; Chougny, près de cette ville, où habitait le vénérable astronome Gautier; Aoste, où le chanoine Carrel continuait san? interruption une série météorologique; enfin les observatoires de Lyon, Milan et Marseille. Nous avions pris une autre précaution indispensable pour arriver à un bon résultat : nos baromètres avaient été comparés directement à tous ces baromètres correspondants, et nous pouvions tenir compte des différences souvent notables que les meilleurs instruments présentent entre eux. M. Delcros, un des officiers les plus distingués de rancieu corps des ingénieurs-géographes, voulut bien faire les calculs nécessaires, dont >e résultat définitif donne pour le sommet du Mont-Blanc une élévation de 4 810"™,0 au-dessus de la Méditerranée. Le chiffre déduit de nos quatre observations barométriques ne diilérerait donc que de 0"',4 du résultat moyen de la géodésie. Les circonstances météorologiques avaient été pro-